Passé de la perche à la barre, l'ancien champion olympique Jean Galfione s'est ouvert une nouvelle voie avec la course au large. Il prendra le départ dimanche de la Transat Jacques Vabre, sa 5e transatlantique, en n'ayant "jamais eu peur en bateau" alors que perchiste, il a connu "une peur", confie-t-il à l'AFP.
Q: Que représente une transatlantique pour vous ?
R: "En 2012, la Route du Rhum, jâosais mĂȘme pas prononcer le nom alors que jâĂ©tais parti dans lâhistoire de la course au large. Jâavais fait ma premiĂšre transatlantique en double avec Tanguy de la Motte, câĂ©tait des rĂȘves dâenfant, des rĂȘves inaccessibles. JâĂ©tais tellement spĂ©cialisĂ© dans mon domaine, câĂ©tait ma vie pendant 15, 20 ans, que tout ce qui Ă©tait autour Ă©tait exotique pour moi. CâĂ©tait comme monter lâEverest, tenir un premier rĂŽle dans un film ou chanteur dâopĂ©ra. Jâaimais le bateau mais je ne naviguais pas. Et un jour me retrouver sur les pontons avec Michel Desjoyeaux, Roland Jourdain, Jean Le Cam et me dire: 'on va participer Ă la mĂȘme course !' Ma premiĂšre transatlantique en solo câĂ©tait gĂ©nial, jâavais lâimpression de grandir de 20 cm et dâapprendre sur moi plus que dans toute ma vie. Câest aussi ça que je vais chercher".
Q: Il y a une dimension de danger dans la voile qu'il n'y a pas avec la perche. Comme avez-vous appréhendé cela ?
R: "Câest pas le mĂȘme danger. A la perche, câest une discipline trĂšs acrobatique, oĂč il faut de lâengagement, se lancer, tu finis Ă 40 km/h et tu rentres dans un mur. Il faut accepter que la technique soit propre, les Ă©paules vers lâavant, y a un vrai dĂ©fi. En bateau, le risque est par rapport aux Ă©lĂ©ments et la connerie que tu peux faire Ă bord. il y a la mer, le vent, Ă la perche y avait pas ! Mais il y a quelque chose qui nous dĂ©passe parfois et qui peut ĂȘtre angoissant. Moi je nâai jamais eu peur en bateau, j'ai Ă©tĂ© parfois impressionnĂ© par une situation. A la perche, parfois y a eu des blocages de peur de ne plus pouvoir sauter. Je ne pouvais pas dĂ©clencher un saut et tous les perchistes connaissent ça, il faut effacer le pus vite possible ce moment. Câest le refus dâobstacle, câest une peur. A la voile je nâai pas eu cette peur, par contre y a des moments oĂč je me suis dit: lĂ câest chaud. Mais en fait tu ne peux pas te permettre de te mettre dans cette situation de peur parce que tu dois rĂ©agir. Tu gĂšres le truc et aprĂšs tu relativises. Ce nâest pas du tout le mĂȘme comportement".
Q: Comptez-vous encore faire du bateau longtemps ?
R: "AprĂšs la Route du Rhum (2022), je ne sais pas s'il y aura une suite. Ce nâest pas le sujet, jây vais sans lendemain, sans calcul. Comme quand je prĂ©parais les Jeux quand jâĂ©tais athlĂšte, jâĂ©tais incapable de prĂ©voir lâavenir aprĂšs lâĂ©chĂ©ance olympique, pour moi la vie sâarrĂȘtait lĂ . Je ne peux pas dire que je sais ce que sera exactement lâavenir. Parfois je me dis aussi que lâavenir câest bien aussi de partir en voyage, se balader en bateau en famille avec un projet autre. Pourquoi pas".
Q: Vous n'avez pas de plan de carriĂšre dans la voile ?
R: "LĂ jâai un plan de carriĂšre sur 4 ans. La suite n'est pas dĂ©finie. A la fois câest inquiĂ©tant et jâaime aussi lâidĂ©e dâavoir cette libertĂ© un jour de remonter un truc Ă zĂ©ro. Mais jâaimerais bien aller jusquâau bout de ce que jâai entrepris dans mon domaine sportif du bateau. Ce qui aurait pu me dĂ©cevoir Ă la perche, c'Ă©tait de finir sur blessure, ce qui aurait pu ĂȘtre le cas. Jâai trois grandes fiertĂ©s: avoir Ă©tĂ© champion olympique, avoir fait 6 mĂštres et avoir arrĂȘtĂ© ma carriĂšre en Ă©tant presque dans les dix meilleurs au bilan mondial et finir aux Championnats du monde. Je me suis arrĂȘtĂ© en paix grĂące à ça. Et en bateau, jâai envie dâaller jusqu'au bout dâun truc que jâai entrepris et pas que ça se finisse en queue de poisson. Câest mon truc personnel Ă moi".
AFP




