Plus du tiers des articles censurés

Loi immigration : le Conseil constitutionnel censure largement le texte

  • PubliĂ© le 25 janvier 2024 Ă  19:39
  • ActualisĂ© le 25 janvier 2024 Ă  21:56
L'entrée du Conseil Constitutionnel à Paris, le 22 janvier 2024

Les "Sages" du Conseil constitutionnel ont censuré trÚs largement la loi immigration, dont de nombreuses mesures de durcissement adoptées en décembre sous la pression de la droite, un développement majeur dans ce feuilleton qui a fait tanguer la majorité.

Durcissement de l'accÚs aux prestations sociales pour les étrangers, quotas migratoires annuels, resserrement des critÚres du regroupement familial, "caution retour" étudiante... La plupart des mesures irritantes pour le camp présidentiel n'ont pas passé le filtre des neuf juges saisis sur ce texte décrié, voté fin 2023 avec l'appui du Rassemblement national.

"Le Conseil constitutionnel valide l'intégralité du texte initial du gouvernement", s'est félicité le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sur X.

A l'inverse, le prĂ©sident du RN Jordan Bardella a dĂ©noncĂ© "un coup de force des juges, avec le soutien du prĂ©sident de la RĂ©publique lui-mĂȘme". "La loi immigration est mort-nĂ©e. La seule solution, c'est le rĂ©fĂ©rendum sur l'immigration", a-t-il insistĂ©, alors que l'exĂ©cutif a dĂ©jĂ  exclu cette option.

- 35 articles censurés -

Obtenue aprÚs deux jours de délibérations, la décision du Conseil constitutionnel, scrutée par les associations de défense des sans-papiers comme par toutes les forces politiques du pays, rebat assez largement les cartes, avant la promulgation du texte par Emmanuel Macron.

En effet, 35 des 86 articles du projet de loi ont été totalement ou partiellement censurés par l'institution présidée par l'ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius.

Les Sages ont estimé pour l'essentiel d'entre eux - 32, précisément - qu'ils n'avaient pas leur place dans le périmÚtre de ce texte de loi. Il s'agit de "cavaliers législatifs", qui pourraient toutefois réapparaßtre plus tard dans d'autres textes.

Pour l'aile gauche macroniste, trĂšs rĂ©ticente Ă  certaines mesures jusqu'Ă  susciter les Ă©tats d'Ăąme de plusieurs ministres - AurĂ©lien Rousseau avait dĂ©missionnĂ© de la SantĂ© -, elle sera accueillie avec un certain soulagement: Emmanuel Macron lui-mĂȘme avait saisi les "Sages", sans cacher son scepticisme face Ă  plusieurs dispositifs pourtant votĂ©s par sa majoritĂ©.

Pour Les Républicains (LR), la large censure de nombreuses mesures emblématiques de la droite relance le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle, "plus que jamais indispensable", selon le patron du parti Eric Ciotti. Ce dernier a par ailleurs estimé sur X que les "Sages" avaient "jugé en politique plutÎt qu'en droit".

"Emmanuel Macron peut y voir une victoire mais ce sera à double tranchant pour faire des alliances aprÚs", a analysé la constitutionnaliste Anne-CharlÚne Bezzina, de l'Université de Rouen, interrogée par l'AFP.

- Quotas migratoires inconstitutionnels -


TrÚs controversée, la mesure allongeant la durée de résidence exigée pour que des non-Européens en situation réguliÚre puissent bénéficier de certaines prestations sociales (APL, allocations familiales...) a ainsi été totalement censurée.

Idem pour le resserrement des critÚres du regroupement familial (avec une durée de résidence requise passant de 18 à 24 mois), l'instauration d'une "caution retour" pour les étudiants étrangers ou la fin de l'automaticité du droit du sol pour les enfants d'étrangers nés en France.

L'instauration de quotas migratoires annuels déterminés par le Parlement aprÚs un débat obligatoire, elle, a été jugée contraire à la Constitution sur le fond, ce qui fera jurisprudence.

A gauche de l'échiquier politique, le premier secrétaire du PS Olivier Faure a fait part de sa "satisfaction". Mais "le gouvernement portera comme une tùche indélébile l'appel à voter" la loi, selon lui. Le coordinateur de la France insoumise Manuel Bompard a lui appelé le gouvernement à "retirer" une loi "totalement amputée" aprÚs cette large censure.

Le projet de loi conserve néanmoins la structure initialement souhaitée par le gouvernement, avec un large volet de simplification des procédures pour expulser les étrangers délinquants, l'un des objectifs de Gérald Darmanin.

Sans surprise, l'article sur les régularisations de travailleurs sans-papiers dans les métiers en tension, qui avait cristallisé les débats de l'automne, perdure dans le texte.

Un peu plus tÎt dans la journée, le ministÚre de l'Intérieur avait publié les chiffres - records - de l'immigration pour 2023, avec une accélération des expulsions comme des régularisations de travailleurs sans-papiers. Des statistiques qui reflÚtent selon M. Darmanin les "priorités politiques" contenues dans ce projet de loi.

Des dizaines de milliers de personnes avaient encore battu le pavé dimanche contre la loi et entre 100 à 200 opposants se sont rassemblés jeudi devant le Conseil constitutionnel à Paris en marge de la décision des "Sages".

AFP

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3 Commentaires
Templier974
Templier974
2 ans

Nous sommes chez nous alors continuons notre combat...

HULK
HULK
2 ans

C'Ă©tait prĂ©vu. MACRON n'en veut pas de cette Ă©niĂšme loi inutile. Ce n'est pas "sa" loi. Le LR s'est fait avoir au final. On va voir ce qu'ils vont faire maintenant ces politicards Ă  la petite semaine. Ils vont retourner Ă  la soupe macronienne certainement, comme d'habitude, plus prĂ©occupĂ©s Ă  prĂ©server leurs petits avantages que de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts de la ( pauvre) FRANCE. Minables et mĂ©prisables.

Missouk
Missouk
2 ans

Une belle fumisterie!!!!!! LR et le RN ont été abusés. S'ils avaient un peu de courage, ils censureraient ce gouvernement qui se moque en permanence du monde. Seul le grand gourou arrogant décide de tout!