Objet d'un conflit social exceptionnellement long, la réforme des retraites promise par Emmanuel Macron est présentée en Conseil des ministres vendredi, jour choisi par ses opposants pour une 7e journée de grÚves et de manifestations, point d'orgue d'une semaine d'actions coup de poing.
"C'est le jour ou jamais": pour Philippe Martinez, l'enjeu est à la mesure du symbole. Le secrétaire général de la CGT a juré de "tenir jusqu'au retrait" de la réforme, mais une fois le texte adopté en Conseil des ministres, ce sera au Parlement d'en décider.
Au 51e jour du mouvement entamé le 5 décembre, l'intersyndicale (CGT, FO, CFE-CGC, Solidaires, FSU et organisations de jeunesse) espÚre "une mobilisation maximale" et prévoit de "poursuivre et amplifier les actions".
DÚs 08H00, ces organisations se retrouveront au siÚge parisien de Solidaires "pour décider ensemble des suites", alors que la CFE-CGC souhaite "faire une pause".
La journĂ©e sera ensuite rythmĂ©e par de nombreuses manifestations partout en France. Dans la capitale, le cortĂšge doit s'Ă©lancer Ă 11H00 de la place de la RĂ©publique vers celle de la Concorde, oĂč sa dispersion n'est pas prĂ©vue avant 19H00.
Anticipant de possibles "violences et dégradations", le préfet de police Didier Lallement a fait savoir qu'il "mobiliserait des moyens humains et matériels significatifs", tout en appelant "à la responsabilité de chacun" afin d'éviter de tels incidents.
"Il faut cesser de stigmatiser le droit de manifester", a réagi Yves Veyrier, le leader de Force ouvriÚre, pour qui "les derniÚres manifestations qui ont eu lieu se sont passées dans le calme absolu".
La tension est cependant montée d'un cran cette semaine, avec des coupures d'électricité revendiquées par la CGT-Energie, dont des militants ont été briÚvement placés en garde à vue. Le gouvernement a aussitÎt réclamé des sanctions, M. Martinez l'accusant de "jeter de l'huile sur le feu".
- Calendrier serré -
La centrale de Montreuil a toutefois cherchĂ© Ă entretenir la flamme par tous les moyens: opĂ©ration "ports morts" depuis mercredi, mise Ă l'arrĂȘt du barrage hydroĂ©lectrique de Grand'Maison (IsĂšre) - le plus puissant du pays - et des trois incinĂ©rateurs d'Ile-de-France...
Jeudi soir, des retraites aux flambeaux ont eu lieu dans plusieurs villes, regroupant des centaines de personnes Ă Dijon, Lyon ou Strasbourg, et mĂȘme quelques milliers Ă Paris.
Dans les transports, aprÚs un quasi-retour à la normale ces derniers jours, le trafic sera de nouveau perturbé à la SNCF et à la RATP, en particulier dans le métro.
Pas assez pour faire vaciller l'exécutif, qui s'en tient à son calendrier. SitÎt adoptés en Conseil des ministres, les deux projets de loi - l'un organique, l'autre ordinaire - visant à créer un "systÚme universel" de retraite par points seront transmis à l'Assemblée nationale.
Les dĂ©putĂ©s examineront ces textes au pas de charge: audition des ministres la semaine prochaine, examen des amendements Ă partir du 3 fĂ©vrier, dĂ©bat en sĂ©ance publique Ă partir du 17, en vue d'un premier vote dĂ©but mars, juste avant la trĂȘve imposĂ©e par les Ă©lections municipales.
En parallÚle, les discussions se poursuivent entre gouvernement, syndicats et patronat sur des points-clés comme la pénibilité, le minimum de pension, les fins de carriÚre et l'emploi des seniors.
Autant de sujets qui rendent incertain le coût final de la réforme, dont "l'équilibre d'ici 2027" est renvoyé à une "conférence des financeurs" censée trouver la martingale avant fin avril.
Réclamée par la CFDT, cette instance ad hoc "sera lancée le 30 janvier prochain au Conseil économique, social et environnemental", a annoncé Edouard Philippe dans un entretien à La Croix.
Le Premier ministre y assure avoir "bon espoir qu'elle permette de déboucher sur quelque chose d'intelligent et de responsable". Pour l'heure, la CGT et FO n'ont pas indiqué si elles y participeront.
AFP



