La petite Afghane Madina ne connaßtra jamais Londres, but du périple de sa famille; elle repose sous un monticule de terre en Serbie, fauchée par un train en novembre. Avec cinq membres de sa famille, elle revenait à pied vers la Serbie, suivant de nuit une voie ferrée, aprÚs avoir été refoulée de Croatie, selon le récit à l'AFP de sa mÚre Muslima Husseini, 38 ans: "On a entendu un bruit énorme, un train qui arrivait vite" dans le dos.
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A Sid, ville frontaliÚre de la morne plaine de Vojvodine (nord de la Serbie), Madina, 6 ans, repose au fond d'un cimetiÚre orthodoxe, prÚs de trois autres petits tas de terre: Hamidi Hadere (1930-2015), Abu Shafar Mustafa (1970-2016) et un Mohamadi au prénom déjà illisible (1946-2016). Malgré la fermeture des frontiÚres début 2016, la route des Balkans reste empruntée clandestinement par de nombreux migrants.
"La mort évitable" de Madina "vient rappeler à l'Union européenne et aux autorités régionales que les gens restent en danger dans les Balkans", dit Andrea Contenta, de Médecins Sans FrontiÚres-Serbie qui s'indigne que des migrants soient refoulés hors de toute procédure. Sur les onze premiers mois de 2017, l'ONG a comptabilisé 143 morts entre la Turquie et l'UE: noyades, accidents de voiture, chutes ou électrocutions depuis les toits des trains, suicides... Au-delà des données publiques, "nous ne savons pas combien ont perdu la vie dans la région", poursuit Andrea Contenta.
- Moue malicieuse, baskets roses -
Rahmat Shah Husseini, 39 ans, sanglote sur la terre glacée qui couvre sa fille. Puis montre la photo d'une enfant aux cheveux courts et à la moue malicieuse. Elle est assise, ses baskets roses à scratch touchent à peine le sol. C'était deux jours avant l'accident. Il balaye l'écran du téléphone: apparaissent des images du petit visage martyrisé.
Elle demandait souvent "On est arrivĂ©? C'est ici Londres?", raconte cet homme qui dit ĂȘtre parti il y a deux ans avec quatorze membres de sa famille, car menacĂ© pour avoir travaillĂ© pour les forces amĂ©ricaines. PassĂ©s par l'Iran, la Turquie, la Bulgarie, les Husseini ne sont pas ensemble ce 20 novembre. Muslima est partie avec cinq enfants, dont l'anglophone Rashid, 15 ans. Il n'y a plus assez d'argent pour que tout le monde tente immĂ©diatement sa chance, explique Rahmat Shah.
A 16H00, le groupe mange des biscuits, prend des forces dans une maison abandonnĂ©e proche de la frontiĂšre oĂč un taxi les conduit, raconte Muslima. Ils franchissent des barbelĂ©s dans un champ. Ils sont en Croatie, marchent, font une pause. La police arrive, Muslima fait valoir son droit Ă demander l'asile, supplie qu'on attende au moins le matin pour les renvoyer, quand il fera jour, quand les enfants seront reposĂ©s. Mais, selon elle, ils sont escortĂ©s jusqu'Ă la frontiĂšre et une voie ferrĂ©e Ă©clairĂ©e par les lampes-torches.
L'IntĂ©rieur croate conteste cette version de l'escorte policiĂšre et affirme que Muslima est revenue "volontairement" en Serbie aprĂšs l'accident. La famille marche. "Personne ne nous a dit qu'un train devait passer", dit Muslima qui raconte la panique: "OĂč est Madina?". Rashid dĂ©couvre sa petite soeur, le sang, le crĂąne enfoncĂ©.
- Funérailles en catimini -
Inerte, l'enfant est portĂ©e vers les policiers croates, une ambulance arrive. Muslima dit qu'on la force Ă en sortir, qu'on l'empĂȘche de regarder par la fenĂȘtre du vĂ©hicule qui dĂ©marre bientĂŽt. Le reste de la famille est ramenĂ© sur la voie ferrĂ©e, on leur montre la Serbie. RĂ©unie Ă Belgrade, la famille apprend le dĂ©cĂšs deux jours plus tard. Le lendemain Ă l'aube, les Husseini sont conduits avec un imam Ă Sid oĂč attend la dĂ©pouille. Il faut l'enterrer immĂ©diatement, leur dit-on.
Les Husseini refusent cette inhumation en catimini, dans la seule intimité familiale. "Enterrez-nous avec elle!", se souvient avoir dit Rahmat Shah. Ils obtiennent quatre bouteilles d'eau pour laver le corps. Puis cÚdent.
Rahmat Shah veut quitter Sid et la Serbie, oĂč Madina restera: personne n'a donnĂ© aux Husseini de certificat de dĂ©cĂšs qui leur permettra, plus tard, de rĂ©cupĂ©rer la dĂ©pouille. Zagreb insiste sur le fait "que l'accident et la mort de l'enfant ne sont pas imputables aux actions de la police des frontiĂšres croate" et que le drame est survenu en Serbie.
Le Commissariat des réfugiés de Serbie a relevé qu'il avait réglé "toutes les dépenses des funérailles" et "apporté un soin particulier à répondre à tous les souhaits de la famille dans son deuil".
AFP

