Syrie

Raids meurtiers sur le sud, des ONG sonnent l'alarme

  • PubliĂ© le 27 juin 2018 Ă  18:20
  • ActualisĂ© le 27 juin 2018 Ă  19:30
Des colonnes de fumée s'élÚvent de la ville rebelle de Nawa, à environ 30 km au nord de Deraa, dans le sud syrien, le 27 juin 2018 lors de frappes aériennes attribuée au régime

Des raids meurtriers ont frappé mercredi les territoires rebelles dans le sud syrien, des organisations humanitaires tirant la sonnette d'alarme face à l'offensive du régime et de son allié russe, qui fait craindre une nouvelle crise humanitaire.

AprÚs avoir consolidé son pouvoir sur la capitale Damas et ses environs en chassant factions rebelles et groupes jihadistes, le pouvoir de Bachar al-Assad a porté son attention sur le sud, une région sensible bordant la frontiÚre avec la Jordanie et le plateau du Golan, en partie occupé par Israël. Les forces du régime, appuyées par des raids russes, ont lancé mardi une offensive contre les quartiers insurgés de la ville de Deraa, aprÚs une semaine de bombardements meurtriers visant principalement l'est de la province.

Mercredi, dix civils, dont trois enfants, ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans les raids aĂ©riens et tirs d'artillerie visant l'est de la province de Deraa, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Dans la nuit de mardi Ă  mercredi, trois hĂŽpitaux du mĂȘme secteur ont Ă©tĂ© mis hors service --Ă  Saida, Al-Mseifra et Al-Jiza--, dans des bombardements pour certains imputĂ©s Ă  la Russie, a annoncĂ© l'ONG.

La fermeture de ces établissements porte à cinq le nombre d'hÎpitaux mis hors service depuis le début des hostilités.
Et alors que les combats en une semaine ont poussé à la fuite des dizaines de milliers de personnes, plusieurs organisations humanitaires ont dénoncé des violences envers les civils.

- L'"horreur" en Syrie -

"L'horreur ne connaĂźt aucune limite en Syrie, oĂč les enfants sont encore une fois pris entre deux feux, dans la derniĂšre vague de violence" qui ravage le sud, a dĂ©plorĂ© dans un communiquĂ© la directrice du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), Henrietta Fore. "Les enfants et les familles ont besoin de nourriture, (...) de mĂ©dicaments et de protection", a-t-elle insistĂ©.

Au total, au moins 56 civils ont été tués depuis le début des opérations dans la province de Deraa le 19 juin, selon l'OSDH. "Les civils devraient avoir, comme toujours, la possibilité de fuir la violence et de chercher refuge et protection ailleurs", a de son cÎté déploré le Comité international de la Croix-Rouge, appelant les belligérants à "épargner les civils" et "les infrastructures essentielles à leur survie".

Dans le sud, les insurgés contrÎlent encore 70% de la province de Deraa et de la région voisine de Qouneitra. Mais le régime syrien, qui enchaßne les victoires et contrÎle désormais 65% du territoire, est déterminé à asseoir son pouvoir sur l'ensemble du pays, ravagé depuis 2011 par une guerre meurtriÚre qui a fait plus de 350.000 morts.

- FrontiÚre fermée -

Au total, quelque 750.000 civils vivant en zone rebelle dans le sud sont menacés par les opérations militaires, a récemment averti l'ONU.
"Ce que nous avons vu Ă  Alep, dans le nord rural de Homs, dans la Ghouta orientale, se produit actuellement dans le sud, oĂč des villes sont bombardĂ©es quotidiennement, des personnes dĂ©racinĂ©es", a dĂ©plorĂ© le directeur de l'ONG CARE pour la Syrie, Wouter Schaap. Environ 45.000 civils ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©s par les bombardements sur la province de Deraa, la majoritĂ© se rapprochant de la frontiĂšre avec la Jordanie, selon l'ONU.

Parmi eux, Ahmad Abazeid, un militant qui a fui Hirak, dans l'est de la province, pour trouver refuge dans un village voisin. "Les gens sont perdus, ils ne savent pas oĂč aller. Certains sont prĂšs de la frontiĂšre avec la Jordanie, d'autres de celle avec IsraĂ«l", lĂąche-t-il. "Mais les avions les suivent oĂč qu'ils aillent".

Réitérant la position officielle d'Amman, le chef de la diplomatie jordanienne Ayman al-Safadi a averti mardi soir que son pays ne pourrait pas accueillir un nouvel afflux de réfugiés. "Nous allons continuer à faire tout ce que nous pouvons pour eux. Mais nous ne pouvons pas accueillir plus" de réfugiés, a-t-il indiqué sur twitter.

En Jordanie, quelque 650.000 rĂ©fugiĂ©s syriens ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s auprĂšs des Nations unies, mais les autoritĂ©s Ă©valuent leur nombre Ă  prĂšs d'1,3 million. Le refus d'Amman d'ouvrir une frontiĂšre fermĂ©e depuis 2016 inquiĂšte. "Avec les combats en Syrie, les gens sont de plus en plus acculĂ©s dans le sud. A terme, ils n'auront nulle part oĂč aller", a dĂ©plorĂ© une autre ONG, le Conseil norvĂ©gien pour les rĂ©fugiĂ©s (NRC).

AFP

guest
0 Commentaires