Moyen-Orient

Mode contre tradition: Ă  Oman, on ne plaisante pas avec la dishdasha

  • PubliĂ© le 19 fĂ©vrier 2022 Ă  02:56
Un vendeur de dishdashas, robe traditionnelle portée par les hommes à Oman, montre un modÚle à des clients, le 10 janvier 2022 à Mascate

Avec leur dishdasha nationale, les Omanais font look à part dans le Golfe. Et le sultanat conservateur a décidé de sévir contre ceux qui voudraient changer le design de cette robe traditionnelle portée par les hommes.

Dans la région, les Saoudiens, les Emiratis ou encore les Koweïtiens arborent généralement des robes blanches trÚs sobres et sont coiffés d'un keffieh. Souvent blanche elle aussi, la dishdasha des Omanais est cependant ornée, elle, de fines broderies au niveau du col et sur le devant, et s'accompagne d'un turban (le massar) ou d'un chapeau (la koma), aux couleurs et motifs variés, dans un pays fier de son riche patrimoine historique.

Mais ces derniÚres années ont vu l'apparition de nouvelles tendances, en particulier chez les jeunes, ainsi que le développement de la production de cette robe à l'étranger. Le gouvernement a alors décidé de réagir.

Il est dĂ©sormais "interdit d'importer ou de concevoir des vĂȘtements" qui ne respectent pas les critĂšres de fabrication du pays et qui portent ainsi atteinte Ă  "l'identitĂ© omanaise", d'aprĂšs un dĂ©cret du ministĂšre de l'Industrie, du Commerce et de la Promotion des investissements, publiĂ© en janvier, en rĂ©fĂ©rence Ă  la dishdasha.

Le non-respect du décret est puni d'une amende de 1.000 riyals (environ 2.300 euros), le double en cas de récidive. Une peine similaire est appliquée pour le port ou la fabrication de chapeaux non conformes aux traditions, selon des médias locaux.

- Goûts et couleurs -

Selon le texte, les fabricants de dishdashas doivent utiliser principalement du coton, n'ajouter des broderies qu'autour du cou et sur les manches, ou encore réserver cet habit aux seuls hommes.

"Le tissu utilisĂ© doit ĂȘtre d'une couleur unique", explique encore Ă  l'AFP un responsable au sein du ministĂšre, ajoutant que le blanc ou les couleurs sobres doivent ĂȘtre privilĂ©giĂ©s.
Dans la capitale Mascate, de jeunes Omanais s'agacent d'une telle atteinte à leurs "libertés personnelles".

Mais dans un pays oĂč les critiques publiques contre les autoritĂ©s sont trĂšs rares, la plupart disent comprendre le gouvernement.
Pour Ouahib Al-Jadidi, 36 ans, cette dĂ©cision "peut ĂȘtre bonne pour fixer certaines rĂšgles, mais elle entre en conflit avec la libertĂ© personnelle".

"Certains hommes veulent porter des dishdashas qui correspondent Ă  leurs goĂ»ts", confie Ă  l'AFP ce jeune entrepreneur, qui regrette que la nouvelle loi les en "empĂȘche".
Propriétaire d'un atelier et d'un magasin de dishdashas et d'accessoires pour hommes, Nabegh Al-Qarni estime lui que la robe nationale a subi trop "d'altérations".

"Parmi les plus importantes, il y a le raccourcissement de la dishdasha ou encore des inscriptions, des motifs et des broderies de trop grande taille", énumÚre cet Omanais de 35 ans. "On a aussi vu des couleurs inhabituelles", dit-il à l'AFP.

Selon Nabegh Al-Qarni, beaucoup d'Omanais rejettent certaines de ces nouveautés, "en particulier les personnes les plus ùgées".

- Made in Oman -

Mais la dishdasha n'est pas seulement un "symbole du peuple omanais" et de son "patrimoine", elle revĂȘt aussi une "grande importance Ă©conomique", souligne auprĂšs de l'AFP l'analyste Khalfan Al-Touqi.

Si elle n'est pas obligatoire, elle est cependant portée par la quasi-totalité des 1,4 million d'hommes omanais du pays. Or, selon M. Touqi, de nombreux commerçants ont acheté des dishdashas à l'étranger, en particulier en Chine et en Inde, "ce qui a nui à l'identité et à l'économie d'Oman".

Les autoritĂ©s ont d'ailleurs, estime-t-il, instaurĂ© les nouvelles mesures pour inciter les magasins Ă  se fournir auprĂšs d'usines locales tenues de respecter le dĂ©cret. Il s'agit, continue l'analyste, d'empĂȘcher une situation dans laquelle "un produit omanais bĂ©nĂ©ficie aux pays Ă©trangers au lieu de profiter au pays d'origine".

Les nouvelles régulations concernant la dishdasha surviennent dans un contexte difficile pour l'économie du sultanat. Celle-ci a été lourdement affectée par la chute des prix du pétrole ces derniÚres années, puis par l'impact du Covid-19 qui a notamment touché le secteur touristique dans ce pays prisé pour ses vallées pittoresques, ses eaux bleues et une faune marine exceptionnelle.

Sur fond de hausse du chÎmage, le gouvernement a pris diverses mesures destinées à attirer les investissements mais aussi à privilégier l'économie locale, en réservant de nombreux emplois et secteurs d'activité aux seuls ressortissants omanais, les étrangers représentant prÚs de 40% des 4,5 millions d'habitants.

AFP

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