La communauté internationale condammne son arrestation

Russie: l'opposant Navalny attend en cellule de connaĂźtre son sort

  • PubliĂ© le 18 janvier 2021 Ă  11:59
  • ActualisĂ© le 18 janvier 2021 Ă  19:51
Russie: l'opposant Navalny attend en cellule de connaĂźtre son sort

L'opposant russe Alexeï Navalny attendait en détention lundi d'en savoir plus sur son sort, au lendemain d'une arrestation rocambolesque dÚs son retour à Moscou aprÚs sa convalescence suite à un empoisonnement présumé.

Son incarcération a suscité des condamnations de l'UE et des Etats-Unis, qui ont réclamé sa libération. Des appels rejetés par la Russie Charismatique militant anti-corruption et ennemi juré du Kremlin, M. Navalny, 44 ans, accuse le président Vladimir Poutine d'avoir ordonné son assassinat au poison Novitchok en août, ce que la Russie dément.

Dimanche, l'opposant est rentré dans la capitale russe, aprÚs cinq mois de convalescence en Allemagne. Il a été interpellé dÚs son arrivée, le FSIN, le service pénitencier russe, lui reprochant d'avoir violé des mesures de contrÎle judiciaire en allant se faire soigner à l'étranger. Dans la nuit, il a été transféré de l'aéroport de Cheremetievo au commissariat de Khimki, une banlieue de Moscou, mais jusqu'ici il n'a pu voir ses avocats.

- Nouvelle accusation -

"On ne nous donne pas accÚs à lui, on nous dit qu'il dort", a affirmé dans la nuit sur Twitter Viatcheslav Guimadi, directeur juridique de l'organisation de M. Navalny, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK). Selon ses partisans, il pourrait voir ses conseillers aprÚs 09H00 (06H00 GMT). Le FSIN a indiqué que l'opposant resterait en détention jusqu'à une audience devant un tribunal dans un lieu et à une date encore indéterminés.

Le service pĂ©nitentiaire avait prĂ©venu jeudi que M. Navalny serait arrĂȘtĂ© Ă  son retour pour avoir violĂ© le contrĂŽle judiciaire qui lui Ă©tait imposĂ© dans le cadre d'une peine de cinq ans de prison avec sursis pour dĂ©tournements de fonds et que l'opposant juge politiquement motivĂ©e. Il est aussi visĂ© depuis fin dĂ©cembre par une nouvelle enquĂȘte pour escroquerie, car suspectĂ© d'avoir dĂ©pensĂ© pour son usage personnel 356 millions de roubles (3,9 millions d'euros) de dons.

Son retour dimanche a Ă©tĂ© agitĂ©, des dizaines de ses partisans, venus Ă  l'accueillir Ă  l'aĂ©roport de Vnoukovo, ayant Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s par les forces anti-Ă©meute. Puis l'avion de M. Navalny, accompagnĂ© de nombreux journalistes, a Ă©tĂ© dĂ©routĂ© Ă  la derniĂšre minute vers Cheremetievo. Son interpellation et sa sĂ©paration de son Ă©pouse Ioulia, au contrĂŽle de passeports, se sont dĂ©roulĂ©es sous les objectifs de nombreuses camĂ©ras.

- "Prisonnier de conscience" -

En s'envolant pour Moscou, AlexeĂŻ Navalny s'Ă©tait dit "trĂšs heureux" de rentrer et avait assurĂ© n'avoir peur de rien. "On va m'arrĂȘter? Ce n'est pas possible, je suis innocent", avait-il ironisĂ©. L'ONG Amnesty International a estimĂ© qu'AlexeĂŻ Navalny Ă©tait dĂ©sormais un "prisonnier de conscience" victime d'une "campagne implacable" des autoritĂ©s russes.

Le prĂ©sident du Conseil europĂ©en Charles Michel, la France, l'Allemagne ou encore la Pologne ont rĂ©clamĂ© une libĂ©ration "immĂ©diate", tout comme la future administration du prĂ©sident Ă©lu amĂ©ricain Joe Biden. Le chef de la diplomatie amĂ©ricaine Mike Pompeo a dĂ©noncĂ© une tentative de "faire taire Navalny". La porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova leur a rĂ©torquĂ© via Facebook de "se mĂȘler de leurs propres problĂšmes".

AlexeĂŻ Navalny Ă©tait subitement tombĂ© dans le coma en aoĂ»t, alors qu'il revenait d'une tournĂ©e Ă©lectorale en SibĂ©rie. D'abord hospitalisĂ© Ă  Omsk, il avait finalement Ă©tĂ© Ă©vacuĂ© vers un hĂŽpital berlinois sous la pression de ses proches. Trois laboratoires europĂ©ens ont depuis conclu que l'opposant avait Ă©tĂ© empoisonnĂ© par un agent innervant de type Novitchok, dĂ©veloppĂ© Ă  l'Ă©poque soviĂ©tique Ă  des fins militaires, conclusion confirmĂ©e par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). La Russie a elle multipliĂ© les versions: maladie, mauvaise hygiĂšne de vie, provocation de services secrets occidentaux... Elle se refuse donc Ă  ouvrir une enquĂȘte criminelle.

Largement ignorĂ© des mĂ©dias nationaux russes, AlexeĂŻ Navalny reste la principale voix de l'opposition grĂące Ă  une audience trĂšs large sur les rĂ©seaux sociaux (sa chaĂźne YouTube a 4,8 millions d'abonnĂ©s) et ses enquĂȘtes sur la corruption des Ă©lites et l'entourage de M. Poutine. Sa notoriĂ©tĂ© reste toutefois limitĂ©e en dehors des grandes agglomĂ©rations. Selon un sondage du centre indĂ©pendant Levada de septembre, seuls 20% des Russes approuvent son action.
AFP

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