Les ouvriers y construisaient des véhicules, ils les réparent désormais : Renault a présenté mardi la transformation de son usine de Flins en "ReFactory", symbole de ses ambitions dans l'économie circulaire.
PrĂšs de la Seine au nord-ouest de Paris, des centaines de voitures d'occasion patientent devant un ancien bĂątiment de cette usine qui assemble depuis 1952 des Dauphine, Supercinq, Twingo.
Depuis le mois de septembre, les concessionnaires de la région y envoient leurs occasions (trÚs) récentes pour les faire "reconditionner", c'est-à -dire les remettre à un état presque neuf, en moins de huit jours.
AprĂšs un check-up complet, une vidange, le dĂ©bosselage, la peinture, suivies d'une douche et d'une sĂ©ance photo, les voitures repartent en concession pour y ĂȘtre vendues. "Le site fonctionne comme une usine de vĂ©hicules neufs, avec une obsession de l'hyper-rationalisation, oĂč chaque seconde compte", souligne Jean-Philippe Bahuaud, directeur du projet ReFactory, en prĂ©sentant le site Ă la presse.
L'ensemble des salariés des chaßnes de montage, qui construisent encore les électriques Zoé jusqu'en 2024, passeront à terme sur ces nouvelles activités. Dans le hangar fraßchement repeint, Gomis Formose, tÎlier de formation, s'occupe de reprendre les défauts de la carrosserie. "A la chaßne c'était la routine, là je touche un peu à tout", explique l'ouvrier. "Chaque voiture a son défaut, on en apprend tous les jours. On bosse comme dans un grand garage, on se donne des coups de main".
Le site commence aussi à s'occuper des voitures que Renault loue via ses services Zity et Mobilize, malmenées lors de leur utilisation en libre-service. "Hier on en avait une cramée de l'intérieur, qu'on a réussi à nettoyer", explique Cyril Chen, un des mécaniciens.
â 45.000 vĂ©hicules reconditionnĂ©s par an â
LancĂ© en septembre, le site va monter en puissance en s'ouvrant aussi aux vĂ©hicules d'autres marquesĂąâŹÂŻ: l'idĂ©e est que le site reconditionne 45.000 vĂ©hicules par an, dĂ©gageant 200 millions d'euros de chiffre d'affaires d'ici 2025.
Un bilan "bien meilleur" que s'il avait fallu fermer le site, et qui lui donne "une raison d'ĂȘtre", a lancĂ© le directeur gĂ©nĂ©ral de Renault, Luca de Meo. "C'est un exemple de notre capacitĂ© Ă industrialiser les mĂ©tiers de l'Ă©conomie circulaire", dit-il. Et "ce nâest qu'un dĂ©but. (...) Le projet ReFactory dĂ©montre qu'on peut ĂȘtre rentable et durable".
à partir de 2022, la "ReFactory" de Flins comprendra également sur ses 237 hectares un site de "retrofit" pour convertir des véhicules thermiques en électriques, ainsi qu'un pÎle chargé de réutiliser et réparer des batteries électriques (20.000 à horizon 2030) et des piles à hydrogÚne, et un pÎle de réparation et de recyclage des piÚces détachées.
Renault compte y former Ă terme 4.000 salariĂ©s Ă de nouveaux mĂ©tiers et y dĂ©velopper un centre d'innovation et un incubateur de start-up. AprĂšs une vague de dĂ©localisations, dans une industrie automobile morose, le constructeur a pour ambition d'employer Ă Flins 3.000 salariĂ©s et d'y rĂ©aliser d'ici Ă 2030 "davantage de chiffre d'affaires qu'en y assemblant des voitures", en gĂ©nĂ©rant "plus d'un ĂąâŹÂŻmilliard d'euros de chiffre d'affaires dans l'Ă©conomie circulaire", selon M. De Meo.
L'objectif est Ă©galement d'avoir un "bilan carbone nĂ©gatif" au terme de la conversion du site, "grĂące Ă de nouvelles activitĂ©s de produits et services contribuant Ă Ă©viter des Ă©missions de CO2", selon Renault. La marque, qui vise la neutralitĂ© carbone en 2040 en Europe, rĂ©flĂ©chit actuellement Ă l'alimentation en Ă©lectricitĂ© du site. Ce modĂšle pourrait ĂȘtre rĂ©pliquéùâŹÂŻ: le groupe a dĂ©jĂ annoncĂ© le lancement fin 2022 d'une deuxiĂšme "ReFactory" dans son usine espagnole de SĂ©ville.
AFP


