France

NDDL: six mois aprĂšs l'abandon, l'ex-ZAD en mutation

  • PubliĂ© le 14 juillet 2018 Ă  14:16
  • ActualisĂ© le 14 juillet 2018 Ă  14:26
L'ancienne ZAD opĂšre pas Ă  pas sa transition vers un territoire purement agricole

Six mois aprÚs l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) et un printemps marqué par des expulsions, l'ancienne ZAD opÚre pas à pas sa transition vers un territoire purement agricole, mais le chemin reste long avant sa totale "normalisation".


L'ex-emprise aéroportuaire, zone d'aménagement différé (ZAD) que les anti-NDDL avaient rebaptisée "zone à défendre", prend progressivement des allures de campagne ordinaire, malgré les "ZAD" qui barrent les panneaux de signalisation et les épaves de voitures ou les pneus qui jonchent les bas-cÎtés des voies secondaires.

Sur les deux axes principaux, les stigmates des affrontements d'avril-mai entre "zadistes" et gendarmes mobiles ont eux disparu. Remises en état, ces routes départementales, dont la fameuse D281, l'ex-"route des chicanes" fermée en 2012, sont ouvertes à la circulation depuis un mois, sans difficulté notable.

"En six mois, c'est quand mĂȘme un changement radical et visible Ă  l'oeil nu", souligne la prĂ©fĂšte des Pays de la Loire, Nicole Klein, qui avait fait de cette route le symbole du "retour Ă  l'Ă©tat de droit" sur ce site."Aucun" des 39 squats Ă©vacuĂ©s et dĂ©molis au printemps, lors d'une intervention qui a mobilisĂ© jusqu'Ă  2.500 gendarmes mobiles, "n'a Ă©tĂ© reconstruit", se fĂ©licite Ă©galement la prĂ©fĂšte.

Pour un occupant de la ZAD, "ce qui a Ă©tĂ© profondĂ©ment modifiĂ©, c'est l'aspect totalement illĂ©gal d'une grosse partie de l'expĂ©rience collective qu'on mĂšne ici" puisque quinze projets agricoles portĂ©s par des "zadistes" ayant mis "un peu d'eau dans leur vin" ont Ă©tĂ© rĂ©gularisĂ©s par l?État dĂ©but juin.

Ces projets, couvrant environ 140 hectares des 1.250 ha de surface agricole exploitable de l'ex-ZAD, font pour l'instant l'objet de conventions d'occupation prĂ©caire (COP). Valables jusqu'Ă  la fin de l'annĂ©e, ces conventions pourront soit ĂȘtre renouvelĂ©es soit ĂȘtre transformĂ©es en baux, une fois Ă©claircie la question de la redistribution dĂ©finitive des terres, que l?État veut vendre.Le tribunal de Saint-Nazaire a ordonnĂ© jeudi la rĂ©trocession de 150 hectares Ă  une trentaine d'anciens propriĂ©taires expropriĂ©s, une restitution qui devrait ĂȘtre effective "Ă  l'automne", selon leur avocat Etienne Boittin.

Le conseil dĂ©partemental de Loire-Atlantique, qui avait acquis, puis revendu Ă  l'État pour cinq millions d'euros de terres et de bĂąti va lui racheter environ 85% de la surface totale, aprĂšs le feu vert du Premier ministre. La valeur de ces biens doit ĂȘtre Ă©valuĂ©e Ă  l'automne, avant une rĂ©trocession dĂ©but 2019.

- "Régularisation complÚte fin 2020" -

Le département deviendra ainsi le principal propriétaire foncier de l'ex-ZAD, et son président Philippe Grosvalet (PS), fervent défenseur de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, a assuré qu'il "poursuivrait l'action de l?Etat" sur le projet agricole."Pour l'instant, ce sont de belles promesses, on reste prudent face à quelqu'un qui a été notre adversaire pendant des années", objecte Kevin, ex-habitant des "100 Noms", l'un des habitats rasés au printemps.

Des occupants et des paysans s'apprĂȘtent Ă  lancer un fonds de dotation pour acheter des terres, afin de donner la prioritĂ© Ă  l'installation plutĂŽt qu'Ă  l'agrandissement de fermes existantes, et tenter de maintenir des activitĂ©s agricoles, artisanales et de redistribution "non conventionnelles" et interdĂ©pendantes entre elles.Ainsi, le groupe "Abrakadabois", chargĂ© de la gestion forestiĂšre, construit et rĂ©pare des hangars agricoles avec le bois de la ZAD. Celui-ci sera transportĂ© dĂšs l'automne par les chevaux d'un maraĂźcher dont la production alimente essentiellement un rĂ©seau de ravitaillement solidaire.

Des occupants ont aussi monté un "bureau d'auto-défense administrative" (Bada), dont les membres épluchent le Code rural et les critÚres de la Commission départementale d'orientation agricole (CDOA), afin de présenter des dossiers "béton" lors du prochain comité de pilotage sur les projets agricoles, prévu début octobre.

Par ailleurs, une partie de la cinquantaine d'habitations de l'ex-ZAD "devront ĂȘtre dĂ©molies" si elles sont en zone humide, prĂ©vient le maire de Notre-Dame-des-Landes, Jean-Paul Naud, soucieux Ă©galement que les "quelques maisons toujours pas libĂ©rĂ©es" le soient rapidement "pour ĂȘtre remises sur le marchĂ© immobilier". "On travaille pour normaliser totalement ce territoire", assure-t-il."On peut raisonnablement attendre une rĂ©gularisation complĂšte fin 2020", pronostique de son cĂŽtĂ© Julien Durand, ancien porte-parole de l'Acipa, principale association anti-NDDL, dissoute fin juin.

AFP

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