Syrie

Tensions entre les pays garants avant des pourparlers

  • PubliĂ© le 10 janvier 2018 Ă  20:48
  • ActualisĂ© le 10 janvier 2018 Ă  22:57
Le président turc Recep Tayyip Erdogan le 9 janvier 2018 à Ankara

La Turquie a demandé mercredi à la Russie et l'Iran d'"assumer leurs responsabilités" en stoppant une offensive du régime syrien contre une province rebelle, signe de tensions croissantes entre les parrains des belligérants avant de nouveaux pourparlers.


Moscou et TĂ©hĂ©ran, qui soutiennent Damas, "doivent assumer leurs responsabilitĂ©s" en faisant pression sur le rĂ©gime syrien pour qu'il arrĂȘte son offensive dans la province d'Idleb (nord-ouest), a dĂ©clarĂ© le chef de la diplomatie turque MevlĂŒt Cavusoglu.
La Turquie, qui coopÚre étroitement avec la Russie sur le dossier syrien, a fait monter la pression ces derniers jours, à mesure que les forces de Damas intensifiaient leurs bombardements à Idleb.
Les observateurs redoutent qu'une escalade de la violence ne provoque une nouvelle catastrophe humanitaire dans cette province frontaliÚre de la Turquie et dont la population a gonflé depuis plus d'un an, avec l'arrivée de déplacés internes.
Ces tensions jettent un voile d'incertitude sur la réunion que le président russe Vladimir Poutine espÚre tenir les 29 et 30 janvier dans la station balnéaire de Sotchi pour trouver une issue au conflit syrien qui a fait plus de 340.000 morts depuis 2011.
Dans un froncement de sourcils inĂ©dit depuis des mois, les autoritĂ©s turques ont convoquĂ© mardi soir les ambassadeurs de Russie et d'Iran Ă  Ankara pour leur communiquer leur "gĂȘne" face aux bombardements du rĂ©gime syrien.
Le régime syrien mÚne depuis le 25 décembre une offensive pour reconquérir le sud-est d'Idleb, seule province qui lui échappe entiÚrement et est aujourd'hui contrÎlée par Hayat Tahrir al-Cham, un groupe jihadiste dominé par l'ex-branche locale d'Al-Qaïda.
"Si vous ĂȘtes les parrains, ce qui est le cas, vous devez stopper le rĂ©gime", a lancĂ© M. Cavusoglu Ă  l'adresse de Moscou et TĂ©hĂ©ran, dans un entretien Ă  l'agence de presse Ă©tatique turque Anadolu.
Avant la réunion prévue à Sotchi, un nouveau round de discussions sous l'égide de l'ONU doit se tenir à GenÚve à partir du 21 janvier.

- Humeur de Moscou -

En parallÚle, Moscou a rappelé Ankara à l'ordre en demandant à l'armée turque de mieux contrÎler les rebelles soutenus par la Turquie à Idleb, aprÚs une attaque à l'aide de drones contre des bases russes en Syrie.
CitĂ© mercredi par le journal KrasnaĂŻa zvezda, le ministĂšre russe de la DĂ©fense a indiquĂ© avoir demandĂ© aux chefs de l'Ă©tat-major et du renseignement turcs d'"empĂȘcher des attaques similaires de drones", affirmant que les appareils utilisĂ©s avaient Ă©tĂ© lancĂ©s depuis Idleb.
AprÚs une grave crise diplomatique provoquée par la destruction en novembre 2015 d'un bombardier russe par l'aviation turque, Ankara et Moscou ont réchauffé leurs relations.
Mais de profonds désaccords subsistent, notamment sur le sort de Bachar al-Assad, que le président turc Recep Tayyip Erdogan a qualifié le mois dernier de "terroriste".
Alors que les préparatifs en vue du congrÚs intersyrien de Sotchi se poursuivent, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a reçu mercredi à Moscou son homologue iranien Mohammad Javad Zarif, les deux responsables soulignant l'importance de ces pourparlers.
Ce processus laisse toutefois nombre d'observateurs sceptiques : "La Russie aura du mal à apporter une solution politique. Sotchi a déjà échoué à se concrétiser deux reprises, et il y a un manque de clarté sur la participation", note ainsi un diplomate européen.
Ankara refuse notamment toute invitation des groupes kurdes syriens PYD et YPG à Sotchi, une position réitérée mercredi M. Cavusoglu.

- 100.000 déplacés -

Les tensions entre les pays garants s'expliquent principalement par les intĂ©rĂȘts divergents que poursuivent les trois pays garants en Syrie, souligne l'expert russe AlexeĂŻ Malachenko.
Cependant, dĂ©clare l'expert Ă  l'AFP, "personne n'a intĂ©rĂȘt Ă  une rupture dĂ©finitive (...) Tous les trois ont intĂ©rĂȘt Ă  un consensus".
La situation à Idleb est scrutée à la loupe par la Turquie, qui a déployé des troupes dans cette province syrienne frontaliÚre pour y installer des postes d'observation dans le cadre de la création de "zones de désescalade" négociées par Moscou, Ankara et Téhéran.
La Turquie, pays qui accueille quelque trois millions de déplacés syriens, redoute en outre un afflux de réfugiés sur son territoire si l'offensive de Damas devait s'amplifier.
PrĂšs de 100.000 civils ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©s dans la province d'Idleb depuis le 1er dĂ©cembre, selon le Bureau de l'ONU pour la coordination des affaires humanitaires, qui Ă©voque une "situation extrĂȘmement chaotique".
burs-gkg/ezz/mr

2018 AFP

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