Des militaires sont en train de se dĂ©ployer dans Rangoun et les tĂ©lĂ©communications pourraient ĂȘtre perturbĂ©es dans la nuit, a mis en garde dimanche soir l'ambassade amĂ©ricaine en Birmanie, faisant craindre une rĂ©pression par l'armĂ©e du mouvement de contestation contre le coup d'Etat.
Nous avons reçu "des indications de mouvements de troupes à Rangoun", la capitale économique, et "une interruption des télécommunications est possible cette nuit de 1H00 à 9H00", heures locales (de 18H30 à 02H30 GMT), a tweeté la représentation diplomatique américaine. Un peu plus tÎt, des chars ont été briÚvement aperçus dans les rues de la plus grande ville birmane, sous couvre-feu depuis 20H00.
- Tirs -
Dans le nord de la Birmanie, les forces de l'ordre ont dispersé dimanche un rassemblement en tirant sur des manifestants, d'aprÚs une journaliste locale. "Ils ont d'abord lancé du gaz lacrymogÚne, puis ont tiré", a-t-elle déclaré à l'AFP, sans pouvoir préciser si les tirs ont été effectués à balles réelles ou avec des munitions en caoutchouc. Cinq journalistes ont été interpellés à cette occasion, d'aprÚs un média local.
La peur des reprĂ©sailles est dans tous les esprits dans ce pays oĂč les derniers soulĂšvements populaires de 1988 et 2007 ont Ă©tĂ© rĂ©primĂ©s dans le sang par les militaires.
D'autant que la mobilisation contre le coup d'Etat, qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi le 1er février, ne faiblit pas.
Dimanche, pour le neuviÚme jour consécutif, les Birmans sont descendus par dizaines de milliers dans les rues. A Rangoun, ils se sont notamment réunis prÚs de la célÚbre pagode Shwedagon, pour réclamer la fin de la dictature et la libération de la lauréate du prix Nobel de la paix 1991, tenue au secret depuis son arrestation.
PrĂšs de la gare centrale, des habitants ont bloquĂ© une rue Ă l'aide de troncs d'arbres pour empĂȘcher la police de pĂ©nĂ©trer dans le quartier. Ils ont ensuite reconduit des policiers, arrivĂ©s pour chercher des employĂ©s des chemins de fer grĂ©vistes et les forcer Ă reprendre le travail.
A Dawei (sud), sept policiers ont annoncé faire défection, tandis que des médias locaux ont fait état de cas similaires ces derniers jours. L'armée a de son cÎté diffusé une liste de sept militants parmi les plus renommés de Birmanie, qu'elle recherche activement pour avoir encouragé les manifestations. "Si vous trouvez les fugitifs mentionnés ci-dessus ou si vous avez des informations à leur sujet, signalez-vous au poste de police le plus proche", a-t-elle écrit dans un communiqué publié dans les médias d'Etat. "Ceux qui les hébergent seront (confrontés) à des actions conformément à la loi".
Depuis le putsch, environ 400 personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es, des responsables politiques, des militants et des membres de la sociĂ©tĂ© civile, y compris des journalistes, des mĂ©decins et des Ă©tudiants. Parmi la liste des sept "fugitifs" figure Min Ko Naing, un leader du mouvement Ă©tudiant de 1988, qui a dĂ©jĂ passĂ© plus de 10 ans en prison. "Ils arrĂȘtent les gens la nuit et nous devons ĂȘtre prudents", a-t-il dĂ©clarĂ© quelques heures avant l'Ă©mission de son mandat d'arrĂȘt. "Ils pourraient sĂ©vir avec force et nous devrons ĂȘtre prĂ©parĂ©s" a-t-il ajoutĂ© dans une vidĂ©o publiĂ©e sur Facebook, malgrĂ© l'interdiction faite par la junte d'utiliser cette plate-forme.
- Pouvoirs d'exception -
Min Aung Hlaing a donné samedi des pouvoirs d'exception aux forces de l'ordre, qui peuvent procéder à des perquisitions sans mandat ou détenir des personnes pour une courte période sans l'autorisation d'un juge.
En rĂ©action aux arrestations, des comitĂ©s de vigilance citoyenne ont vu spontanĂ©ment le jour Ă travers la Birmanie : des habitants sont chargĂ©s de surveiller leur voisinage en cas d'opĂ©rations menĂ©es par les autoritĂ©s pour arrĂȘter des opposants. "Nous ne faisons confiance Ă personne pour le moment, en particulier pas Ă ceux qui portent des uniformes", a dĂ©clarĂ© Myo Ko Ko, membre d'une patrouille de rue dans un quartier du centre de Rangoun.
Certains Birmans craignent aussi que la libération massive cette semaine de plus de 23.000 prisonniers par l'armée n'ait été orchestrée pour semer le trouble en relùchant des individus peu recommandables, tout en faisant de la place dans les prisons pour les détenus politiques.
- Avertissement aux médias -
La situation a fait l'objet de nombreuses condamnations internationales depuis deux semaines, Washington dĂ©taillant une sĂ©rie de sanctions Ă l'encontre de plusieurs gĂ©nĂ©raux. Ces derniers contestent la rĂ©gularitĂ© des Ă©lections de novembre, massivement remportĂ©es par la Ligue nationale pour la dĂ©mocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi. Ils affirment avoir pris le pouvoir en respectant la Constitution et ont ordonnĂ© aux journalistes d'arrĂȘter de parler de "coup d'Etat".
Inculpée pour avoir importé illégalement des talkie-walkies, Aung San Suu Kyi est assignée à résidence à Naypyidaw, la capitale administrative, et est en bonne santé, d'aprÚs son parti. La Birmanie a déjà vécu prÚs de 50 ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948.
AFP




