Un bombardement aprÚs l'autre, sans relùche, Samir Salim extrait des femmes et enfants de tous ùges des décombres. Mais dans ce fief rebelle de la Ghouta orientale, jamais ce secouriste syrien n'aurait imaginé retrouver le corps sans vie de sa mÚre.
"Elle était trÚs fiÚre de nous et de notre engagement", lùche M. Salim, les larmes aux yeux, alors que l'enclave rebelle, en périphérie Est de Damas, est quotidiennement la cible de frappes aériennes et de tirs d'artillerie meurtriers du régime syrien.
Et pour M. Salim et ses trois frĂšres, qui font partie des Casques blancs --la dĂ©fense civile en territoire rebelle--, c'est le mĂȘme scĂ©nario qui se rĂ©pĂšte tous les jours.
Avec chaque bombardement, des immeubles résidentiels s'effondrent sur leurs habitants. Les secouristes se précipitent pour évacuer les blessés et extraire les corps des décombres.
Jeudi, la maison des quatre frÚres a été touchée par un raid aérien, lors d'une semaine particuliÚrement sanglante pour la Ghouta orientale: en cinq jour, le déluge de feu du régime a fait plus de 250 morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Parmi les victimes, la mÚre octogénaire de M. Samir, installée dans la localité de Madira.
Sur une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux, la vieille femme apparaßt coincée sous un plafond qui s'est effondré, son foulard noir et son manteau gris couverts de poussiÚre, la main ensanglantée et les yeux fermés.
On peut entendre son fils pleurer, alors qu'il réclame des renforts par talkie-walkie. "Dieu ait ton ùme, maman", lùche le quadragénaire à la barbe grisonnante.
En regardant une nouvelle fois la vidéo sur son portable, le secouriste ne peut retenir ses larmes.
- Hurlements -
Ce jour-lĂ , M. Samir, avait Ă©tĂ© dĂ©pĂȘchĂ© vers la localitĂ© de Misraba, pour aider les victimes d'un raid, quand il a entendu le grondement d'une nouvelle frappe et s'est prĂ©cipitĂ© vers Madira.
"Je me suis retrouvé devant ma maison, il y avait de la poussiÚre partout. Je suis resté une minute figé, avant de réaliser que le raid avait touché mon domicile", explique-t-il.
"Je ne m'attendais pas Ă retrouver des survivants", ajoute le secouriste, assis sur les dĂ©combres de ce qui Ă©tait autrefois sa maison, son casque blanc sur la tĂȘte.
Pourtant, ce jour-là , il va réussir à sauver son neveu de 23 jours, Samer, son pÚre et sa belle-soeur.
Saïd al-Masri, un autre secouriste dans la localité de Saqba, a lui réussi à sauver son nouveau-né de trois mois, Yehia, coincé sous les décombres de leur domicile. Mais il a perdu son cousin.
"Comme d'habitude, on s'est dirigĂ© sur le site du raid. Toutes les maisons Ă©taient au sol", se souvient le volontaire, bonnet noir enfoncĂ© sur la tĂȘte.
Les cris de sa femme vont le sortir de sa stupeur. "Elle hurlait +Yehia a été blessé+", poursuit le jeune homme au visage rond, assis sur un lit étroit dans sa maison plongée dans la pénombre.
Il pointe du doigt des taches de sang sur l'oreiller. "Je l'ai trouvĂ© ici, je l'ai pris et j'ai couru avec lui jusqu'Ă l'hĂŽpital. Il Ă©tait blessĂ© Ă la tĂȘte et au visage", ajoute-t-il.
Emmitouflé dans une mariniÚre, son bébé est installé sur ses genoux. Sur sa joue joufflue, un pansement.
- 'J'ai compris la souffrance' -
Assiégés depuis 2013 par les forces du régime, les 400.000 habitants de la Ghouta subissent au quotidien de graves pénuries de nourriture et de médicaments.
L'ONU rĂ©clame une trĂȘve humanitaire d'un mois dans toute la Syrie en guerre, pour pouvoir distribuer des aides et Ă©vacuer les blessĂ©s graves.
Dans un hÎpital de Jisrine, l'infirmier Malek Abou Jaber ausculte des enfants, certains blessés au visage, d'autres un plùtre au bras.
Il s'interrompt et s'installe sur un lit: lui aussi a besoin de soins.
"Je rentrais à la maison, j'ai senti un souffle chaud et j'ai été projeté en arriÚre. J'ai vu le sang couler de mon ventre", se souvient l'infirmier de 20 ans.
Son collÚgue arrive, il remonte son pull-over beige et son uniforme bleu nuit, dévoilant une impressionnante cicatrice sur son abdomen.
"J'ai compris ce que ressentent les blessés tous les jours. J'ai senti l'aiguille que je plante dans leur blessure, leur souffrance", confie-t-il.
Mais avec l'intensité des violences la semaine derniÚre, il a dû reprendre le travail: "on ne peut pas souffler, les blessés arrivent matin et soir, la pression est énorme".
Par James PHEBY - © 2018 AFP



