Dans l'attente des premiers résultats officiels de l'élection présidentielle au Sénégal, le pouvoir et l'opposition s'affrontaient lundi sur la tenue ou non d'un second tour, le camp du sortant Macky Sall l'ayant déjà proclamé largement vainqueur face à ses quatre rivaux.
Seuls l'ancien Premier ministre Idrissa Seck et le dĂ©putĂ© "antisystĂšme" et ex-inspecteur des impĂŽts Ousmane Sonko paraissaient en mesure de se qualifier pour un Ă©ventuel second tour contre Macky Sall, largement en tĂȘte dans de nombreux bureaux de vote, selon des rĂ©sultats parcellaires Ă©grenĂ©s par les mĂ©dias locaux depuis la fermeture des bureaux dimanche soir.
La participation à ce scrutin, qui s'est déroulé sans incident majeur selon les différentes missions d'observation électorale, s'établissait à 68% aprÚs dépouillement des deux tiers des bulletins, a affirmé lundi à l'AFP une source proche du ministÚre de l'Intérieur.
Une mission d'observation de la société civile avait estimé dimanche la participation à 42%, à deux heures de la fermeture des bureaux, soit des bases comparables aux 51% au premier tour en 2012, la deuxiÚme alternance vécue par ce pays qui fait figure de modÚle démocratique en Afrique.
Le calme rĂ©gnait lundi Ă Dakar, oĂč la circulation Ă©tait plus fluide que d'habitude. Les bus de la sociĂ©tĂ© nationale de transports ont Ă©tĂ© laissĂ©s au dĂ©pĂŽt pour leur Ă©viter, selon un employĂ©, d'ĂȘtre la cible d'Ă©ventuels casseurs comme c'est souvent le cas en pĂ©riode de troubles.
Les premiers résultats officiels étaient attendus d'ici à mardi à 12H00 GMT en provenance des 47 commissions départementales qui compilent les procÚs-verbaux des bureaux de vote. Ces résultats seront proclamés à l'échelle du pays par la Commission nationale de recensement des votes (CNRV) vendredi au plus tard.
Une guerre de chiffres a éclaté quelques heures aprÚs la fin du vote et le début de l'annonce des premiers résultats bruts.
ProcÚs des médias
"Les résultats compilés nous disent aujourd'hui qu'il nous faut féliciter le président Macky Sall pour sa réélection", a déclaré le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne.
Il a pronostiqué un résultat d'au moins 57% des suffrages de son candidat, qui l'a emporté selon lui dans les 14 régions du pays, à une seule exception.
Selon les premiers rĂ©sultats partiels, il s'agit de la rĂ©gion de Ziguinchor (sud), oĂč Ousmane Sonko, crĂ©ditĂ© de la troisiĂšme place Ă l'Ă©chelle nationale derriĂšre Idrissa Seck, arrive en tĂȘte.
Les deux candidats pressentis pour un éventuel second tour ont contesté lors d'une conférence de presse conjointe les résultats pointant vers une réélection au premier tour du président sortant.
"Un second tour est inĂ©vitable", a dĂ©clarĂ© dimanche soir M. Seck, avant mĂȘme l'annonce du Premier ministre.
Les deux autres candidats de l'opposition, nettement distancĂ©s, le prĂ©sident d'universitĂ© privĂ©e Issa Sall, proche d'un mouvement religieux issu de la confrĂ©rie tidiane, et l'ex-ministre MadickĂ© Niang, se sont prononcĂ©s dans le mĂȘme sens.
Issa Sall estime que "le deuxiÚme tour est acté", saluant "les performances d'Idrissa Seck et d'Ousmane Sonko". Et Madické Niang a annoncé son "soutien officiel à la candidature d'Idrissa Seck, arrivé deuxiÚme dans les résultats provisoires".
La tension était montée dans la soirée aprÚs le début de la publication des premiÚres tendances.
Des responsables de l'opposition ont accusé des médias privés sénégalais et des médias internationaux de donner des chiffres favorables au pouvoir, des allégations réfutées par les rédactions concernées.
Mais beaucoup de citoyens sénégalais, comme Fatou Kane Aïdara, une habitante de la banlieue de Dakar, jugeaient crédible une victoire du président sortant. "Les résultats sortent directement des bureaux de vote. Les journalistes, aprÚs la publication et les affichages, ils reprennent ça et transmettent au niveau des radios et télévision", a-t-elle souligné. "Il ne peut pas y avoir manipulation".
L'opposition a dénoncé avant le vote l'invalidation des candidatures de Karim Wade, fils et ancien ministre du président Abdoulaye Wade (2000-2012), et de Khalifa Sall, maire déchu de Dakar, tous deux frappés par des condamnations judiciaires, ainsi que l'instauration d'un nouveau systÚme de parrainages qui a éliminé 20 des 27 prétendants.
Malgré une longue tradition démocratique, au Sénégal les campagnes électorales sont souvent émaillées d'accusations de corruption, de désinformation et de violences.
AFP



