Politique

Mixité et services publics, horizons de Borne pour les quartiers populaires

  • PubliĂ© le 27 octobre 2023 Ă  19:19
  • ActualisĂ© le 27 octobre 2023 Ă  19:22
La PremiÚre ministre Elisabeth Borne lors d'un Comité interministériel des villes, le 27 octobre 2023 à Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines

Au lendemain d'annonces sécuritaires en réponse aux émeutes de l'été, Elisabeth Borne a dévoilé vendredi une seconde salve de mesures pour les quartiers populaires, visant à y enrayer la concentration de la pauvreté, s'attirant des critiques de la gauche et du monde associatif.

Mixité sociale, emploi, services publics, transition écologique: à l'issue du Comité interministériel des villes (CIV) tenu à Chanteloup-les-Vignes, commune populaire des Yvelines, la PremiÚre ministre a dessiné quatre axes de l'action sociale du gouvernement pour résorber les difficultés des quartiers prioritaires.

La veille, elle avait fait une premiÚre série d'annonces, plutÎt sécuritaires, quatre mois aprÚs la vague d'émeutes déclenchée par la mort du jeune Nahel, tué par un policier lors d'un contrÎle routier à Nanterre.

Les élus de ces quartiers, en premiÚre ligne lors des émeutes de l'été, attendaient avec impatience ce comité, reporté à plusieurs reprises. Ils doivent négocier avec l'Etat, d'ici au 31 mars prochain, le cadre de la politique de la ville sur leur territoire jusqu'en 2030.

À Chanteloup, dont plus de la moitiĂ© des habitants vivent dans un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV), la PremiĂšre ministre a dĂ©gainĂ© une mesure-choc: la consigne donnĂ©e aux prĂ©fets de ne plus attribuer de logements Ă  certains mĂ©nages bĂ©nĂ©ficiant du droit au logement opposable dans ces quartiers, au nom de la mixitĂ© sociale.

"Toutes les difficultĂ©s ne doivent pas ĂȘtre rassemblĂ©es au mĂȘme endroit. La mixitĂ© est une chance. Elle est nĂ©cessaire", a-t-elle martelĂ©.

Les mĂ©nages "Dalo", pour "droit au logement opposable", disposent d'un droit au logement reconnu par une commission de mĂ©diation ou la justice, et doivent ĂȘtre prioritaires dans l'attribution de logements sociaux.

PrÚs de 35.000 ont obtenu la reconnaissance de ce droit en 2022, et plus de 93.000 restent en attente d'un relogement malgré cette reconnaissance, en grande majorité en région parisienne.

Seuls les plus prĂ©caires seront concernĂ©s par la mesure, a-t-on prĂ©cisĂ© au ministĂšre du Logement, et se verront octroyer des logements sociaux hors QPV. Les prĂ©fets devront Ă©galement stopper la crĂ©ation de nouvelles places d'hĂ©bergement d'urgence, destinĂ©es aux personnes sans domicile, dans ces mĂȘmes quartiers.

La mesure a ulcéré à gauche et au sein des associations contre le mal-logement. "Punir les ménages prioritaires Dalo à cause des émeutes, quel contre-sens abyssal !", s'est emporté sur X (ex-Twitter) le directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, Manuel Domergue. "Cette décision (illégale !) leur barrerait l'accÚs à un tiers du parc HLM", a-t-il soutenu.

"Ce qui favoriserait la +mixitĂ© sociale+ ce serait que les maires voyous qui refusent de respecter la loi SRU (instaurant des quotas de logements sociaux par commune, NDLR) soient sanctionnĂ©s sĂ©vĂšrement, et obligĂ©s d'en construire", a affirmĂ© sur le mĂȘme rĂ©seau le dĂ©putĂ© LFI François Piquemal.

- "Testing" relancé -

Parmi les autres mesures annoncées par Matignon, un programme "Entrepreneuriat Quartiers 2030", doté de 456 millions d'euros sur quatre ans, visant à favoriser la création d'entreprises dans les QPV.

Pour lutter contre les discriminations Ă  l'embauche, au logement ou dans l'accĂšs aux prĂȘts bancaires, le gouvernement va Ă©galement lancer "dĂšs 2024 des opĂ©rations de testing massives", a annoncĂ© la cheffe du gouvernement.

Le "testing" consiste Ă  envoyer au mĂȘme employeur, bailleur ou banquier des CV ou dossiers de personnes diffĂ©renciĂ©es seulement par un point pouvant faire l'objet de discrimination (couleur de peau, nom Ă  consonance Ă©trangĂšre, adresse, handicap...).

Pilotée par la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme (Dilcrah), cette politique visera "à terme 500 entreprises par an", selon Matignon.

L'Ă©ducation, prioritĂ© selon nombre d'Ă©lus pour attĂ©nuer les inĂ©galitĂ©s entre quartiers populaires et reste du territoire, bĂ©nĂ©ficie de plusieurs mesures: l'extension des citĂ©s Ă©ducatives, oĂč la prise en charge des Ă©lĂšves est renforcĂ©e, et l'ouverture garantie des collĂšges de 8h00 Ă  18h00 dĂšs la rentrĂ©e 2024.

Les bibliothÚques verront également leur horaires d'ouverture étendus dans 500 quartiers, promet Matignon.

Et la gĂ©ographie de l'Ă©ducation prioritaire, dont les Ă©tablissements bĂ©nĂ©ficient de davantage de moyens, va ĂȘtre progressivement rĂ©formĂ©e pour coller exactement Ă  celle des QPV.

Le programme "Quartiers résilients", visant à verdir la politique de la ville, concernera 24 quartiers supplémentaires, avec 250 millions d'euros fléchés en ce sens contre 100 millions auparavant.

 AFP

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