New York

L'observation des oiseaux Ă  Central Park, rare loisir en temps de Covid

  • PubliĂ© le 2 dĂ©cembre 2020 Ă  10:41
  • ActualisĂ© le 2 dĂ©cembre 2020 Ă  10:49
Le guide ornithologique Robert DeCandido avec un pivert sur sa casquette Ă  Central Park, le 29 novembre 2020

Ils sont une trentaine en cette journée d'automne à s'aventurer, masque sur le visage, dans le Ramble, un sous-bois de Central Park, à la recherche d'un hibou, une rareté à New York. Ils suivent tous "Birding Bob", Robert DeCandido de son vrai nom, guide ornithologique depuis plus de 30 ans dans la célÚbre oasis de verdure de Manhattan, qui n'a jamais eu autant de clients.

Les activitĂ©s culturelles et sportives Ă©tant entre parenthĂšses, les New-Yorkais se rabattent sur les quelques loisirs encore permis en temps de coronavirus, parmi lesquels l'observation des oiseaux. D'un seul coup, la petite troupe s'arrĂȘte sur un signal de "Birding Bob", saisit jumelles et tĂ©lĂ©objectifs pour repĂ©rer, dissimulĂ© dans les aiguilles d'un pin, le fameux hibou barrĂ© arrivĂ© il y a un mois environ Ă  Central Park.

Pourtant au coeur d'une ville Ă  la densitĂ© notoire, Central Park est considĂ©rĂ© comme l'un des meilleurs lieux d'observation ornithologique au monde, avec quelque 220 espĂšces diffĂ©rentes de volatiles. "Toutes les activitĂ©s en intĂ©rieur ont Ă©tĂ© annulĂ©es", explique Robert DeCandido, son Ă©ternelle casquette rouge sur la tĂȘte. "Donc les gens font des choses Ă  l'extĂ©rieur. Et ces promenades (de trois heures) ne coĂ»tent que 10 dollars." Outre le hibou barrĂ©, dont certains affirment qu'il y aurait en rĂ©alitĂ© deux spĂ©cimens dans le parc, le plus cĂ©lĂšbre rectangle de verdure au monde accueille Ă©galement un hibou grand-duc, observable avec l'aide de "Bob".

- "Connectée à la nature" -

RĂ©cemment installĂ©e Ă  New York, Tarini Goyal explique que ce nouveau passe-temps l'aide Ă  composer avec une pandĂ©mie qui dure et connaĂźt une rĂ©surgence aux Etats-Unis. Le samedi prĂ©cĂ©dent, elle a participĂ© Ă  une promenade nocturne. Ce dimanche, elle est de retour pour une nouvelle visite guidĂ©e, de jour, cette fois. "Ça m'aide Ă  me sentir plus connectĂ©e aux New-Yorkais et Ă  la nature", dĂ©crit cette mĂ©decin de 28 ans, tout en offrant des cacahuĂštes Ă  des mĂ©sanges huppĂ©es.

"C'est une activitĂ© que vous pouvez faire seul, dans les parcs, en gardant vos distances avec les autres", relĂšve David Barrett, crĂ©ateur du compte Twitter "Manhattan Bird Alert", pour justifier le regain de popularitĂ© de l'observation ornithologique. "C'est quelque chose qui peut vous fasciner durant des heures", poursuit celui dont le compte a gagnĂ© plusieurs milliers d'abonnĂ©s ces derniĂšres semaines, et frĂŽle dĂ©sormais les 30.000. "Ça change constamment."

Hobby assez confidentiel jusque rĂ©cemment, l'observation ornithologique a fait la Une, en mai, lors d'un incident qui a eu lieu dans le Ramble. Une femme blanche, Amy Cooper, a appelĂ© la police, accusant sans fondement un amateur d'oiseaux afro-amĂ©ricain, Christian Cooper (pas de lien avec elle), de l'avoir menacĂ©e. RĂ©vĂ©lĂ© le mĂȘme jour que la mort de George Floyd, l'Ă©vĂ©nement a fait le tour du monde et valu Ă  Amy Cooper une inculpation pour dĂ©nonciation calomnieuse.

Des puristes ont reproché à "Birding Bob" d'avoir trop agrandi la population des amateurs d'oiseaux dans le parc, de faire commerce d'un bien public mais aussi d'utiliser des enregistrements pour attirer les animaux ailés. Ce dimanche, ce biologiste de profession a ainsi capté l'attention d'un pivert de Caroline à l'aide d'un son pré-enregistré. Mais Robert DeCandido a aussi ses défenseurs au sein de la communauté des passionnés, dont David Barrett, qui souligne que "Bob" respecte l'environnement et la faune.

David Barrett estime également que l'augmentation du nombre des observateurs pourrait permettre de repérer davantage de spécimens. En 2018, ce mathématicien aujourd'hui ùgé de 56 ans s'était fait un nom en identifiant un canard mandarin, une rareté, dans Central Park. Son plumage chatoyant avait fait le délice des amateurs, et au-delà.

Pour David Barrett, Robert DeCandido ou la photographe Deborah Allen, qui collabore avec "Birding Bob", l'observation des oiseaux est aujourd'hui bien plus qu'un simple hobby. A son arrivée à New York, la photographe aujourd'hui sexagénaire a rapidement pris l'habitude de trouver refuge, le temps de son déjeuner, dans Central Park, à l'abri du fracas de la ville. Un jour, elle a aperçu un oiseau. "C'était parti. J'étais accro."

AFP

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