Justice

Pédophilie: quinze ans de prison pour Le Scouarnec, "satisfaction" des victimes

  • PubliĂ© le 4 dĂ©cembre 2020 Ă  04:53
  • ActualisĂ© le 4 dĂ©cembre 2020 Ă  09:02
Croquis de l'audience du 13 mars 2020 lors du procĂšs de Joel Le Scouarnec devant les assises Ă  Saintes

L'ex-chirurgien Joël Le Scouarnec a été condamné jeudi à 15 ans de réclusion criminelle au terme de son procÚs à huis clos aux assises de Charente-Maritime pour abus sexuels sur quatre mineures, une "juste peine" et une "satisfaction" pour les quatre victimes de ce premier volet d'une affaire de pédophilie hors norme.

Cette peine de prison, conforme aux réquisitions de l'avocat général, a été assortie d'un suivi socio-judiciaire de 3 ans comprenant une injonction de soins, l'accusé ayant en outre été reconnu coupable de tous les faits qui lui étaient reprochés. L'accusé, qui encourait 20 ans de réclusion criminelle, est resté impassible à l'annonce du verdict, gardant les bras croisés sur le ventre, sans un regard pour les victimes. A quelques mÚtres de lui, celles-ci se sont étreintes, envahies par l'émotion.

La présidente de la cour, Isabelle Fachaux a souligné que "malgré sa condamnation" en 2005 pour consultation d'images pédopornographiques, "Joël Le Scouarnec a poursuivi ses agissements, ce qui fait craindre une réitération des faits" et "rend nécessaire une peine d'incarcération significative", selon les motivations du verdict lues devant l'assistance.

"On est vraiment satisfaits de la décision, c'est une juste peine", s'est réjoui Me Francesca Satta, avocate d'une des quatre victimes, la fillette voisine de l'ex chirurgien qui l'avait dénoncé en mai 2017. "Je ne demande pas l'indulgence de la cour", avait déclaré l'accusé dans ses derniers mots avant le délibéré. "Je ne demande ni pardon, ni compassion (...) seulement le droit de redevenir un homme meilleur", avait-il dit, des propos rapportés par plusieurs avocats hors la salle d'audience, huis clos oblige.

"Il a expliquĂ© qu'il Ă©mettait Ă©normĂ©ment de regrets (...) sans forcĂ©ment demander d'excuses, lui-mĂȘme sait que ce qu'il a fait est impardonnable", avait assurĂ© son avocat Me Thibaut Kurzawa aprĂšs sa plaidoirie.

- "Aveux stratégiques" -

Revigorées par ce verdict, les parties civiles, et notamment Me Satta, présagent que cette premiÚre étape judiciaire "donne le ton" dans la perspective de l'éventuel second procÚs sur l'autre affaire de pédocriminalité qui rattrape Le Scouarnec, celle-ci d'une ampleur vertigineuse.

Le médecin autrefois respecté, pÚre de trois fils, est en effet également mis en examen depuis octobre à Lorient (Morbihan), dans une deuxiÚme procédure, pour viols et agressions sexuelles sur 312 victimes potentielles identifiées à la lumiÚre des écrits glaçants du chirurgien autoproclamé pédophile, découverts chez lui au moment de son arrestation en 2017.

A Saintes, l'ancien chirurgien digestif Ă©tait jugĂ© pour des agressions sexuelles sur sa niĂšce AurĂ©lie* dans les annĂ©es 90 Ă  Loches (Indre-et-Loire) et sur une patiente, AmĂ©lie* ainsi que des fais de viols (pĂ©nĂ©trations digitales), Ă  la mĂȘme pĂ©riode, sur Helena*, une autre niĂšce, et sur Lucie*, sa petite voisine Ă  Jonzac (Charente-Maritime). C'est elle, qui en le dĂ©nonçant avait permis la rĂ©vĂ©lation des archives secrĂštes du mĂ©decin en 2017.

Depuis son arrestation, il reconnaissait des agressions sexuelles, mais niait les faits plus graves de viols, dans ce volet oĂč "l'omerta" de la famille est dĂ©noncĂ©e Ă  l'unisson par les parties civiles.

DÚs les années 90, son ex-femme, qui le conteste aujourd'hui, l'avait questionné sur ses penchants, puis sa soeur avait reçu les confidences de ces filles. Jamais il n'avait été dénoncé malgré ces signaux intrafamiliaux et des alertes à l'hÎpital aprÚs sa légÚre condamnation en 2005.

Durant le procĂšs dĂ©butĂ© lundi, JoĂ«l Le Scouarnec a reconnu des faits de viols au compte-gouttes oscillant, selon des avocats de parties civiles, entre "amnĂ©sie" et "aveux stratĂ©giques". ConfrontĂ© Ă  ses victimes et Ă  l'exposĂ© des piĂšces "insoutenables" comprenant photos et Ă©crits, il a notamment admis avoir violĂ© ses niĂšces, aujourd'hui ĂągĂ©es de 35 et 30 ans. Un revirement qui "leur a fait un bien fou", selon leur avocate Me Delphine Driguez, mĂȘme si ces aveux concernant l'aĂźnĂ©e n'ont pu ĂȘtre retenus contre lui, la cour n'Ă©tant pas saisie de ces faits.

L'accusé n'a en revanche pas avoué le viol de la petite voisine de Jonzac, celle par qui l'affaire a éclaté. L'accusé dit ne pas s'en souvenir. "On reste sur notre faim", a admis Me Francesca Satta.
* prénoms modifiés

AFP

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