Thaïlande - Plus de 3 millions de travailleurs sont des immigrés

Retour sans espoir pour des milliers de travailleurs birmans

  • PubliĂ© le 10 juillet 2017 Ă  12:48
Des migrants birmans en ThaĂŻlande arrivent en camion Ă  Myawaddy le 7 juillet 2017

Depuis plusieurs jours, le flot ne tarit pas. AngoissĂ©s d'ĂȘtre arrĂȘtĂ©s ou de se voir infliger de lourdes amendes, des dizaines de milliers de travailleurs immigrĂ©s birmans quittent la ThaĂŻlande, mĂȘme s'ils ont peu d'espoir de trouver du travail chez eux. Ils arrivent au petit poste frontiĂšre de Myawaddy, dans l'est de la Birmanie, par dizaines Ă  l'arriĂšre de gros camions, souvent simplement chargĂ©s d'un sac Ă  dos ou d'une lĂ©gĂšre valise.

"Nous passons notre temps Ă  fuir la police", raconte Thu Ya, travailleur illĂ©gal de 32 ans, installĂ© en ThaĂŻlande depuis des annĂ©es. "Nous devons travailler dur pendant deux mois pour gagner 9.000 ou 10.000 bahts (230 Ă  260 euros) mais si nous sommes arrĂȘtĂ©s, tout disparaĂźt pour payer la police", ajoute-t-il. Pour cet ouvrier dans une usine plastique, comme pour des dizaines de milliers de travailleurs illĂ©gaux, c'est la panique.

Fin juin, la Thaïlande a adopté une nouvelle loi qui prévoit de trÚs fortes amendes - jusqu'à 3.000 dollars - pour ceux ne disposant pas de permis de travail. Devant l'exode et l'émoi des entreprises, privées de leurs salariés, la Thaïlande a annoncé peu aprÚs la suspension de la loi pour six mois.
Mais beaucoup ont décidé de quitter le pays, au moins pour quelques temps.

"Je veux revenir en Thaïlande pour travailler mais avec des papiers en rÚgle", affirme Thu Ya. Il n'existe pas de chiffres officiels. Mais selon, l'Organisation internationale pour les migrations, plus de 3 millions de travailleurs immigrés seraient employés en Thaïlande, des Birmans en grande majorité.

La ThaĂŻlande annonce rĂ©guliĂšrement des efforts, souvent de courte durĂ©e, pour lutter contre le trafic des migrants et rĂ©guler le flux des millions d'Ă©trangers qui font tourner son Ă©conomie dans ses usines, sur ses bateaux de pĂȘche ou toutes sortes d'autres emplois sous-payĂ©s. "Depuis que les rumeurs d'arrestation circulent, on doit se cacher, on ne peut plus travailler", raconte Thida Myint, 32 ans, qui a dĂ©cidĂ© de rentrer. D'aprĂšs Ko Thar Gyi, membre d'une ONG locale, entre 80.000 et 90.000 personnes sont revenues ces derniers jours.


- Indicateurs économiques en berne -


Pour beaucoup c'est la douche froide. Silar, dont le nom a été modifié, travaille comme nourrice à Bangkok. "Tout le monde ne parle plus que de ça. C'est la panique", confie-t-elle. Cette femme de 45 ans a travaillé des années en Thaïlande avant de rentrer en Birmanie pour retrouver son mari et sa fille, en 2015, peu de temps avant le triomphe électoral du parti de l'ex-dissidente Aung San Suu Kyi.

Elle était sure que les choses allaient changer dans le pays avec l'arrivée du premier gouvernement civil depuis des décennies.
"Mais en Birmanie, il n'y a toujours pas assez de travail, surtout Ă  la campagne. Et les salaires restent trĂšs bas, plus faibles qu'ici", explique Silar, qui a fini par revenir en ThaĂŻlande. Quelques semaines aprĂšs sa victoire, Aung San Suu Kyi s'Ă©tait rendue en ThaĂŻlande pour rencontrer les travailleurs birmans. Nombre d'entre eux rĂȘvent d'un retour au pays.

Mais depuis son arrivée au pouvoir, en avril 2016, les indicateurs sont à la baisse. L'an dernier, la croissance est passée pour la premiÚre fois en cinq ans sous la barre des 7%, affichant une progression de 6,5%, bien en dessous des prévisions.
AprĂšs quelques annĂ©es en tĂȘte du classement des pays d'Asie du Sud-Est, la Birmanie fait dĂ©sormais moins bien que les Philippines, le Laos ou le Cambodge.

Et les prévisions pour 2017 ont aussi été abaissées de 1,5 point à 6,9% par la Banque mondiale. Mais le plus inquiétant pour beaucoup est que l'attractivité du pays marque le pas. Au dernier trimestre de 2016, les investissements étrangers ont reculé de 28% alors que le pays est présenté depuis longtemps comme le futur eldorado de la zone. Le gouvernement vient finalement de mettre sur pied une loi sur l'investissement et travaille à une nouvelle loi sur les sociétés, attendue pour la fin de l'année aprÚs plusieurs reports.

Les investisseurs Ă©trangers ont maintenant la garantie d'avoir les mĂȘmes droits que les entreprises locales et le gouvernement compte beaucoup sur l'installation de zones Ă©conomiques franches. Mais pour Khin Maung Nyo, Ă©conomiste birman, le compte n'y est pas: "Nous avons un problĂšme car les ministres mis en place n'ont pas de culture Ă©conomique. Et puis les rĂ©formes se font beaucoup trop lentement".
 

AFP

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