Dans quel état le PS sortira-t-il de la primaire ? Pour beaucoup de responsables socialistes, ce qui se joue les 22 et 29 janvier n'est pas seulement le choix d'un candidat mais bien le visage du PS, voire de la gauche de demain.
- POURQUOI LA PARTICIPATION EST-ELLE UN FACTEUR-CLĂ ?
Le Premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a réaffirmé dimanche, dans une interview au Parisien, qu'avec "entre 1,5 et 2 millions" d'électeurs, le PS aurait "atteint (son) objectif".
Mais nul doute qu'un score plus Ă©levĂ© comblerait la rue de SolfĂ©rino : Ă la fois pour supporter la comparaison avec la droite (4,3 et 4,4 millions d'Ă©lecteurs pour sa primaire de novembre), et pour permettre au candidat du PS de reprendre de l'oxygĂšne face Ă Emmanuel Macron et Jean-Luc MĂ©lenchon, mieux placĂ©s dans la course Ă l'ĂlysĂ©e.
Pour le parti né en 1971, l'enjeu va au-delà de la seule présidentielle de 2017 : il s'agit de faire la démonstration qu'entre l'option social-libérale d'Emmanuel Macron et la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon, il y a encore de la place pour une gauche plus centrale, susceptible de rassembler gauche "gouvernementale" et gauche "critique".
Sinon, la gauche court le risque d'ĂȘtre durablement Ă©cartĂ©e du pouvoir, font valoir nombre de responsables, qui en veulent pour preuve la situation allemande, oĂč le SPD social-dĂ©mocrate, sĂ©parĂ© de la gauche radicale de Die Linke, est vouĂ© Ă jouer les "partenaires juniors" de la droite, comme dit M. CambadĂ©lis.
- LE RASSEMBLEMENT SERA-T-IL POSSIBLE ?
La primaire de la Belle Alliance Populaire a été conçue pour permettre le rassemblement d'un PS éclaté entre une ligne gouvernementale et une ligne frondeuse. "Si la primaire n'existait pas, le PS aurait explosé", affirme le chef de file des frondeurs, Christian Paul.
Officiellement, chacun des sept candidats s'est engagĂ© Ă soutenir le vainqueur. Mais qu'en sera-t-il vraiment ? InterrogĂ© Ă ce sujet, lors du second dĂ©bat de la primaire dimanche dernier, Manuel Valls a certes rĂ©pondu que, oui, il soutiendrait le vainqueur, mais il n'a pu s'empĂȘcher d'ajouter : "c'est pour ça que je dois gagner". Quant Ă Arnaud Montebourg, il a prĂ©venu qu'en cas de dĂ©faite, il retournerait "cultiver son jardin" en SaĂŽne-et-Loire.
Pour M. Cambadélis, "il est évident que le gagnant devra faire des gestes pour rassembler".
Mais l'on peut s'interroger sur la capacité des tenants des deux lignes, qui se sont tant déchirés durant ce quinquennat, à se mettre d'accord sur un projet cohérent. C'est d'ailleurs l'une des raisons avancées par M. Macron pour refuser de participer à la primaire. "La primaire construit des compromis d'appareil, mais ne permet pas d'installer une cohérence programmatique", expliquait-il en décembre au JDD.
- HAMON, MONTEBOURG, VALLS, QUELLES DIFFĂRENCES ?
Si la ligne frondeuse de Benoßt Hamon ou Arnaud Montebourg l'emporte, le risque de voir une bonne part des cadres et parlementaires du PS rejoindre En marche! est avéré.
A contrario, si Manuel Valls remporte la primaire, nombre d'électeurs du PS seront tentés de voter pour Jean-Luc Mélenchon ou l'écologiste Yannick Jadot.
Pour les tenants de la ligne "social-réformiste" de Manuel Valls, l'enjeu est la présence de la gauche de gouvernement au deuxiÚme tour de la présidentielle et dans le futur. Ils mettent en garde contre le risque d'une "corbynisation" du PS. Autrement dit d'une mise à l'écart durable du pouvoir, par allusion au chef du Parti travailliste britannique Jeremy Corbyn, dont la ligne de rupture avec Tony Blair est à la peine dans les sondages.
A contrario, les partisans de BenoĂźt Hamon ou Arnaud Montebourg invitent Ă rompre avec les dogmes de la "troisiĂšme voie". Ils font valoir qu'aux Ătats-Unis, la ligne socialiste et Ă©cologiste d'un Bernie Sanders, bien plus Ă gauche que celle d'Hillary Clinton, aurait eu ses chances face Ă Donald Trump. "Je partage avec Bernie Sanders qu'il n'y a pas d'alternative molle Ă la crise du systĂšme libĂ©ral", avait tweetĂ© M. Hamon aprĂšs la victoire du milliardaire amĂ©ricain.
Par Mike COLLIER - © 2017 AFP






