France

SDF Ă  Paris: querelle de chiffres et bataille politique

  • PubliĂ© le 12 fĂ©vrier 2018 Ă  22:39
  • ActualisĂ© le 13 fĂ©vrier 2018 Ă  06:26
Un SDF dans les rues de Paris, le 3 décembre 2014

Combien de personnes dorment dans la rue Ă  Paris ? Une querelle de chiffres oppose le gouvernement aux associations alors que la mairie lance jeudi le tout premier recensement des SDF dans la capitale.


A l'heure oĂč l'exĂ©cutif se dĂ©fend de minorer le nombre sans-abri Ă  Paris, plus de 2.000 bĂ©nĂ©voles et associatifs vont quadriller les rues de la capitale jeudi lors d'une "Nuit de la solidaritĂ©".

Objectif: "Comptabiliser combien de personnes dorment dans la rue, une fois que toutes les places d'hĂ©bergement ont Ă©tĂ© attribuĂ©es par le 115 (numĂ©ro d'urgence du Samu social de Paris, NDLR)", explique Dominique Versini, maire adjointe Ă  la solidaritĂ©. Cette mĂ©thode, utilisĂ©e notamment Ă  New York, Bruxelles ou AthĂšnes, n'a jamais Ă©tĂ© expĂ©rimentĂ©e en France oĂč il n'existe pas de recensement officiel des SDF. Seule une enquĂȘte de l'Insee, datant de 2012, Ă©tablit Ă  143.000 le nombre de personnes sans domicile en France, dont 28.800 adultes francophones dans l'agglomĂ©ration parisienne.

"Cette opĂ©ration peut ĂȘtre bĂ©nĂ©fique et nous y participerons, car nous manquons de donnĂ©es", reconnaĂźt le prĂ©sident du Samu social de Paris Eric Pliez. "Il n'existe pas Ă  ce jour de dĂ©compte des personnes sans abri en Ile-de-France: les seuls chiffres qui existent sont ceux du nombre de gens qui appellent le 115 et n'obtiennent pas de solution", ajoute le directeur de la FĂ©dĂ©ration des acteurs de la solidaritĂ© (ex-Fnars) Florent Gueguen.

Du cÎté de la Fondation Abbé Pierre, on attend de voir la suite. "Si ça ne donne pas lieu à une réadaptation des réponses quantitatives et qualitatives d'hébergement, alors ça sera juste un bon coup de com'", prévient Christophe Robert, délégué général de la fondation.

- "Propos insupportables" -

Cette initiative intervient aprĂšs la polĂ©mique dĂ©clenchĂ©e par les dĂ©clarations fin janvier du secrĂ©taire d'Etat auprĂšs du ministre de la CohĂ©sion des territoires. Commentant le rapport de la fondation AbbĂ© Pierre sur le mal-logement, Julien Denormandie avait dĂ©fendu l'effort "sans prĂ©cĂ©dent" du gouvernement en matiĂšre d'hĂ©bergement d'urgence (13.000 places ouvertes depuis le dĂ©but de la trĂȘve hivernale), mais avait créé la confusion en affirmant que seuls "une cinquantaine d'hommes isolĂ©s en Ile-de-France" avaient dormi dans la rue la nuit prĂ©cĂ©dente.

"Je m'en veux si mes propos n'ont pas Ă©tĂ© explicites. (...) On ne cherche Ă  minimiser aucun chiffre", a affirmĂ© lundi Ă  l'AFP le secrĂ©taire d'Etat, assurant qu'il se rĂ©fĂ©rait au nombre de personnes appelant le Samu social en fin de journĂ©e et Ă  qui aucune solution d'hĂ©bergement ne peut ĂȘtre proposĂ©e.

"Les associations parlent de plusieurs milliers de personnes, je n'ai aucune raison de contredire ce chiffre", a-t-il ajouté.
De fait, le Samu social estime que 2.500 à 3.000 personnes dorment dans la rue ou dans des lieux non prévus pour l'habitation, chaque nuit, à Paris.

La polĂ©mique a ensuite continuĂ© Ă  enfler lorsque le dĂ©putĂ© LREM de Paris Sylvain Maillard avait assurĂ© que ce chiffre Ă©tait "exact", ajoutant que "mĂȘme dans les cas de grand froid, certains SDF ne souhaitent pas ĂȘtre mis Ă  l'abri". "Aucun Parisien ne peut donner foi Ă  de telles dĂ©clarations", a rĂ©pliquĂ© dimanche dans le JDD Louis Gallois, prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration des acteurs de la solidaritĂ©, Ă©voquant des "propos insupportables".

Selon les associations, le gouvernement cherche à minimiser le nombre des sans-abris pour mieux coller à la promesse d'Emmanuel Macron faite en juillet selon laquelle il n'y aurait plus "personne dans les rues, dans les bois, d'ici la fin de l'année". "Si on commence à dire que le problÚme, c'est que les personnes ne veulent pas aller dans le centres d'hébergement, ça veut dire qu'on ne souhaite plus regarder l'insuffisance de la force publique", estime Christophe Robert.

"On a des déclarations ministérielles complÚtement déconnectées des réalités de terrain", selon Florent Gueguen, qui déplore "une instrumentalisation politique de la situation des sans-abris". Pour François Ravier, secrétaire général de la préfecture de la région Ile-de-France, cette bataille des chiffres "montre bien qu'il y a un problÚme de méthodologie" à résoudre avant de lancer une quelconque opération de comptage des personnes à la rue.

AFP

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