Entre partisans et opposants

Notre-Dame-des-Landes, l'impossible consensus

  • PubliĂ© le 11 dĂ©cembre 2017 Ă  18:05
  • ActualisĂ© le 11 dĂ©cembre 2017 Ă  18:08
Emmanuel Macron, le 10 décembre 2017 à l'Elysée

Voulue par Emmanuel Macron pour "apaiser" les tensions autour du transfert contesté de l'aéroport nantais à Notre-Dame-des-Landes et l'aider à trancher sur l'avenir du projet quinquagénaire, la médiation gouvernementale a plutÎt crispé partisans et opposants, fébriles à l'approche du moment de vérité.


Une fois le rapport des trois médiateurs dans les mains, le chef de l'Etat devra décider, vraisemblablement avant la fin de l'année, entre deux options: l'optimisation de Nantes-Atlantique ou son déménagement à Notre-Dame-des-Landes, à 30 km plus au nord, déclaré d'utilité publique il y a prÚs de dix ans.
AprÚs de nombreux rapports et une "commission du dialogue" début 2013 qui ont achoppé à faire consensus, aprÚs la consultation locale de juin 2016, favorable au transfert de l'aéroport mais qui n'a pas calmé la contestation, Emmanuel Macron avait souhaité "étudier l'ensemble des options", avant d'enfin arbitrer cet épineux dossier, déjà "chewing-gum sous la godasse", selon le commentaire d'un élu, de son prédécesseur François Hollande.
Le 1er juin, le nouvel exĂ©cutif missionnait trois experts, afin d'envisager "toutes les solutions, (...) dans le sens de l'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, avec la prĂ©occupation d'apaiser l'ensemble des acteurs et de rĂ©tablir l'ordre public".


- 'Mascarade' -


Mais avant mĂȘme qu'elle ne dĂ©marre, une pluie de critiques s'Ă©tait abattue sur la mission de mĂ©diation, les collectivitĂ©s locales soutenant le projet et les associations pro-transfert la qualifiant de "mascarade", de "parodie de concertation" ou encore de "mĂ©diation de reniement de la parole de l'Etat".
"En nommant deux médiateurs, dont l'un s'est publiquement opposé à Notre-Dame-des-Landes, et un autre s'est dit réservé, plutÎt que d'apaiser la situation, ça l'a au contraire envenimée", souligne Marc Bouchery, directeur général du Syndicat mixte aéroportuaire (SMA), rassemblement de 20 collectivités des Pays de la Loire et de Bretagne impliquées dans la réalisation du projet de nouvel aéroport.
"Le rÎle unique de la médiation a été de regarder si on pouvait réaménager Nantes-Atlantique. Elle n'a pas pris en compte le vote des habitants de Loire-Atlantique, les décisions de justice validant le projet et le feu vert de l'Europe", peste de son cÎté Alain MustiÚre, président de l'association pro-NDDL "Des ailes pour l'Ouest".
"On sent la peur panique des pro-aĂ©roport de tout ce qui semble ĂȘtre une remise Ă  plat du dossier. (...) S'ils avaient Ă©tĂ© sĂ»rs d'eux, ils auraient jouĂ© le jeu de la mĂ©diation en dĂ©montrant que l'optimisation de Nantes-Atlantique n'Ă©tait pas faisable. Mais ils se sont eux-mĂȘmes affaiblis par cette caricature", considĂšre Ronan Dantec, sĂ©nateur Ă©cologiste de Loire-Atlantique.
Les pro-transfert "n'ont jamais été aussi déchaßnés", glose Françoise VerchÚre, co-présidente du Cédpa, collectif d'élus opposés au nouvel aéroport. Pour elle, "les médiateurs ont respecté la lettre de mission, c'était bien écrit qu'ils devaient remettre à plat l'hypothÚse de l'optimisation, ce qui n'avait jamais été fait avant".
"Aujourd'hui, c'est impossible de concilier les pro et les anti-aéroport. Les positions sont trop éloignées, le sujet trop ancien, trop médiatisé", renchérit Jean-Paul Naud, maire de Notre-Dame-des-Landes.


- 'Une prise de tĂȘte' -


Lors d'un point d'Ă©tape le 26 septembre Ă  Nantes, aprĂšs prĂšs de 200 auditions, les mĂ©diateurs avouaient eux-mĂȘmes leurs difficultĂ©s Ă  parvenir Ă  un consensus.
Ce dossier, "c'est clairement une prise de tĂȘte, parce que les positions sont tranchĂ©es, sont violentes, de part et d'autre", avait confiĂ© GĂ©rard Feldzer, un ancien pilote de ligne proche du ministre de la Transition Ă©cologique hostile au projet, Nicolas Hulot.
"Cette médiation, ça a été une expertise complémentaire qui a permis au président de la République de gagner du temps, mais je ne crois pas que ça l'aide à faire un choix", juge Philippe Grosvalet, président (PS) du département et du SMA, qui a refusé de rencontrer les médiateurs, "illégitimes" selon lui.
Seul point de consensus entre "pro" et "anti" à l'issue de cette médiation de six mois: aprÚs des années d'atermoiements, "il faut décider".

Par Régine LAMOTHE - © 2017 AFP

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