Pourparlers diplomatiques

Nucléaire: Iran et AIEA trouvent un accord "temporaire" pour maintenir une surveillance

  • PubliĂ© le 22 fĂ©vrier 2021 Ă  10:54
  • ActualisĂ© le 22 fĂ©vrier 2021 Ă  11:00
Photo, fournie par l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, du directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique Rafael Grossi (c), lors d'une réunion à Téhéran, le 21 février 2021

L'Iran et l'AIEA ont annoncé dimanche un accord "temporaire" pour maintenir une surveillance des activités nucléaires, bien que réduite, le temps que les pourparlers diplomatiques s'engagent entre les signataires du pacte de 2015 afin de tenter de sortir de l'impasse.

La loi iranienne, qui prĂ©voit de limiter certaines inspections, y compris sur des sites militaires suspects, si les sanctions amĂ©ricaines ne sont pas levĂ©es, "existe et va ĂȘtre appliquĂ©e" Ă  partir du 23 fĂ©vrier, a regrettĂ© le directeur gĂ©nĂ©ral de l'Agence internationale de l'Ă©nergie atomique, Rafael Grossi, Ă  son retour Ă  Vienne aprĂšs des "consultations intenses" Ă  TĂ©hĂ©ran.

"L'accÚs sera réduit, ne nous voilons pas la face, mais nous serons en mesure de maintenir le degré nécessaire de surveillance et de vérification", a-t-il assuré. "Cela sauve la situation dans l'immédiat".

Selon les termes de cet "accord bilatĂ©ral technique" d'une durĂ©e de trois mois mais susceptible d'ĂȘtre suspendu Ă  tout moment, le nombre d'inspecteurs sur place reste ainsi inchangĂ© et des contrĂŽles inopinĂ©s resteront possibles. "Bien sĂ»r, pour parvenir Ă  une situation stable, il faudra une nĂ©gociation politique, et ce n'est pas de mon ressort", a ajoutĂ© M. Grossi.

- "Pas d'enregistrements" -

De son cÎté, l'Iran avait évoqué un peu plus tÎt des discussions "fructueuses", alors que le directeur de l'AIEA a rencontré le président de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA), Ali Akbar Salehi, et le ministre des Affaires étrangÚres Mohammad Javad Zarif.

M. Grossi pourra "s'acquitter de son obligation de montrer que le programme nucléaire iranien reste pacifique", a promis le chef de la diplomatie iranienne dans une déclaration à Press TV, la chaßne en anglais de la télévision d'Etat.

Selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangÚres Abbas Araghchi, "les inspections seront réduites d'environ 20 à 30% aprÚs la mise en ?uvre de la loi". "Cela ne signifie certainement pas un retrait de l'accord" de 2015.

En revanche, l'Iran ne fournira pas les "enregistrements relatifs aux activités et équipements" de plusieurs sites, comme prévu par la loi votée par le Parlement en décembre, a précisé l'OIEA dans un communiqué, faisant apparemment référence aux données des caméras de surveillance. "Si les sanctions sont complÚtement levées d'ici à trois mois, ces informations seront communiquées à l'AIEA, sinon elles seront supprimées à jamais".

L'accord de Vienne, conclu avec le groupe 5+1 (Etats-Unis, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Russie, Chine), prĂ©voit une levĂ©e progressive des sanctions en Ă©change de la garantie que l'Iran ne se doterait pas de l'arme atomique. MĂȘme si la RĂ©publique islamique a toujours niĂ© avoir de telles intentions.

AprÚs le retrait unilatéral américain et le rétablissement des sanctions qui étranglent l'économie iranienne, l'Iran s'est cependant affranchi, à partir de 2019, de plusieurs limites qu'il avait accepté d'imposer à son programme nucléaire. "Une fois que tout le monde aura fait sa part et rempli ses obligations, alors il y aura (une reprise) des discussions", a répété dimanche M. Zarif.

- "FenĂȘtre d'opportunitĂ©" -

Depuis l'arrivĂ©e au pouvoir de Joe Biden, qui s'est dit prĂȘt Ă  revenir dans l'accord quittĂ© en 2018 par Donald Trump, les Etats-Unis et Iran se renvoient la balle sur la question de savoir qui doit faire le premier pas.

Dans un geste, Washington a accepté jeudi une invitation des Européens à participer à des pourparlers sur le sujet. Mais le lendemain, le nouvel hÎte de la Maison Blanche a appelé ses alliés à travailler de concert pour répondre aux "activités déstabilisatrices" de l'Iran au Moyen-Orient.

Dans ce contexte diplomatique complexe et alors que l'Iran et les Etats-Unis n'ont plus de relations diplomatiques depuis 1980, Téhéran a dit examiner la proposition de l'UE pour une "réunion informelle".

Le prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdogan a appelĂ© quant Ă  lui Ă  saisir la "fenĂȘtre d'opportunitĂ©" pour mettre fin aux sanctions, une demande qu'il juge "lĂ©gale et logique".

Dans la presse iranienne, le quotidien ultraconservateur Kayhan saluait ce week-end la loi du Parlement, "une stratégie" qui a montré au camp adverse que "la rupture du contrat est coûteuse".

Mais le journal réformateur Sharqa doutait au contraire de l'efficacité de ce texte. "Les jours à venir sont critiques pour l'Iran" et pour les autres pays parties de l'accord nucléaire, écrit-il.

 AFP

guest
0 Commentaires