Les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques avant tout

Selon Ankara, Trump a l'intention de "fermer les yeux" sur le meurtre de Khashoggi

  • PubliĂ© le 23 novembre 2018 Ă  14:27
  • ActualisĂ© le 23 novembre 2018 Ă  14:34
Le ministre des affaires étrangÚres turc Mevlut Cavusoglu à Tokyo, le 6 novembre 2018

La Turquie a reprochĂ© vendredi au prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump de vouloir "fermer les yeux" sur le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi en apportant un soutien sans faille au pouvoir saoudien au nom des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques de Washington. "D'une certaine façon, Trump dit +je fermerai les yeux quoi qu'il arrive+" sur le meurtre de Khashoggi, a dĂ©clarĂ© le chef de la diplomatie turque MevlĂŒt Cavusoglu, en rĂ©fĂ©rence Ă  des dĂ©clarations de soutien Ă  Ryad exprimĂ©es cette semaine par le prĂ©sident amĂ©ricain.

Le meurtre de Jamal Khashoggi le 2 octobre dans le consulat de son pays à Istanbul a provoqué une onde de choc mondiale et considérablement terni l'image de l'Arabie saoudite, notamment celle du prince héritier Mohammed ben Salmane, dit "MBS".

Selon des mĂ©dias amĂ©ricains, la CIA n'a plus de doutes sur la responsabilitĂ© du prince hĂ©ritier dans le meurtre de Khashoggi. Mais M. Trump a assurĂ© mardi que l'agence amĂ©ricaine de renseignement extĂ©rieur n'avait "rien trouvĂ© d'absolument certain". "Il se pourrait trĂšs bien que le prince hĂ©ritier ait eu connaissance de cet Ă©vĂ©nement tragique - peut-ĂȘtre, peut-ĂȘtre pas!", a-t-il dit, insistant sur les liens profonds entre Ryad et Washington.

"Il n'y a pas que l'argent qui compte", a vivement rĂ©agi vendredi M. Cavusoglu en rĂ©fĂ©rence Ă  l'argumentaire de M. Trump qui a Ă©voquĂ© notamment l'achat d'armes amĂ©ricaines ou encore la stabilitĂ© des prix du pĂ©trole pour justifier son soutien continu Ă  Ryad. "Ce n'est pas une bonne approche", a insistĂ© le ministre turc qui s'exprimait sur la chaĂźne d'information CNN-TĂŒrk, rappelant qu'il restait "des questions sans rĂ©ponse".

- "Aucun obstacle" -

AprÚs avoir dans un premier temps nié la disparition de Khashoggi, Ryad a fini par reconnaßtre sous la pression internationale qu'il avait été tué dans l'enceinte de sa représentation lors d'une opération "non autorisée".

Tout en dĂ©douanant le prince hĂ©ritier, la justice saoudienne a annoncĂ© la semaine derniĂšre qu'elle allait demander la peine de mort contre cinq des 21 suspects dĂ©tenus dans le cadre de l'enquĂȘte officielle de Ryad. Si le prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdogan n'a jamais ouvertement mis en cause MBS, il soutient que l'ordre de tuer le journaliste Ă©manait des "plus hauts niveaux", tout en Ă©cartant la responsabilitĂ© du roi Salmane.

La Turquie est néanmoins ouverte à une éventuelle rencontre entre M. Erdogan et MBS en marge du sommet du G20 qui doit se tenir en fin de semaine prochaine en Argentine, selon M. Cavusoglu qui ne voit "aucun obstacle" à cela.

Les deux dirigeants se sont déjà entretenus au téléphone à propos de cette affaire, mais ce serait leur premiÚre rencontre en face à face depuis la mort de Khashoggi.
Le prince Salmane "a dit qu'il souhaitait rencontrer notre président en Argentine. Il n'y a évidemment aucune raison qu'ils ne se rencontrent pas", a ajouté M. Cavusoglu. Sur "instruction" de son pÚre, le roi Salmane, le prince héritier a entamé jeudi une tournée à l'étranger, dont le cabinet royal n'a pas dévoilé les détails.

- Sanctions "cosmétiques" -

Au lendemain de l'annonce par la France de sanctions contre 18 ressortissants saoudiens en lien avec le meurtre de Khashoggi, le chef de la diplomatie turque a reproché aux pays européens de prendre des "mesures cosmétiques".
"Ils disent qu'il ne veulent pas se brouiller avec l'Arabie saoudite. Nous non plus, nous ne voulons pas que nos r elations se dégradent, mais nous irons au fond de cette affaire", a déclaré M. Cavusoglu.

Depuis le début de cette affaire, Ankara maintient la pression sur Ryad en faisant "fuiter" des détails macabres du meurtre dans la presse locale.
Le quotidien progouvernemental Sabah a ainsi rapportĂ© vendredi qu'aprĂšs avoir tuĂ© M. Khashoggi en l'Ă©touffant avec un sac sur la tĂȘte, ses meurtriers lui avaient ouvert les veines pour le vider de son sang dans une baignoire, avant de le dĂ©membrer.

Un responsable turc avait affirmé début novembre que le corps avait été dissous dans de l'acide aprÚs avoir été démembré.

- © 2018 AFP

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