Diplomatie

Pence se recueille au mur des Lamentations, les Palestiniens manifestent

  • PubliĂ© le 23 janvier 2018 Ă  18:52
  • ActualisĂ© le 23 janvier 2018 Ă  18:56
Le vice-président américain Mike Pence devant le mur des Lamentations, le 23 janvier 2018

Le vice-prĂ©sident amĂ©ricain Mike Pence s'est recueilli mardi devant le mur des Lamentations, ultime marque de dĂ©fĂ©rence envers IsraĂ«l et les juifs Ă  la fin d'une tournĂ©e au Moyen-Orient sans le moindre contact avec les Palestiniens. Ces derniers Ă©taient appelĂ©s au mĂȘme moment Ă  faire grĂšve et Ă  manifester contre le parti pris outranciĂšrement pro-israĂ©lien, Ă  leurs yeux, de l'administration Trump reprĂ©sentĂ©e par M. Pence.



Quelques centaines de Palestiniens ont lancé des pierres sur des soldats israéliens qui ont riposté sporadiquement par des tirs de balles en caoutchouc, de gaz lacrymogÚnes et de grenades assourdissantes à la sortie de Ramallah, en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967 par l'armée israélienne. La majorité des magasins et restaurants sont restés fermés à Ramallah, Hébron et Naplouse, les grandes villes de Cisjordanie occupée. La grÚve était partiellement suivie dans la bande de Gaza, territoire palestinien sous blocus israélien depuis dix ans.

Mardi, M. Pence a Ă  nouveau comblĂ© d'aise les IsraĂ©liens en dĂ©posant une gerbe au mĂ©morial de la Shoah puis en se rendant au mur des Lamentations, lieu sacrĂ© du judaĂŻsme, au lendemain de ce que la presse nationale a prĂ©sentĂ© comme le discours peut-ĂȘtre le plus pro-israĂ©lien jamais prononcĂ© par un dirigeant Ă©tranger devant le Parlement.

- 'Grand honneur' -

Au mur des Lamentations, M. Pence, kippa noire sur la tĂȘte, s'est figĂ© un moment, la main sur la paroi, puis a glissĂ©, selon la tradition, un bout de papier dans les interstices entre les pierres antiques Ă©rodĂ©es par le temps. Ces papiers contiennent habituellement des priĂšres ou des vƓux. "C'est un grand honneur de prier en ce lieu sacrĂ©. Dieu bĂ©nisse le peuple juif et Dieu bĂ©nisse toujours l'Etat d'IsraĂ«l", a-t-il Ă©crit dans le livre d'honneur.

M. Pence a ainsi mis ses pas dans ceux de Donald Trump qui l'avait précédé au mur en mai, accomplissant ce qu'aucun président américain en exercice n'avait fait avant lui compte tenu de la souveraineté disputée de Jérusalem-Est. Le mur des Lamentations se trouve à Jérusalem-Est, dont Israël s'est emparé en 1967 et qu'il a ensuite annexée. Israël considÚre tout Jérusalem comme sa capitale "indivisible". Les Palestiniens revendiquent, eux, Jérusalem-Est comme la capitale de l'Etat auquel ils aspirent.

La communautĂ© internationale juge illĂ©gale l'annexion de JĂ©rusalem-Est et considĂšre ce secteur comme territoire occupĂ©. La vieille querelle sur JĂ©rusalem a Ă©tĂ© ravivĂ©e le 6 dĂ©cembre quand M. Trump a annoncĂ© reconnaĂźtre la ville comme la capitale d'IsraĂ«l. Il rompait ainsi avec des dĂ©cennies de consensus international selon lequel le statut final de la citĂ© trois fois sainte, l'une des questions les plus Ă©pineuses du conflit israĂ©lo-palestinien, devait ĂȘtre rĂ©glĂ© par la nĂ©gociation.

Depuis, 18 Palestiniens et un Israélien ont été tués dans des violences. Pour la direction palestinienne, cette décision a achevé de discréditer les Etats-Unis dans le rÎle de médiateur de l'effort de paix.

- 'Vieille injustice' -

Le prĂ©sident palestinien Mahmoud Abbas a gelĂ© les contacts avec les officiels amĂ©ricains, cherchant ailleurs des soutiens dans sa quĂȘte d'un Etat indĂ©pendant. Fait exceptionnel, M. Pence n'a rencontrĂ© aucun responsable palestinien au cours de la courte tournĂ©e qui l'a emmenĂ© auparavant en Egypte et en Jordanie. En revanche, il s'est attirĂ© lundi une ovation debout des dĂ©putĂ©s et ministres rĂ©unis au Parlement israĂ©lien en annonçant que les Etats-Unis ouvriraient leur ambassade Ă  JĂ©rusalem avant fin 2019. Toutes les ambassades en IsraĂ«l sont aujourd'hui Ă  Tel-Aviv.

M. Pence, chrétien évangéliste fervent, a exalté au cours de son séjour l'histoire juive, le "miracle israélien" et la vigueur des relations entre les deux pays sous le président Trump. Son discours de lundi, truffé de références bibliques, était dénué de toute évocation de l'occupation et de la colonisation israéliennes. Reçu mardi par le président israélien Reuven Rivlin, a redit le soutien "inébranlable" des Etats-Unis à Israël. "Le lien qui nous unit n'a jamais été aussi fort", a-t-il déclaré.

"Vous ĂȘtes un mensch", lui a dit M. Rivlin, lui adressant le compliment quasiment ultime fait par un juif Ă  un homme de sagesse et d'honneur. Le 6 dĂ©cembre, Donald Trump n'a fait que corriger "une injustice vieille de 70 ans", a dit lundi M. Pence, qui passe pour avoir exercĂ© une influence prĂ©pondĂ©rante sur la dĂ©cision de M. Trump, largement interprĂ©tĂ©e comme une concession Ă  l'Ă©lectorat Ă©vangĂ©liste amĂ©ricain.

Contrairement aux Palestiniens, M. Trump croit profondément que sa décision crée une "opportunité" de relancer les négociations entre Israéliens et Palestiniens, a déclaré mardi M. Pence, alors que l'administration américaine est supposée présenter à une date indéterminée un plan pour ranimer l'entreprise de paix moribonde. "Inchallah", a répondu le président israélien.
Israéliens et Palestiniens n'ont plus eu de négociations depuis 2014.

AFP

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