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Musique: le métal, un exutoire dans une Birmanie conservatrice

  • PubliĂ© le 12 dĂ©cembre 2016 Ă  12:16
Un jeune Birman adepte de musique métal assiste à un concert le 20 novembre 2016 à Rangoun

VĂȘtus de noir, ils ressemblent aux groupes de mĂ©tal du monde entier.

Mais en Birmanie, ces rebelles font attention à ne pas heurter de front une société bouddhiste conservatrice avec des refrains parlant de mort, de sexe ou de drogue.
"Ecouter du mĂ©tal, ça fait un putain de bien. Ça rĂ©sonne comme la libertĂ©, c'est bon pour l'Ăąme", explique Thaw Di Yoo, 21 ans, jeune rĂ©parateur de tĂ©lĂ©phones portables venu assister Ă  un concert dans une salle de Rangoun.
"C'est différent des autres musiques, c'est pour ça que je suis fan de métal", ajoute-il, un tatouage sur le bras de son groupe birman fétiche, Nightmare Metal Band.
Le métal, qui a émergé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne dÚs les années 1970, connaßt aujourd'hui un succÚs en décalé en Birmanie, un pays d'Asie du Sud-Est resté coupé du monde pendant un demi-siÚcle sous la dictature militaire et dirigé aujourd'hui par un gouvernement civil emmené par la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.
Quand la junte était aux commandes du pays, jusqu'en 2011, les musiciens birmans subissaient de plein fouet une censure qui interdisait le metal, entre autres influences étrangÚres néfastes.
Mais cela n'a pas empĂȘchĂ© les cassettes et CD des groupes interdits de se diffuser sous le manteau et la scĂšne punk ou mĂ©tal underground a commencĂ© Ă  se dĂ©velopper avant mĂȘme l'autodissolution de la junte en 2011 et l'abolition officielle de la censure en 2012.
Mais pour les jeunes musiciens d'aujourd'hui, le conservatisme d'une société imprégnée des valeurs bouddhistes reste un défi.
- Engagement politique -
Au sexe, à la drogue et à la mort qui hantent habituellement les couplets de métal, les musiciens birmans préfÚrent l'engagement politique.
"Dans notre nouvel album, nous parlons principalement de la politique et de la situation dans le pays", explique à l'AFP le guitariste du groupe Last Days of Beethoven, Phoe Zaw, ùgé de 32 ans.
"Nous écrivons contre la violence faite aux musulmans et aux bouddhistes en Etat Rakhine et les violences contre les minorités ethniques dans les autres régions", explique le trentenaire, évoquant la situation des musulmans rohingyas, minorité sans droits en Birmanie, objet de la haine des puissants nationalistes bouddhistes.
"Maintenant, la situation politique a changé et un nouveau gouvernement dirige le pays. Mais il y a des gens qui ne veulent pas changer de mentalité et regardent vers le passé", dit une des nouvelles chansons des Last Days of Beethoven.
Des prises de position politiques qui peuvent paraĂźtre surprenantes, mais pas en Birmanie oĂč les jeunes musiciens birmans, tous genres confondus, sont traditionnellement trĂšs engagĂ©s.
Lors de la campagne pour les législatives de novembre 2015, qui s'était soldée par un raz-de-marée électoral pour le parti d'Aung San Suu Kyi, les chansons ont été un outil important auprÚs de jeunes Birmans assoiffés de liberté d'expression et d'ouverture sur le monde.
- Diffusion via les réseaux sociaux -
Le mĂ©tal reste toutefois une musique minoritaire en Birmanie, oĂč le genre le plus en vogue, comme dans le reste de l'Asie, reste une pop sirupeuse sur le modĂšle des boys band corĂ©ens.
"Le métal, ce n'est pas le genre de musique qui tourne autour des +Je t'aime, tu me manques+", s'amuse Myo Min Thu, professeur de guitare et fan de metal.
A l'Ă©poque de la junte, les chansons ne devaient pas parler de roses, vues comme une rĂ©fĂ©rence Ă  Aung San Suu Kyi. Pas question non plus jusqu'Ă  il y a quelques annĂ©es d'afficher des T-shirts des groupes de mĂ©tal occidentaux et de leur univers glauques fait de tĂȘtes de morts et de sang.
"Nous ne pouvions pas critiquer le christianisme ou ĂȘtre antibouddhistes. La politique, c'Ă©tait le pire Ă  l'Ă©poque et nous avions beaucoup de mal avec les paroles", explique-t-il, dans sa salle de rĂ©pĂ©tition couverte d'affiches de groupes amĂ©ricains comme Iron Cross ou Metallica.
De nombreux sujets restent nĂ©anmoins tabous dans le pays, comme le rĂŽle de l'armĂ©e ou mĂȘme toute critique de l'icĂŽne de la dĂ©mocratie Aung San Suu Kyi.
Et tout n'est pas rose pour les groupes de métal birmans, qui ont du mal à trouver des studios d'enregistrement, des salles de concert équipées d'amplificateurs assez puissants mais aussi à se faire distribuer par les maisons de disque classiques.
Leur solution de contournement du systÚme ? Conquérir le public via les réseaux sociaux, en s'autoproduisant.

Par Marie-Pierre FEREY - © 2016 AFP
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