Les avis déferlent

Partira, partira pas... Cette question récurrente autour de Nicolas Hulot

  • PubliĂ© le 3 juillet 2018 Ă  22:29
  • ActualisĂ© le 4 juillet 2018 Ă  07:18
Nicolas Hulot sortant de l'ÉlysĂ©e, Paris, 6 juin 2018.

Utile ou pas utile? Rester ou partir? Les avis dĂ©ferlent sur l'action de Nicolas Hulot au gouvernement, au moment oĂč approche l'Ă©chĂ©ance estivale que le ministre s'est lui-mĂȘme fixĂ©e.

Cette semaine est importante. Le Premier ministre, Edouard Philippe, présente mercredi un plan biodiversité que son ministre de l'Ecologie souhaite "ambitieux", mais à la portée encore incertaine. Vendredi, Nicolas Hulot marquera le premier anniversaire de son plan climat, que les ONG jugent "loin du compte".

Depuis sa nomination en mai 2017, la question de sa capacité à agir et à se maintenir n'a cessé de refaire surface, et faisait encore la une de la presse mardi. "Cet été, on aura avec le président et le Premier ministre un moment de vérité", avait dit l'intéressé mi-mai, affirmant qu'il tirerait à l'été "les leçons" si "les conditions" de mise en place des politiques qu'il défend "ne sont pas remplies".

"Pour moi l'été, c'est quand on part en vacances", glisse-t-il mardi dans une interview publiée sur le site internet du Parisien. A la question de savoir quand il partira en vacances, il répond ensuite "sans doute pas avant cinq ans". Au cours des derniÚres semaines il est apparu particuliÚrement remonté, défendant vigoureusement son bilan. Lundi soir, il était plutÎt rieur lors d'un "Facebook Live" avec le Premier ministre.

"On le sent plus enjouĂ© qu'il n'a pu l'ĂȘtre Ă  certains moments", note l'ex-dĂ©putĂ©e europĂ©enne Sandrine BĂ©lier, de l'ONG HumanitĂ© et BiodiversitĂ©, espĂ©rant y voir un signe d'avancĂ©e sur les dossiers encore attendus.

Écolos impatients

Mais au moment oĂč les ministres vont passer leur grand oral auprĂšs du premier d'entre eux (jeudi matin pour Hulot), d'autres dĂ©fenseurs de l'environnement retiennent les concessions faites: accord commercial avec le Canada (Ceta), autorisation de raffinerie basĂ©e sur l'huile de palme, plans qualitĂ© de l'air n'empĂȘchant pas le renvoi devant la justice europĂ©enne...

"Il faudrait qu'il parte car il est en train d'attaquer sa propre crédibilité pour la donner à un gouvernement qui a montré son vrai visage: agressif, ultralibéral", dénonçait dans Libération Claire Nouvian, de l'ONG Bloom. La loi agriculture et alimentation, "c'est (le ministre de l'Agriculture) Stéphane Travert qui l'a gérée", dit à l'AFP Laurent Pinatel, de la Confédération paysanne, pour qui "on a une loi qui a occupé tous les acteurs agricoles pendant un an et qui ne va pas changer grand-chose au final".

Mais "ce serait bien pire s'il n'était pas là", le défend Audrey Pulvar. "Je me pose toujours la question de savoir qui serait là s'il n'était pas là", a dit à l'AFP la présidente de la Fondation pour la nature et l'homme, l'ex-Fondation Hulot. Parmi ses victoires, l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l'inscription annoncée de l'environnement dans la Constitution, la concrétisation de six parcs éoliens en mer...

"Sans lui, nous n'aurions pas obtenu ce qu'on a obtenu", estime aussi Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables, qui cite aussi les appels d'offres dans le solaire, les mesures pour l'éolien et la méthanisation. Mais "il faudra deux ou trois ans pour donner un jugement définitif, notamment" aprÚs la feuille de route énergétique de la France attendue prochainement.

Soutien gouvernemental

Hulot pointe aussi son rĂŽle dans la dĂ©cision d'interdire le glyphosate d'ici 2021, mĂȘme s'il a Ă©chouĂ© Ă  la faire graver dans la loi. "Vous ne voyez que ce qu'il n'y a pas!", reproche-t-il aux journalistes. "Si on veut ĂȘtre objectif et ne pas dĂ©courager tout le monde, il faut aussi voir ce qu'il y a!" Le gouvernement, lui, mĂ©nage son ministre. "Nicolas Hulot a toute sa place au gouvernement", a insistĂ© mardi son porte-parole, Benjamin Griveaux, sur BFMTV.

"Son départ serait dommageable" pour le sommet de l'Etat, estime JérÎme Sainte-Marie, de PollingVox, à propos de ce ministre populaire qui permet à Emmanuel Macron d'adoucir son "image techno et d'homme des entreprises" et "de drainer de nouvelles catégories, moins urbaines, moins jeunes".

"Et avant les europĂ©ennes, (perdre Nicolas Hulot) redonnerait un peu d'allant Ă  la gauche," ajoute le spĂ©cialiste de l'opinion. Mardi, le groupe des dĂ©putĂ©s LREM lui a exprimĂ© son soutien et 111 d'entre eux, son proche Matthieu Orphelin en tĂȘte, ont signĂ© une tribune "L'Ă©cologie avance!"

Quant à la pétition pour "libérer" Hulot, lancée par des humoristes de France Inter, elle recueillait mardi 5.000 signataires.
 

 - © 2018 AFP

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