Serbie

Migrations: les spectres de Sid

  • PubliĂ© le 11 dĂ©cembre 2017 Ă  10:45
  • ActualisĂ© le 11 dĂ©cembre 2017 Ă  11:32
Des migrants dans une imprimerie abandonnée à Sid, en Serbie, prÚs de la frontiÚre croate, le 7 décembre 2017

Epuisés par des mois de blocage en Serbie, des dizaines de jeunes migrants survivent dans des conditions effroyables à Sid, petite ville à la frontiÚre avec l'Union européenne qu'ils tentent chaque jour de franchir.


Alors que l'hiver s'installe, chaque matin, ils se dirigent frigorifiĂ©s vers une imprimerie dĂ©saffectĂ©e. La derniĂšre gare avant la Croatie est toute proche. Sous l'oeil de la police et parfois en butte aux critiques de la population locale, des bĂ©nĂ©voles occidentaux y distribuent cafĂ©, pommes, oeufs, de l'eau pour un brin de toilette. Un gĂ©nĂ©rateur est installĂ© pour recharger les tĂ©lĂ©phones portables. Ils fournissent aussi tentes, chaussures, vĂȘtements...

Certains migrants marchent beaucoup: leur campement est Ă  l'Ă©cart, dans la forĂȘt parfois, pour rester Ă  distance de la police. Les vĂȘtements sont boueux, les traits tirĂ©s, les visages vieillis. "Je suis brisĂ©", dit un Afghan de 28 ans, qui se prĂ©sente comme "Sirg" et raconte le froid des nuits serbes dans ces "jungles". "On se dit qu'au matin, nous serons dĂ©cĂ©dĂ©s", poursuit-il. Il affirme avoir tentĂ© plus de 60 fois de passer en Croatie, dit qu'il est mĂȘme arrivĂ© une fois en SlovĂ©nie avant d'ĂȘtre interceptĂ© et renvoyĂ©.

Selon Andrea Contenta, de Médecins sans FrontiÚre, quelque 5.000 migrants sont bloqués en Serbie, la plupart dans des centres officiels. Environ 500 dormiraient dehors, ici, à Belgrade ou encore à Sombor, dans le nord. Pour ces hommes, les chances de réussite diminuent avec le temps: les frontiÚres sont mieux protégées, ils s'affaiblissent, tombent malades, l'argent est plus rare.

"On tente chaque jour. On est fatiguĂ©s", dit Hamza, 27 ans, de Biskra, en AlgĂ©rie, qui entend rejoindre la Belgique. Cet homme qui refuse de donner son nom a Ă©tĂ© interceptĂ© et repoussĂ© dans la nuit par la police croate. Il rĂ©essaiera le jour mĂȘme, une fois rĂ©chauffĂ©. Tous les moyens sont bons: Ă  pied, dissimulĂ©s dans des camions, dans le chĂąssis des trains de fret ou sur leur toit... "Sans espoir, sans alternative, certains dĂ©cident de prendre d'Ă©normes risques pour poursuivre leur voyage, sans se prĂ©occuper des dangers et des rigueurs de l'hiver", dit Andrea Contenta. "Les mesures de dissuasion de l'Europe n'arrĂȘteront pas ces gens", prĂ©vient-il.

- Violence et tensions -

"J'essaye et j'essaye encore", dit Ali Amjad, 24 ans, de Kaboul. Cela fait presque deux ans qu'il est en Serbie. Comme "Kako" à ses cÎtés, qui rit sans raison et donne des signes manifestes de troubles psychiatriques. Parfois des bagarres éclatent, entre différentes nationalités. La semaine derniÚre, un Nord-Africain a été poignardé au coeur et évacué vers l'hÎpital de Novi Sad.

Un AlgĂ©rien qui se prĂ©sente comme "Miki" Salem, 21 ans, a le bras en Ă©charpe, montre des bandages sur les fesses, oĂč il a Ă©tĂ© poignardĂ©: "C'Ă©tait les Afghans, ce n'Ă©tait pas une bagarre, c'Ă©tait de l'agression pour l'argent", dit-il. "On ne peut pas rester lĂ , c'est une vie de merde!", dit ce pĂątissier qui rejette toute perspective de retour en AlgĂ©rie: "On prend le risque, on cherche la vie". Quand l'hiver deviendra trop rude, il ira s'abriter Ă  Belgrade et reviendra en mars.

AprĂšs la bagarre, la police a apprĂ©hendĂ© plusieurs dizaines de migrants pour les envoyer au camp de Presevo, au sud. Ils reviendront. Mais, dit Ali Amjad, il faudra encore payer 150 euros Ă  des passeurs serbes pour se faire remonter en voiture. Ces bagarres, la petite dĂ©linquance, des rapines pour survivre tendent les relations avec la population. Eleveur du village proche de Batrovci, Zoran Petrovic, 44 ans, affirme que des bĂȘtes lui sont volĂ©es depuis fĂ©vrier: "Ces trois derniers mois, c'est devenu massif. Ils viennent par groupe de 10 Ă  15, emportent cinq animaux en mĂȘme temps".

"Sid a été sacrifiée car il s'agit d'une petite localité frontaliÚre", "le principal c'est que les grandes villes soient épargnées", se plaint Natasa Cvjetkovic, 43 ans, conseillÚre municipale d'opposition, membre d'un petit parti centriste, le SDS.

AFP

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