Animaux

Pourquoi le chien est-il l'ami de l'homme ? A cause de son grand coeur

  • PubliĂ© le 22 fĂ©vrier 2020 Ă  02:58
  • ActualisĂ© le 22 fĂ©vrier 2020 Ă  06:30
Un homme et son chien Ă  Istanbul, le 2 janvier 2020

Peu de concepts rendent les scientifiques qui étudient les animaux plus sceptiques que l'amour, un terme à la définition mouvante et sans doute trop calqué sur l'expérience humaine.

Mais un nouveau livre, paru aux Etats-Unis, affirme que pour les chiens, l'amour est un mot non seulement nécessaire mais indispensable à la compréhension du lien qui nous unit à eux depuis des millénaires, l'une des relations inter-espÚces les plus proches et importantes jamais observées. Son titre: "Dog is Love" ("Le chien est amour").

"J'ai fini par devenir sceptique de mon propre scepticisme", dit dans un entretien à l'AFP l'auteur, Clive Wynne, un Anglais de 59 ans qui dirige le laboratoire des sciences canines de l'université d'Etat d'Arizona. Ces sciences connaissent une renaissance depuis deux décennies. Dans le livre "Le génie des chiens" (en anglais seulement), Brian Hare s'est ainsi attaché à démontrer que les chiens étaient dotés d'une intelligence innée et exceptionnelle.

Mais Clive Wynne joue le rabat-joie, avec une conclusion qui dĂ©cevra certains amis des chiens: les toutous ne sont pas si malins, dit-il. Les pigeons savent, eux, reconnaĂźtre des objets reprĂ©sentĂ©s en deux dimensions; les dauphins comprennent les rĂšgles de grammaire; les abeilles dansent pour dire Ă  leurs congĂ©nĂšres oĂč se trouve la nourriture. Tout cela, les chiens en sont incapables. Puisant dans des annĂ©es de recherche multidisciplinaire, Clive Wynne propose de changer de modĂšle. Ce n'est pas l'intelligence des chiens qui les diffĂ©rencie, mais leur "hypersociabilitĂ©" et un "instinct grĂ©gaire extrĂȘme".

- Un gÚne trÚs spécial -

L'une des découvertes les plus récentes est que l'hormone responsable de la confiance et de l'empathie chez les humains, l'ocytocine, entre également en jeu dans les relations entre chien et maßtre. Quand hommes et chiens se regardent dans les yeux, le taux d?ocytocine monte en flÚche, selon des travaux menés par Takefumi Kikusui à l'université Azabu au Japon. Ce qu'on a observé entre mÚre et bébé (humains).

Mais c'est la recherche gĂ©nĂ©tique qui a ouvert une piste nouvelle, dont s'inspire grandement Clive Wynne. En 2009, la gĂ©nĂ©ticienne Bridgett vonHoldt, Ă  l'universitĂ© de Californie Los Angeles, a dĂ©couvert que les chiens avaient une mutation du gĂšne responsable chez l'homme du syndrome de Williams. Ce syndrome se traduit par un retard mental et une hypersociabilitĂ©. "Les chiens, tout comme les gens ayant le syndrome de Williams, Ă©prouvent un dĂ©sir essentiel de nouer des liens de proximitĂ©, d'avoir des relations personnelles chaleureuses: d'aimer et d'ĂȘtre aimĂ©", Ă©crit Clive Wynne.

Cette piste a été confirmée par de nombreuses expériences comportementales, que chacun peut reproduire à la maison avec quelques friandises et récompenses. Dans l'une d'elles, un chercheur ouvrait la porte de la maison à l'aide d'une corde. Le chien découvrait alors, dehors, à distances égales de la porte, son maßtre et une gamelle de nourriture. Dans la quasi-totalité des cas, le chien se dirigeait d'abord vers son maßtre.

Des examens par IRM ont mis en Ă©vidence que les cerveaux des chiens Ă©taient plus stimulĂ©s par les louanges que par la nourriture. Mais cette prĂ©disposition innĂ©e Ă  l'affection doit ĂȘtre encouragĂ©e et dĂ©veloppĂ©e au dĂ©but de la vie. Et tout indique que cette histoire d'amour n'est pas exclusive aux humains. Un Ă©leveur a ainsi Ă©levĂ© des chiots parmi une colonie de manchots sur une petite Ăźle australienne afin qu'ils dĂ©fendent les volatiles contre les renards.

- All you need is love -

Clive Wynne est persuadĂ© que la gĂ©nĂ©tique pourra rĂ©vĂ©ler comment nos propres ancĂȘtres ont domestiquĂ© le chien, il y a au moins 14.000 ans. Une thĂ©orie suggĂšre que les ancĂȘtres des chiens se rassemblaient autour des sites oĂč les humains jetaient leurs ordures, et qu'au fur et Ă  mesure, ils se sont laissĂ©s apprivoiser, jusqu'Ă  accompagner les hommes dans leurs expĂ©ditions de chasse. Cette hypothĂšse, soutenue par l'auteur, est certes moins romanesque que l'image de chasseurs capturant et dressant des louveteaux, mais qualifiĂ©e de "totalement improuvable" Ă©tant donnĂ©e la fĂ©rocitĂ© des loups contre les humains.

Heureusement, les progrĂšs technologiques rĂ©cents permettent de sĂ©quencer des brins d'ADN de plus en plus anciens. Peut-ĂȘtre retrouvera-t-on le moment oĂč le gĂšne qui contrĂŽle le syndrome de Williams a mutĂ© chez les chiens. La mutation s'est peut-ĂȘtre produite il y a 8.000 ou 10.000 ans, avance Clive Wynne, Ă  la fin de la derniĂšre pĂ©riode glaciaire, quand on sait que chiens et humains chassaient ensemble. Quoi qu'il en soit, la leçon Ă  tirer est que les mĂ©thodes brutales de dressage vont Ă  l'encontre de la nature des chiens.

"Votre chien attend de vous que vous lui montriez la voie", dit Clive Wynne. Au lieu de les Ă©trangler dans des colliers, faites preuve d'encouragements positifs et de leadership bienveillant, conseille-t-il. "Nos chiens nous donnent Ă©normĂ©ment, et ne demandent pas grand-chose en retour", argue l'auteur. "Ce n'est pas la peine d'acheter tous ces jouets, ces friandises et je ne sais quoi", poursuit-il. "Ils ont besoin de notre compagnie et d'ĂȘtre avec nous".

AFP

guest
0 Commentaires