Russie

Navalny marque des points dans un combat Ă  hauts risques avec le Kremlin

  • PubliĂ© le 25 janvier 2021 Ă  15:17
  • ActualisĂ© le 25 janvier 2021 Ă  15:55
Le portrait de l'opposant russe AlexeĂŻ Navalny lors d'une manifestation de soutien Ă  Moscou, le 23 janvier 2021

Des foules de manifestants bravant l'interdit et les matraques dans une centaine de villes de Russie. Du fond de sa prison, l'opposant Alexeï Navalny a réussi un pari, mais son combat avec le Kremlin s'annonce long et surtout trÚs risqué.


Coup double mĂȘme pour le dĂ©tracteur numĂ©ro un de Vladimir Poutine, incarcĂ©rĂ© depuis le 17 janvier et son retour en Russie aprĂšs cinq mois d'une convalescence due Ă  un empoisonnement prĂ©sumĂ©. Outre les dizaines de milliers de manifestants rassemblĂ©s samedi, il peut se targuer d'avoir rĂ©uni 85 millions de vues sur YouTube en moins d'une semaine en accusant M. Poutine de s'ĂȘtre fait bĂątir un fastueux palace en bord de mer.

Le Kremlin -- qui qualifie d'ordinaire Navalny de "blogueur n'intĂ©ressant personne" -- a mĂȘme dĂ» s'en expliquer dimanche soir Ă  la tĂ©lĂ©vision. "Ok, ce palais existe sans doute (...) mais quel rapport avec le prĂ©sident ?", y martĂšle Dmitri Peskov, porte-parole du chef de l'Etat, qualifiant le film de "mensonge Ă©laborĂ©" et appelant ceux l'ayant regardĂ© "Ă  brancher leur cerveau".

Quant aux manifestations, il en a minimisé la portée: "Peu de gens sont sortis, beaucoup de gens votent pour Poutine".
Le mouvement de contestation est cependant loin d'ĂȘtre anodin Ă  l'approche des lĂ©gislatives de septembre sur lesquelles AlexeĂŻ Navalny veut peser, encouragĂ© par l'impopularitĂ© du parti du Kremlin, Russie Unie, rĂ©putĂ© ankylosĂ© et corrompu.

- Pas d'euphorie -

LĂ©onid Volkov, un stratĂšge du mouvement de l'opposant, a saluĂ© un samedi "historique" de manifestations et promis de nouvelles actions dĂšs "le weekend prochain", mĂȘme si aucun appel concret n'a encore Ă©tĂ© lancĂ©. Pour le politologue du centre Carnegie de Moscou AlexeĂŻ Kolesnikov, il faut s'attendre Ă  ce que "les manifestations continuent", comme lors du grand mouvement de contestation de 2011-2012.

D'autant que l'ampleur, en nombre et en géographie, des rassemblements samedi est clairement "le résultat du retour de Navalny et de son film sur le palace de Poutine". Mais l'analyste met en garde contre toute "euphorie". "Le régime à de grosses ressources pour assurer sa survie, notamment l'indifférence d'une majorité de la population", dit-il.

L'opposant LĂ©onid Volkov admet volontiers d'ailleurs que la bataille sera "difficile". DĂ©jĂ , la machine judiciaire russe est en marche. Plus de 3.500 interpellations ont eu lieu lors des manifestations samedi, un record selon l'ONG spĂ©cialisĂ©e OVD-Info. De Vladivostok Ă  Saint-PĂ©tersbourg en passant par l'Oural et Moscou, des enquĂȘtes criminelles ont Ă©tĂ© lancĂ©es pour violences contre des policiers, troubles Ă  l'ordre public ou dĂ©gradations. Autant de dĂ©lits et de crimes passibles de prison. La pluie de boules de neige ayant visĂ© les forces anti-Ă©meutes moscovites pourrait coĂ»ter cher Ă  leurs auteurs, si le geste est qualifiĂ© d'agression.

- "Pédophilie politique" -

Alexeï Navalny risque quant à lui dÚs le 2 février plusieurs années de prison, accusé d'avoir violé un contrÎle judiciaire en se faisant soigner à l'étranger aprÚs son probable empoisonnement. Pourtant, il est parti en Allemagne dans le coma, avec le blanc-seing de Vladimir Poutine en personne.

Il est visĂ© aussi par une enquĂȘte pour escroquerie, passible de 10 ans de dĂ©tention, et un procĂšs pour diffamation l'attend le 5 fĂ©vrier. Comme la mobilisation s'est largement faite en ligne, les autoritĂ©s font Ă©galement monter la pression sur les plateformes, TikTok en tĂȘte car trĂšs populaire auprĂšs des adolescents. Elles s'efforcent de prĂ©senter les partisans de M. Navalny, avec l'aide de rĂ©seaux sociaux irresponsables, comme des vauriens manipulant "des enfants" Ă  des fins politiques.

Le puissant ComitĂ© d'enquĂȘte, chargĂ© des dossiers prioritaires, a ouvert une investigation pour "incitation de mineurs Ă  participer Ă  des activitĂ©s illĂ©gales susceptibles de mettre en danger leurs vies".
La tĂ©lĂ©vision nationale, sous contrĂŽle du Kremlin, n'est pas en reste, en particulier sa grande Ă©mission politique dominicale Vesti Nedeli. "Navalny construit sa propagande de telle maniĂšre que chez ses partisans on retrouve beaucoup d'adolescents et d'enfants", dĂ©nonce le prĂ©sentateur Dmitri Kissiliov, architecte de la machine mĂ©diatique de l'Etat et cible de sanctions occidentales. "Des pĂ©dophiles politiques", lĂąche-t-il mĂȘme.

AFP

guest
0 Commentaires