Afrique du Sud

Ramaphosa, l'ancien homme d'affaires au seuil du pouvoir

  • PubliĂ© le 13 fĂ©vrier 2018 Ă  17:50
  • ActualisĂ© le 13 fĂ©vrier 2018 Ă  18:03
Ramaphosa, l'ancien homme d'affaires au seuil du pouvoir

Il a été syndicaliste, dauphin pressenti de Nelson Mandela puis homme d'affaires à succÚs. A 65 ans, le vice-président Cyril Ramaphosa n'a jamais semblé aussi proche de concrétiser l'ambition de toute sa vie: diriger l'Afrique du Sud.


Moins de deux mois aprĂšs avoir pris la tĂȘte du CongrĂšs national africain (ANC) au pouvoir, M. Ramaphosa devrait succĂ©der Ă  la prĂ©sidence du pays Ă  Jacob Zuma, sommĂ© mardi de dĂ©missionner sous la pression de son parti.
Son accession Ă  la tĂȘte du pays sonne comme une consĂ©cration pour cet enfant de Soweto, militant de la premiĂšre heure de la lutte contre l'apartheid. Et une revanche.
En 1999 déjà, Cyril Ramaphosa avait cru pouvoir décrocher son Graal. Considéré comme le "fils préféré" de l'icÎne Mandela, il s'était déjà présenté à la présidence de l'ANC. Mais les caciques du parti lui avaient finalement préféré Thabo Mbeki.
Déçu, il avait fait mine de renoncer à toute prétention présidentielle pour se consacrer aux affaires.
Mais aprÚs avoir amassé une fortune de prÚs de 378 millions d'euros, selon le classement 2015 du magazine américain Forbes, M. Ramaphosa est revenu dans l'arÚne politique en se faisant élire en 2012 vice-président de l'ANC.
En décembre dernier, il accÚde à la présidence du parti en promettant de refermer définitivement la page des scandales qui ont agité le rÚgne de Jacob Zuma.

- 'Complice' -

"Nous allons nous attaquer Ă  la corruption et Ă  la +capture de l'Etat+", lance-t-il aprĂšs sa victoire, "la population tient Ă  ce que justice soit rendue sans peur, sans passe-droit, sans a priori".
Un peu facile, jugent ses adversaires, qui lui reprochent d'avoir découvert bien tard les turpitudes de son "patron".
"Depuis qu'il est devenu le numéro 2 de Jacob Zuma, Cyril Ramaphosa a été au mieux silencieux, au pire son complice", l'a étrillé le chef de l'opposition, Mmusi Maimane.
Qu'importent les critiques. Dans un parti en crise, le vice-président est persuadé que son heure a enfin sonné.
NĂ© le 17 novembre 1952 Ă  Soweto, Cyril Ramaphosa s'est illustrĂ© dans le militantisme Ă©tudiant dans les annĂ©es 1970. ArrĂȘtĂ© en 1974, il passe onze mois Ă  l'isolement en cellule.
DiplÎmé en droit, il se tourne vers le syndicalisme - forme légale de protestation contre le régime de l'apartheid - et fonde en 1982 le Syndicat national des mineurs (NUM).
Sous ses ordres, l'organisation devient une machine de guerre qui rĂ©unit 300.000 membres. Son implication dans la grande grĂšve du secteur en 1987, qui fait vaciller le rĂ©gime de l'apartheid, lui vaut d'ĂȘtre remarquĂ© par les dirigeants de l'ANC.
Et quand Nelson Mandela sort de prison, en 1990, il fait du jeune syndicaliste un de ceux qui vont négocier la transition politique avec le pouvoir blanc. Il figurait parmi "les plus doués de la nouvelle génération", a écrit de lui "Madiba" dans ses mémoires.
Dans la foulée des premiÚres élections démocratiques de l'histoire du pays, en 1994, il devient président de l'Assemblée constituante. Négociateur redoutable, c'est lui qui dirige la rédaction de la Constitution sud-africaine.
AprĂšs son Ă©chec pour succĂ©der Ă  Nelson Mandela Ă  la tĂȘte de l'ANC en 1999, le socialiste autoproclamĂ© Ramaphosa coupe les ponts avec l'ANC pour se lancer dans les affaires.

- 'Politique d'abord' -

A la tĂȘte de la holding Shanduka, il fait fortune en siĂ©geant aux conseils d'administration de la Standard Bank, en prĂ©sidant celui de l'opĂ©rateur de tĂ©lĂ©phonie MTN ou en rachetant toutes les licences des restaurants McDonald's du pays, en bĂ©nĂ©ficiant de la politique d'Ă©mancipation Ă©conomique des Noirs (Black Economic Empowerment).
Mais son divorce avec la politique n'est que de courte durée.
"C'est la politique qui fait battre son c?ur. Ses affaires Ă©taient un moyen, pas une fin en soi", explique son ancien partenaire Michael Spicer au journaliste Ray Hartley, auteur de la biographie "Ramaphosa, l'homme qui voudrait ĂȘtre roi".
Vice-président de l'ANC en 2012, vice-président du pays depuis 2014, Cyril Ramaphosa est de retour, ambitieux comme jamais.
Pour parvenir à ses fins, il compte sur son image modérée et son passé de "héros" de la lutte anti-apartheid pour séduire les classes moyennes et les investisseurs.
Son passage dans le monde des affaires lui vaut parfois de vives critiques. En 2012, alors administrateur du groupe minier Lonmin, l'ex-syndicaliste demande Ă  la police de rĂ©tablir l'ordre Ă  Marikana (nord), oĂč des mineurs rĂ©clament de meilleurs salaires. La police ouvre le feu sur les grĂ©vistes, faisant 34 morts.
Cyril Ramaphosa est blanchi par une commission d'enquĂȘte mais ce massacre continue Ă  lui ĂȘtre reprochĂ© par ses adversaires.
Ni cette embarrassante affaire, ni de rĂ©centes accusations d'adultĂšre rapidement balayĂ©es ne l'empĂȘchent toutefois de continuer sa course vers le sommet.
BientĂŽt seul aux commandes, il doit redresser l'image d'un parti divisĂ© pour le conduire Ă  la victoire lors des Ă©lections gĂ©nĂ©rales de 2019 et rĂ©aliser les promesses de la nation "arc-en-ciel" rĂȘvĂ©e par son mentor Nelson Mandela.
Devant ses ex-collÚgues patrons, il a assuré au début du mois à Davos que son pays était entré dans "une nouvelle Úre". Il lui reste un peu plus d'un an pour le prouver.

Par Catherine KURZAWA - © 2018 AFP

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