Afrique

L'Ouganda intervient militairement contre les rebelles accusées de massacres de civils

  • PubliĂ© le 1 dĂ©cembre 2021 Ă  01:28
  • ActualisĂ© le 1 dĂ©cembre 2021 Ă  09:48
Des artilleurs congolais prĂšs de Goma, dans l'est de la RDC le 8 novembre 2008

L'Ouganda a dĂ©clenchĂ© mardi en concertation avec Kinshasa une opĂ©ration militaire en RDC contre des positions rebelles des Forces dĂ©mocratiques alliĂ©es (ADF), accusĂ©es par le Congo de massacres de civils et par Kampala de rĂ©cents attentats revendiquĂ©s par l'organisation jihadiste État islamique (EI).

Des frappes aériennes et des tirs d'artillerie à partir de l'Ouganda ont été annoncés par des sources officielles à Kampala, la capitale ougandaise, et en République Démocratique du Congo. L'entrée dans l'est de la RDC de troupes ougandaises au sol, au poste-frontiÚre de Nobili (Nord-Kivu), a ensuite été signalée par divers témoins et sources, vidéos amateurs à l'appui.

"Les actions ciblĂ©es et concertĂ©es avec l’armĂ©e ougandaise ont commencĂ© aujourd'hui avec des frappes aĂ©riennes et des tirs d’artillerie Ă  partir de l’Ouganda sur les positions des terroristes ADF en RDC", a dit dans la matinĂ©e sur Twitter le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement congolais Patrick Muyaya.

"Nous avons lancé des frappes aériennes et d'artillerie communes contre des camps ADF avec nos alliés congolais", a déclaré également sur le réseau social la porte-parole de l'armée ougandaise Flavia Byekwaso. En fin de journée, elle affirmait que les cibles visées avaient été "atteintes avec précision", ajoutant que la traque des "terroristes" allait continuer "lors d'opérations terrestres".

"Pour l'instant, les forces spéciales congolaises appuyées par les unités spéciales ougandaises vont mener des opérations de fouille et de contrÎle pour nettoyer et sécuriser les positions des ADF touchées par les frappes de ce matin", a également dit dans la soirée dans un communiqué le porte-parole de l'armée de RDC, Léon Richard Kasonga. Communication complétée par un nouveau tweet du porte-parole du gouvernement : "il a été convenu (...) de poursuivre des opérations en profondeur par les forces spéciales des deux pays", a indiqué Patrick Muyaya.

À 05H00 (03HGMT), la chefferie (entitĂ© administrative) de Watalinga "s'est rĂ©veillĂ©e au bruit de tirs d'armes lourdes" provenant d'un village ougandais frontalier, a racontĂ© Ă  l'AFP le prĂ©sident de la sociĂ©tĂ© civile locale Zawadi Ngandanodette. Les explosions ont provoquĂ© la panique parmi la population mais la situation est ensuite revenue au calme, a-t-il ajoutĂ©.

Selon d'autres témoins, des explosions ont aussi été entendues dans la province voisine d'Ituri, vers Boga et Tchabi, des secteurs connus pour abriter de nombreux rebelles ADF.

Dans l'aprÚs-midi, un travailleur humanitaire présent à la frontiÚre a vu à Nobili "une colonne de militaires ougandais", à pied, "trÚs bien armés, avec des véhicules blindés qui les suivaient", entrer sur le territoire congolais. Selon une source au sein des Nations unies, ces militaires se dirigeaient vers Kamango, localité située à quelque 8 km au nord-ouest.

- "Ennemi commun" -

Un conseiller de la présidence de RDC avait confirmé dimanche à l'AFP sous couvert d'anonymat des informations de sources diplomatiques selon lesquelles le président Félix Tshisekedi avait autorisé l'armée ougandaise à traverser la frontiÚre pour combattre les rebelles des ADF. Il ajoutait toutefois qu'il fallait que "toutes les procédures soient respectées notamment au niveau du Parlement".

Cette autorisation n'est pas vue d'un bon Ɠil par tous les Congolais, certains pointant du doigt le rĂŽle jouĂ© par les voisins ougandais et rwandais dans la dĂ©stabilisation de l'est de la RDC depuis prĂšs de 30 ans.

Le ministre congolais de la Communication avait de son cĂŽtĂ© assurĂ© lundi qu'il n'y avait "pas de troupes ougandaises" en RDC, mais que des "actions ciblĂ©es et concertĂ©es" Ă©taient "envisagĂ©es avec l’armĂ©e ougandaise pour combattre les terroristes de l’ADF, notre ennemi commun".

À l'origine, les ADF Ă©taient une coalition de groupes armĂ©s ougandais, dont le plus important Ă©tait composĂ© de musulmans opposĂ©s au rĂ©gime du prĂ©sident Yoweri Museveni. Ils sont installĂ©s depuis 1995 dans l'est congolais, oĂč ils ont fait souche et sont considĂ©rĂ©s comme le plus meurtrier des multiples groupes armĂ©s sĂ©vissant dans la rĂ©gion.

Depuis avril 2019, certaines de leurs attaques sont revendiquĂ©es par l'EI qui dĂ©signe le groupe comme sa "Province d'Afrique centrale" (Iscap). En mars dernier, les États-Unis ont placĂ© les ADF parmi les "groupes terroristes" affiliĂ©s aux jihadistes de l'EI.

L'Ouganda a accusĂ© "un groupe local liĂ© aux ADF" d'ĂȘtre l'auteur d'un double attentat suicide qui a tuĂ© quatre personnes le 16 novembre Ă  Kampala et a Ă©tĂ© revendiquĂ© par l'EI. Cette attaque Ă©tait survenue aprĂšs un attentat Ă  la bombe contre un restaurant de la capitale le 23 octobre et un attentat-suicide dans un bus prĂšs de Kampala deux jours plus tard.

Le Nord-Kivu et la province voisine de l'Ituri sont depuis dĂ©but mai sous Ă©tat de siĂšge, avec les autoritĂ©s civiles remplacĂ©es par des officiers de l'armĂ©e et de la police. MalgrĂ© cette mesure exceptionnelle, l'armĂ©e n'a pu empĂȘcher le massacre de prĂšs de 1.200 civils pendant cette pĂ©riode, selon un bilan du BaromĂštre sĂ©curitaire du Kivu (KST).

AFP

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