Débuts poussifs et sous tension mardi pour l'examen à l'Assemblée des milliers d'amendements au projet de réforme des retraites: les oppositions ont multiplié les critiques et batailles de procédure face une majorité "consternée" continuant de plaider pour un "vrai débat".
AprÚs des premiers échanges parfois chahutés la veille sur ce projet visant à créer un systÚme "universel" de retraites par points, les rappels au rÚglement, suspensions ou encore demandes de vote électronique et de quorum se sont enchaßnés, émaillés d'invectives.
La tension Ă©tait montĂ©e dans l'aprĂšs-midi avant mĂȘme d'Ă©tudier le premier des quelque 41.000 amendements.
Les communistes, trĂšs remontĂ©s contre un "projet de rĂ©gression sociale", ont reprochĂ© aux "marcheurs" d'"insulter la mĂ©moire" de leur famille politique en se rĂ©clamant d'Ambroise Croizat - l'un des pĂšres fondateurs de la SĂ©curitĂ© sociale en 1945 - ou de l'ex-secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du parti Maurice Thorez. "Vous ĂȘtes +en mĂȘme temps+, vous auriez Ă©tĂ© beau dans la RĂ©sistance, vous auriez Ă©tĂ© +en mĂȘme temps quoi ?+", a lancĂ© le numĂ©ro un du parti Fabien Roussel, suscitant l'indignation de la majoritĂ©.
Les oppositions de droite comme de gauche ont jugĂ© "vain et inutile" (Eric Woerth, LR) de dĂ©battre, en raison de la tenue au mĂȘme moment de la "confĂ©rence de financement" des partenaires sociaux, chargĂ©s de trouver d'ici Ă avril des solutions pour ramener Ă l'Ă©quilibre le systĂšme de retraite d'ici Ă 2027. Mais sans avancĂ©es notables mardi.
"Vous ĂȘtes incroyablement prĂ©visibles" et il y a un "dĂ©sir que ce dĂ©bat n'ait pas lieu", a rĂ©torquĂ© le chef de file des dĂ©putĂ©s LREM Gilles Le Gendre, qui a prĂ©venu que les oppositions "ne rentrer(aient) pas dans la majoritĂ© comme dans un saloon !".
Sans atteindre - à ce stade - la paralysie de juillet 2018 lors de l'examen du projet de révision constitutionnelle, victime collatérale de l'affaire Benalla, il y avait de l'électricité dans l'air tout au long de la soirée. A plusieurs reprises, le président Richard Ferrand (LREM) au perchoir a dû appeler au calme.
Récusant le caractÚre "universel" de la réforme, les oppositions ont notamment proposé dans les premiers amendements de changer le terme pour "inéquitable" ou de le supprimer.
Leurs attaques ont aussi portĂ© sur l'idĂ©e que la rĂ©forme créé "un rĂ©gime spĂ©cial, celui des hyper riches" comme l'a affirmĂ© Boris Vallaud (PS), pour qui la majoritĂ© porte ce "stigmate" depuis le dĂ©but du quinquennat et n'arrĂȘte pas de "rembourser ses bookmakers", autant d'attaques rĂ©cusĂ©es par LREM.
"Chers collĂšgues de la majoritĂ©, vous m'inquiĂ©tez, vous ĂȘtes pris dans une idĂ©ologie qui vous provoque des crampes mentales", a aussi lancĂ© le communiste AndrĂ© Chassaigne, tandis que l'insoumis Alexis CorbiĂšre (LFI) les a taxĂ©s d'ĂȘtre "illĂ©gitimes", suscitant Ă nouveau une bronca.
- "Combat de coq" -
"Ce combat de coq avant qu'on arrive au coeur du projet me consterne un peu", leur a lancé Bruno Millienne (MoDem). "Laissez cette Assemblée travailler !", a-t-il tonné.
"On peut avoir une forme de colÚre quand on voit retourner contre la démocratie des moyens dilatoires", a renchéri la "marcheuse" Aurore Bergé, estimant que les Français "attendent mieux que des heures de débat sur le titre du projet de loi"
D'autres se sont dits "blindés" face à l'obstruction et ont demandé à l'opposition si elle avait "peur" de débattre, le secrétaire d'Etat Laurent Pietraszewski déplorant aussi leurs "refus de débattre sur le fond".
Dans l'espoir que le calendrier puisse tenir, les députés siÚgeront jusqu'au 6 mars avec des travaux ce week-end. Richard Ferrand (LREM) a posé des rÚgles pour l'organisation des débats, avec notamment un seul orateur par groupe sur les amendements identiques, ce contre quoi s'est élevée en particulier la gauche de la gauche.
La question de l'utilisation du "49-3", arme de la Constitution qui permet au gouvernement d'abrĂ©ger les dĂ©bats et de faire adopter un projet de loi sans vote, reste posĂ©e, mĂȘme si Laurent Pietraszewski a encore insistĂ© mardi sur une volontĂ© de "dĂ©battre, enrichir le texte" et "aboutir".
La majorité table toujours sur une adoption en premiÚre lecture avant les municipales des 15 et 22 mars, et sur un feu vert définitif "d'ici l'été".
Les députés n'avaient étudié mardi qu'une centaine d'amendements, tous rejetés.
Par Paula RAMON - © 2020 AFP
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