"Je ferai une proposition de réparation" à la veuve de l'institutrice Caroline Grandjean, dont le suicide dans le Cantal en septembre 2025 a fait l'objet d'une enquête administrative concluant à une "défaillance institutionnelle", a déclaré mardi à l'Assemblée nationale le ministre de l'Education, Edouard Geffray.
Sollicité par l'AFP, le ministère a précisé que cette réponse pourrait prendre la forme d'une réparation financière. Des discussions devraient s'ouvrir prochainement entre l'avocat de la veuve et le ministère, selon la même source.
"Il faut condamner les conséquences, d'abord en termes de responsabilité du ministère, et c'est pour ça que je ferai évidemment une proposition de réparation à Mme Paccoud-Grandjean", sa veuve, a indiqué Edouard Geffray lors des questions au gouvernement.
L'enquête administrative avait été diligentée "immédiatement" après le suicide, le jour de la rentrée, de cette directrice d'école harcelée en raison de son homosexualité, a rappelé le ministre.
Les conclusions, rendues publiques vendredi par le ministère, "ont témoigné d'une succession de micro-décisions que je qualifierais d'administrativo-bureaucratiques qui, en cumulé, constituent effectivement une défaillance institutionnelle", dans le soutien qui lui a été apporté par le ministère, a-t-il reconnu.
Le ministre a cependant souligné qu'"il n'y a(vait) pas eu, dans l'analyse (des inspecteurs) de volonté de nuire" ni de faute individuelle identifiée.
"Ceux qui gèrent les autres, ce sont aussi des hommes et des femmes. Ils ne sont pas inhumains", a-t-il insisté, évoquant plutôt une mécanique administrative ayant failli. "Il faut profondément humaniser nos procédures de gestion administrative dans un ministère qui compte 1,8 million d'agents", a poursuivi Edouard Geffray.
Caroline Grandjean, 42 ans, était la cible depuis septembre 2023 de harcèlement en raison de son homosexualité et s'est suicidée le 1er septembre 2025, un drame qui a suscité l'émoi dans le monde enseignant et au-delà.
Des tags "sale gouine" et "gouine = pédophile" avaient notamment été découverts sur les murs de son école de Moussages, un village du Cantal de 200 habitants.
Une enquête avait été ouverte après ces inscriptions mais classée sans suite en mars 2025 "en l'absence de faits nouveaux", avait alors indiqué le parquet. En arrêt maladie, l'enseignante s'était vu proposer un poste à quelques kilomètres de Moussages pour la rentrée scolaire mais avait été incapable de reprendre son travail alors.
L'épouse de Caroline Grandjean, Christine Grandjean-Paccoud, a depuis porté plainte contre l'Éducation nationale pour "harcèlement".
"Cette compensation financière, je la reçois comme +on va lui donner des sous à cette petite dame, et peut-être qu'elle va s'arrêter+", a-t-elle rétorqué sur Ici Pays d'Auvergne. "Moi, je le prends comme ça. L'argent, c'est tellement rien à côté de ce que j'ai perdu. Ce n'est pas avec de l'argent qu'on va me faire taire. Je hurlerai jusqu'à ce que les responsables soient reconnus".
AFP
