Célébration

L'Unesco fĂȘte ses 75 ans d'action pour la culture

  • PubliĂ© le 12 novembre 2021 Ă  23:50
  • ActualisĂ© le 13 novembre 2021 Ă  06:46
La directrice générale de l'Unesco Audrey Azoulay et le président du Ghana Nana Akufo-Addo le 12 novembre 2021 au siÚge de l'Unesco à Paris

Vingt-huit chefs d'Etat et de gouvernement ont célébré vendredi à Paris le 75e anniversaire de l'Unesco, organisation onusienne créé en 1946 sur les ruines de la Seconde guerre mondiale, qui aspire à construire la paix via la culture, la science et l'éducation.

Sa devise, ambitieuse, est gravĂ©e en dix langues sur un mur de pierre Ă©rigĂ© dans son siĂšge parisien : "Les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent ĂȘtre Ă©levĂ©es les dĂ©fenses de la paix". Si ce vƓu pieux n'a pas rĂ©sistĂ© Ă  l'Ă©preuve du rĂ©el, les conflits meurtriers n'ayant jamais cessĂ©, l'organisation affiche de nombreux succĂšs.

"C’est une idĂ©e immense, aprĂšs les censures, les stigmatisations et les autodafĂ©s (du second conflit mondial, NDLR), que de considĂ©rer comme universel ce que chaque civilisation, chaque culture, a produit de plus beau", a reconnu le Premier ministre français Jean Castex. L'Unesco mĂšne "la seule guerre juste, la seule qui vaille d’ĂȘtre menĂ©e, celle contre l’ignorance", a-t-il poursuivi.

"Cela fait 75 ans de solidarité multilatérale et nous devons continuer pour encore 75 autres années", a de son cÎté salué le président ghanéen Nana Akufo-Addo, qui discourait dans une institution visitée historiquement par les plus grands intellectuels et artistes : du peintre espagnol Pablo Picasso au président sud-africain Nelson Mandela, en passant par l'anthropologue français Claude Lévi-Strauss, qui y prononça dÚs 1952 un plaidoyer contre le racisme.

- "Une tribune" -

Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'ONU Antonio Guterres a louĂ© dans une vidĂ©o en ligne une organisation "au centre du rĂ©seau" onusien, quand le pape François, Ă©galement Ă  distance, a qualifiĂ© l'Unesco d'"interlocuteur privilĂ©giĂ© du Saint SiĂšge au service de la paix, de la solidaritĂ© des peuples (...) et de la protection du patrimoine culturel de l’humanitĂ©". SignĂ©e en 1972, la Convention du patrimoine mondial, la plus connue de l'Unesco, protĂšge plus de mille sites culturels et naturels, classĂ©s dans 167 pays.

"AprĂšs 75 ans d’existence, le bilan de l’Unesco est remarquable", particuliĂšrement au niveau du patrimoine, remarque ChloĂ© Maurel, chercheuse associĂ©e Ă  l'universitĂ© de la Sorbonne, spĂ©cialiste de cette institution et de l'ONU. Mais "la nĂ©cessitĂ© de respecter +le politiquement correct+ et de ne vexer aucun Etat-membre limite (sa) libertĂ© de parole", observe cette historienne.

L'Unesco, tout au long de son histoire, a tentĂ© de dĂ©finir des normes, au travers de conventions longuement discutĂ©es, telles celles sur le droit d'auteur (1952), le trafic illicite de biens culturels (1972), ou le patrimoine culturel immatĂ©riel (2003), dont la signature a pris... soixante ans. Mais elle reste souvent critiquĂ©e pour son manque de dynamisme et la faiblesse de ses rĂ©alisations concrĂštes. "A l'origine, l'Unesco n'a pas Ă©tĂ© pensĂ©e pour ĂȘtre opĂ©rationnelle. C'est une organisation extrĂȘmement juridique qui a un rĂŽle essentiellement normatif", souligne Mathilde Leloup, maĂźtresse de confĂ©rence Ă  l'universitĂ© Paris 8, autrice d'une thĂšse portant notamment sur l'action de l'Unesco au Mali.

L'institution fonctionne en outre "avec trĂšs peu de fonds", qui lui "rendent difficile de mener des actions d'envergure sur le terrain", remarque-t-elle. Son budget n'est que d'environ 700 millions d'euros par an.

- "TrĂšs peu de fonds" -

En 2015, l'Unesco a toutefois permis la restauration des mausolées de Tombouctou par des artisans maliens. Elle est impliquée dans la reconstruction de Mossoul, détruite par trois années de bataille urbaine contre l'Etat islamique, et Beyrouth, aprÚs l'explosion du port ayant ravagé son centre en 2020.
Elle affirme avoir joué un rÎle important durant la pandémie de Covid-19 en permettant à 400 millions d'enfants de poursuivre leur scolarité.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a, lui, fĂ©licitĂ© "l’Ɠuvre gigantesque" de l'institution au niveau environnemental, "un apport colossal pour la communautĂ© internationale".

L'Unesco a fait de la préservation de l'environnement l'une de ses priorités pour les années à venir. Tous les pays du monde, à l'exception des Etats-Unis, d'Israël et du Liechtenstein en font partie. Washington et Tel Aviv avaient quitté l'Unesco avec fracas en 2017, aprÚs que l'organisation basée à Paris eut reconnu la Palestine comme Etat-membre.

Un dialogue est en cours avec les Etats-Unis pour qu'ils rejoignent à nouveau l'Unesco, affirme sa directrice général Audrey Azoulay, dont le mandat de quatre ans a été reconduit mardi. "Nous vivons un moment critique : l'existence de la planÚte et de l'humanité sont menacées", s'est alarmée cette derniÚre, appelant à faire "le pari de l'intelligence collective".

Et Mme Azoulay de citer le poÚte chilien Pablo Neruda et sa "foi absolue en la destinée des humains" pour clore l'évÚnement : "Je sais qu'un jour nous verrons la lumiÚre absolue. Que nous progresserons ensemble. Cet espoir est irrévocable."

AFP

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