Un magistrat britannique, qui doit publier jeudi matin ses conclusions sur la mort par empoisonnement de l'ex-agent du KGB Alexandre Litvinenko en 2006 Ă Londres, pourrait directement mettre en cause la Russie, au risque de raviver les tensions avec le Kremlin.
Selon le quotidien The Guardian, le juge Robert Owen "pourrait rendre l?Ătat russe responsable de la mort" d'Alexandre Litvinenko, mort en 2006 dans un hĂŽpital de la capitale britannique aprĂšs avoir Ă©tĂ© empoisonnĂ© au polonium-210, une substance radioactive extrĂȘmement toxique et quasiment indĂ©tectable.
Le journal ajoute que des diplomates britanniques ont d'ores et déjà demandé au Premier ministre David Cameron de ne pas décréter d'éventuelles sanctions en représailles, afin de ne pas compromettre les négociations sur le conflit en Syrie.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiquĂ© que Moscou n'Ă©tait pour sa part "pas intĂ©ressĂ©" par les conclusions de l'enquĂȘte britannique.
Pour Marina Litvinenko, c'est la fin d'un long combat pour connaßtre la vérité sur la mort de son mari, dans des circonstances dignes d'un roman d'espionnage du temps de la guerre froide.
"C'était la derniÚre chose que je pouvais faire pour lui. Je dois défendre son nom et sa mémoire. Il est important pour moi d'avoir enfin une explication officielle", avait-elle dit à l'AFP en 2015.
Alexandre Litvinenko est mort le 23 novembre 2006 à l'ùge de 43 ans. La photo prise sur son lit de mort, sur laquelle il apparaßt chauve et décharné, a fait le tour du monde.
Trois semaines plus tÎt, il avait pris un thé dans un bar du Millennium Hotel, dans le centre de Londres, en compagnie de Andreï Lougovoï, un ancien du KGB (devenu FSB) aujourd'hui député d'un parti nationaliste, et de l'homme d'affaires russe Dmitri Kovtoun.
L'enquĂȘte a permis de retrouver de fortes concentrations de polonium-210 dans le bar, et surtout sur la thĂ©iĂšre utilisĂ©e par Litvinenko.
Le soir mĂȘme de leur rendez-vous, Litvinenko, opposant Ă Vladimir Poutine installĂ© depuis 1999 au Royaume-Uni, s'est senti mal.
- Vladimir Poutine accusé -
Admis en soins intensifs Ă l'University College Hospital de Londres, il a, pendant sa lente agonie, Ă©changĂ© pendant plus de huit heures au total avec deux dĂ©tectives de Scotland Yard, donnant des dĂ©tails prĂ©cieux pour l'enquĂȘte.
Dans une lettre, l'ex-agent a accusé Vladimir Poutine d'avoir commandité son meurtre, ce que Moscou a toujours nié.
Le corps de Litvinenko, qui avait obtenu la citoyenneté britannique et s'était converti à l'islam, a été enterré dans un cimetiÚre londonien, enfermé dans un cercueil en plomb pour contenir les radiations.
Une premiĂšre enquĂȘte judiciaire s'est penchĂ©e sur la possible implication du Kremlin dans la mort de Litvinenko qui enquĂȘtait sur "les liens Ă©ventuels entre Vladimir Poutine et le crime organisĂ©", selon l'avocat de sa veuve.
Mais cette enquĂȘte a Ă©tĂ© bloquĂ©e suite au refus de Moscou d'extrader Dmitri Kovtoun et AndreĂŻ LougovoĂŻ. Une "enquĂȘte publique" a alors pris le relais. De portĂ©e moindre, elle sert uniquement Ă Ă©tablir des faits, sans prononcer de condamnations.
L'enquĂȘte s'est surtout attardĂ©e sur le rĂŽle de Dmitri Kovtoun, un ancien soldat de l'ArmĂ©e rouge reconverti dans les affaires.
Selon Robin Tam, un conseiller juridique du magistrat instructeur, Dmitri Kovtoun aurait confiĂ© Ă un ami qu'il Ă©tait en possession d'un poison extrĂȘmement cher et qu'il cherchait "un cuisinier" pour l'administrer Ă Litvinenko.
Des concentrations trÚs élevées de polonium ont par ailleurs été retrouvées dans le lavabo de la chambre N.382 du Millennium Hotel, celle occupée par M. Kovtoun.
Pour Marina Litvinenko, cela ne fait aucun doute: "Mon mari a Ă©tĂ© tuĂ© par des agents de l?Ătat russe dans ce premier acte de terrorisme nuclĂ©aire en plein c?ur de Londres. Cela n'aurait pas eu lieu sans que M. Poutine soit au courant et donne son consentement".
Si le magistrat instructeur Robert Owen confirme la thĂšse d'un assassinat commanditĂ© par Moscou, une piste qu'il avait "validĂ©e" dĂšs l'ouverture de l'enquĂȘte, les relations entre la Russie et la Grande-Bretagne risquent une nouvelle fois de sĂ©rieusement se rafraĂźchir.
Par Etienne FONTAINE - © 2016 AFP
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