La PremiÚre ministre britannique Theresa May a annoncé mardi qu'elle laisserait aux députés le choix d'un éventuel report du Brexit pour éviter une sortie sans accord de l'Union européenne, le 29 mars, cédant aux pressions, y compris de son propre camp.
Ce report devra toutefois ensuite ĂȘtre acceptĂ© par l'Union europĂ©enne, qui s'y est montrĂ© ouverte, le prĂ©sident du conseil europĂ©en Donald Tusk ayant estimĂ© lundi qu'"un dĂ©lai serait une solution rationnelle". La dirigeante conservatrice compte procĂ©der en trois Ă©tapes. D'abord, elle soumettra au vote du parlement une version modifiĂ©e de l'accord de divorce qu'elle avait signĂ© fin novembre avec Bruxelles et que le parlement avait massivement rejetĂ© mi-janvier.
Si cette version modifiée est rejetée par les députés, elle leur demandera le 13 mars s'ils veulent sortir de l'UE sans accord. S'il refusent, alors elle soumettra le 14 mars au vote une motion demandant "si le parlement veut une extension courte et limitée de l'Article 50" du Traité de Lisbonne, qui a enclenché le processus de sortie il y a prÚs de deux ans.
Le leader de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a rĂ©agi en constatant que Mme May semblait avoir "Ă©coutĂ© tardivement" les dĂ©putĂ©s. Avant de lui reprocher d'en ĂȘtre arrivĂ©e lĂ Ă cause "des nĂ©gociations chaotiques" qu'elle a menĂ©es et "de sa dĂ©cision de jouer la montre".
- Pas au-delĂ de juin -
Mme May a répété qu'elle était personnellement opposée à un report du Brexit et souligné que celui-ci ne pourrait pas aller au-delà de juin car dans le cas contraire, le Royaume-Uni devrait participer aux élections européennes de fin mai. Elle a cependant dû se plier à la volonté de membres de son gouvernement hostiles à un divorce brutal.
Mardi, trois secrĂ©taires d'Etat ont Ă©crit une tribune dans le quotidien The Daily Mail pour l'"implorer" de prolonger l'article 50 si aucun accord n'est adoptĂ© par le Parlement dans les temps, afin d'Ă©viter une sortie brutale de l'UE. Sans engagement de la PremiĂšre ministre, ils menaçaient de dĂ©missionner "pour empĂȘcher un dĂ©sastre". Selon le tabloĂŻd, 15 membres du gouvernement seraient prĂȘts Ă partir pour empĂȘcher un "no deal".
Trois ministres de premier plan avaient déjà plaidé au cours du week-end pour un report de la date du Brexit, plutÎt que de "sortir de maniÚre désordonnée de l'Union européenne".
Selon eux, une absence d'accord risque d'affecter "gravement" l'économie britannique et de menacer "l'intégrité" du Royaume-Uni avec le rétablissement d'une frontiÚre terrestre en Irlande, entre un membre de l'UE au sud et la province britannique au nord.
- "Solution rationnelle" -
Provoquant une levĂ©e de boucliers au Royaume-Uni, Mme May s'Ă©tait contentĂ©e jusqu'ici de diffĂ©rer d'ici au 12 mars un vote des dĂ©putĂ©s sur l'accord de retrait, afin de se donner plus de temps pour tenter de renĂ©gocier le texte avec Bruxelles avant la date butoir. Mais son autoritĂ© Ă©tait de plus en plus contestĂ©e. La semaine derniĂšre, trois dĂ©putĂ©s europhiles avaient dĂ©missionnĂ© du Parti conservateur en dĂ©nonçant la "gestion dĂ©sastreuse du Brexit" par le gouvernement. Ils ont rejoint huit dĂ©putĂ©s travaillistes eux-mĂȘmes dĂ©missionnaires de leur parti dans le "Groupe indĂ©pendant", Ă peine créé.
Le Parti travailliste, principal parti d'opposition, a pour sa part changĂ© sa stratĂ©gie, annonçant lundi qu'il Ă©tait prĂȘt Ă soutenir un amendement proposant l'organisation d'un second rĂ©fĂ©rendum sur la sortie de l'UE, aprĂšs celui de juin 2016, afin d'Ă©viter le Brexit "destructeur" des conservateurs.
Theresa May, comme le leader travailliste Jeremy Corbyn, ont "tous les deux été forcés par leurs partis à défendre des lignes en matiÚre de Brexit auxquelles ils étaient résolument opposés il y a quelques jours à peine", a souligné The Evening Standard dans son éditorial de mardi aprÚs-midi.
L'éloignement apparent de la possibilité d'une sortie sans accord a conduit mardi la livre à son plus haut niveau depuis mai 2017 face à l'euro.
AFP


