Sous-marin nucléaire

Naufrage du Koursk: les 20 ans d'une tragédie russe

  • PubliĂ© le 10 aoĂ»t 2020 Ă  11:42
  • ActualisĂ© le 10 aoĂ»t 2020 Ă  12:15
Le sous-marin Koursk, fierté de la force russe de disuassion nucléaire lancé en 1994, sombre le 12 août 2000, lors de manoeuvres dans la mer de Barents, au nord-ouest de la Russie.

Le 12 août 2000, l'explosion accidentelle d'une torpille provoque le naufrage du sous-marin nucléaire Koursk, fleuron de la marine russe.

Le sort des 118 hommes piégés par 108 mÚtres de fond en mer de Barents (nord-ouest) va tenir la nation en haleine jusqu'au dénouement tragique neuf jours plus tard de ce qui reste comme la pire catastrophe vécue par la marine russe post-soviétique.

- Naufrage -

Ce samedi matin, le Koursk, monstre sous-marin de 154 mÚtres de long prend part aux exercices de grande ampleur de la Flotte du nord, aux confins de la Russie et de la NorvÚge. A 11H28 (07H28 GMT) des séismographes norvégiens enregistrent une violente explosion suivie deux minutes plus tard d'une seconde détonation plus puissante.

Le bùtiment est repéré dimanche à l'aube par la marine russe. Toute liaison radio avec l'équipage est coupée. Seul sera capté le SOS qu'un occupant du submersible lance en frappant contre la coque. En fin d'aprÚs-midi, un premier sous-marin de poche est mis à l'eau, mais l'engin heurte l'épave du Koursk et doit faire surface aussitÎt.

- Aides occidentales refusées -

Des "problÚmes techniques": c'est par ces mots laconiques que la marine russe rend public, le 14 août avec deux jours de retard, l'accident du Koursk. Selon le commandant en chef de la marine, une "explosion dans le premier compartiment à torpilles" a endommagé le sous-marin et l'a obligé à se poser sur le fond, dans une zone internationale à quelque 150 km au nord du port russe de Severomorsk. La marine avance l'hypothÚse d'une collision avec un bùtiment étranger.

Mais les militaires l'assurent: le rĂ©acteur du submersible est arrĂȘtĂ© et sous contrĂŽle et les 24 missiles Ă  bord ne comportent pas d'ogive nuclĂ©aire. MalgrĂ© les craintes, aucune fuite radioactive ne sera enregistrĂ©e. D'aprĂšs la marine, l'Ă©quipage a assez d'oxygĂšne pour tenir jusqu'au 18 aoĂ»t.

En dépit des craintes pour les marins, les Russes repoussent les offres d'assistance des Britanniques et des Norvégiens puis celles des Américains.
EquipĂ©s de moyens obsolĂštes ou inadaptĂ©s, les Russes poursuivent seuls et en pleine tempĂȘte leurs opĂ©rations de secours, essuyant Ă©chec sur Ă©chec.

- Poutine en vacances -

Vladimir Poutine poursuit lui ses vacances Ă  Sotchi sur la mer Noire. Il attend le 16 aoĂ»t pour faire une premiĂšre dĂ©claration, vĂȘtu d'un polo dĂ©contractĂ©: la situation est "critique" mais la Russie "dispose de tous les moyens de sauvetage nĂ©cessaires". Volte-face le jour mĂȘme, aprĂšs un entretien tĂ©lĂ©phonique avec le prĂ©sident amĂ©ricain Bill Clinton: l'ex-agent du KGB ordonne d'accepter "l'aide d'oĂč qu'elle vienne". Sans pour autant interrompre sa villĂ©giature.

Son silence "assourdissant" lui vaut une attaque en rÚgle dans la presse. "DÚs la premiÚre minute, la catastrophe aurait dû devenir l'obsession (...) de l'Etat tout entier, à commencer par le président", souligne ainsi le quotidien Izvestia. La presse accuse les militaires de mensonges et s'interroge sur le prix de la vie humaine dans la Russie post-communiste.

Les familles, elles, vivent "un enfer". "Chaque journal d'actualitĂ©s tĂ©lĂ©visĂ© est comme un arrĂȘt de mort", s'indigne la femme d'un sous-marinier prisonnier de l'Ă©pave. Le 18, Vladimir Poutine assure que les chances de sauver l'Ă©quipage sont "trĂšs minces mais existent encore" et dĂ©cide enfin de rentrer Ă  Moscou.

- Sort scellé -

Le 21, les plongeurs norvĂ©giens rĂ©ussissent aprĂšs seulement 30 heures d'efforts Ă  ouvrir le sas du sous-marin. L'intĂ©rieur du Koursk est totalement inondĂ©. Tous les marins sont morts. Lorsqu'il se rend enfin Ă  VidiaĂŻevo, le petit port d'attache du Koursk oĂč se sont regroupĂ©es les familles, Vladimir Poutine essuie les critiques de femmes de marins en pleurs.

A l'issue d'une journée de deuil national le 23 août à laquelle les familles des disparus ont refusé de s'associer, il dit éprouver un sentiment de "culpabilité pour cette tragédie".

- Témoignages posthumes -

Le Parquet russe clĂŽt son enquĂȘte en juillet 2002, sans dĂ©signer de responsables, au grand dam des familles endeuillĂ©es. Selon ses conclusions, une des torpilles a explosĂ©, entraĂźnant la destruction du stock entier. Les marins ne pouvaient pas ĂȘtre sauvĂ©s et sont morts, au plus tard huit heures aprĂšs l'explosion.

Un message griffonné à la main, trouvé fin octobre 2000 sur le corps d'un lieutenant de vaisseau extrait de l'épave, a pourtant apporté la preuve cruelle qu'au moins 23 hommes avaient survécu dans un premier temps à l'explosion et s'étaient réfugiés dans un sas. "Ma chÚre Natacha et mon fils Sacha!!! Si vous recevez cette lettre cela veut dire que je suis mort. Je vous aime trÚs fort", avait écrit l'officier Andreï Borissov avant de suffoquer.

AFP

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