AprĂšs le procĂšs du "Boucher des Balkans"

Srebrenica, une plaie toujours ouverte dans l'histoire des Pays-Bas

  • PubliĂ© le 23 novembre 2017 Ă  17:15
  • ActualisĂ© le 23 novembre 2017 Ă  17:21
Des réfugiés musulmans à bord de camions des Nations Unies, le 30 mars 1993, fuient l'enclave de Srebrenica pour se rendre à Tuzla

Le massacre de Srebrenica pour lequel le "Boucher des Balkans", Ratko Mladic, vient d'ĂȘtre condamnĂ© pour gĂ©nocide par le Tribunal pĂ©nal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de la Haye, laisse une plaie bĂ©ante dans l'histoire des Pays-Bas.


C'est un souvenir douloureux qui continue à hanter les Néerlandais, les militaires envoyés sur place sous mandat de l'ONU tout comme les politiciens et les civils. Limitrophe de la Serbie et placée sous la protection des Nations Unies, l'enclave de Srebrenica, dans le nord-est de Bosnie, est tombée aux mains des forces serbes le 11 juillet 1995, au cours d'une guerre qui a fait plus de 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés.

Dans leur base militaire de Potocari, non loin de là, les Casques bleus du bataillon néerlandais "Dutchbat III" ont recueilli des milliers de réfugiés. Mais submergés, ils ont fermé les portes aux autres civils avant de laisser les Serbes de Bosnie évacuer ceux qu'ils avaient accueillis dans la base.
Les hommes ont alors été séparés de leurs femmes et mÚres, et dirigés vers des bus. En quelques jours, prÚs de 8.000 musulmans sont tués. Qualifié de génocide par le TPIY, il s'agit de la pire tuerie en Europe depuis la Seconde guerre mondiale. Et l'une des pages les plus noires de l'histoire des Pays-Bas.

- 21 ans -

"J'Ă©tais un jeune homme de 21 ans qui ne savait pas trĂšs bien parler", confiait un ancien membre du Dutchbat Edo van den Berg Ă  l'AFP en 2015, "mais j'ai quand mĂȘme essayĂ© de les calmer un peu en leur disant: +Nous sommes lĂ , tout va bien se passer+." "C'est quelque chose que je n'aurais jamais dĂ» promettre." L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic Ă©tait ensuite venu dire "au revoir aux hommes du Dutchbat lorsqu'ils ont Ă©tĂ© forcĂ©s de quitter l'enclave", se souvient Olaf Nijeboer, porte-parole du groupe de travail Dutchbat. "C'Ă©tait l'humiliation ultime", ajoute-t-il, citĂ© jeudi dans la presse néérlandaise.

L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, a été condamné mercredi à la perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité par le TPIY, qui ferme ses portes le 31 décembre. Mais aux Pays-Bas, la plaie ne se referme pas sur ce chapitre sombre de la guerre en Bosnie.

Les procĂšs dĂ©filent devant la justice nĂ©erlandaise. Et le thĂšme revient frĂ©quemment au devant de la scĂšne politique. Que ce soit quand une enquĂȘte entraĂźne la dĂ©mission du gouvernement en 2002. Ou lorsque le prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdogan appuie lĂ  oĂč ça fait mal en pleine crise diplomatique entre La Haye et Ankara, insultant les Pays-Bas de n'avoir "rien Ă  voir avec la civilisation".

- 'Pourquoi n'avez-vous rien fait?' -

Aujourd'hui encore, "sur les terrains de foot, dans leurs familles, au café", on demande aux soldats du Dutchbat: "mais pourquoi n'avez-vous rien fait?", confiait à l'AFP l'avocat Michael Ruperti. Les ex-Casques bleus néérlandais ont été la cible de critiques pendant deux décennies pour avoir "placé leur sécurité au-dessus" du reste, mais aucun d'eux n'a jamais été condamné. Et la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a douché l'an dernier les espoirs des proches de trois victimes bosniaques qui réclamaient un procÚs.

Parmi eux, Hasan Nuhanovic, interprÚte auprÚs du bataillon néerlandais, leur reprochait d'avoir "livré (sa) famille aux Serbes qui les ont tués" lors du siÚge de Srebrenica. Unique survivant de sa famille, il a pu rester à la base en tant qu'employé de l'ONU mais les Néerlandais lui ont "demandé de traduire à son pÚre qu'il devait quitter la base". Il a perdu son frÚre et son pÚre, pour les décÚs desquels il a reçu une indemnisation de La Haye.

- Mission impossible -

Mais pour les soldats, c'Ă©tait une "mission impossible". Au moins 220 vĂ©tĂ©rans demandent une compensation financiĂšre, a indiquĂ© jeudi De Telegraaf, ainsi qu'une reconnaissance et des excuses du gouvernement. L'an dernier, l'ex-ministre de la DĂ©fense Jeanine Hennis avait reconnu que le bataillon avait Ă©tĂ© dĂ©pĂȘchĂ© "sans moyens suffisants (...) pour protĂ©ger une paix qui n'existait dĂ©jĂ  plus". Relançant un dĂ©bat public intarissable. Symbole lourd, Srebrenica est un gĂ©nocide pour lequel l'Etat n'a Ă©tĂ© ni condamnĂ©, ni blanchi.

En 2013, les Pays-Bas Ă©taient devenus le premier État tenu responsable des actes de ses propres soldats opĂ©rant sous mandat de l'ONU avant d'ĂȘtre reconnus en appel cette annĂ©e partiellement responsables du dĂ©cĂšs de 350 musulmans. Mais pour le gouvernement, qui se pourvoit en cassation, "personne n'aurait un jour pensĂ© qu'un gĂ©nocide Ă©tait possible en Europe en 1995", a affirmĂ© l'avocat Bert-Jan Houtzagers.

AFP

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