Otan, Russie, amis, ennemis

Trump brouille les cartes

  • PubliĂ© le 8 juillet 2018 Ă  10:36
  • ActualisĂ© le 8 juillet 2018 Ă  11:06
Le président américain Donald Trump lors d'une réunion publique à Great Falls, le 5 juillet 2018 dans le Montana

Pour Donald Trump, "les pires ennemis" de l'Amérique sont parfois ses "soi-disant amis". La semaine qui s'ouvre donnera l'occasion au président américain de décliner cette surprenante doctrine diplomatique, au risque d'accroßtre encore les tensions avec des alliés déboussolés.

Bruxelles, Londres, Helsinki: sommet de l'Otan, escale au Royaume-Uni qui s'annonce houleuse, puis tĂȘte-Ă -tĂȘte avec Vladimir Poutine. L'enchaĂźnement est spectaculaire, et Ă  haut risque.

La sĂ©quence G7/Singapour est dans tous les esprits, lorsque, en l'espace de quelques jours, il avait traitĂ© le Premier ministre canadien Justin Trudeau de "malhonnĂȘte" et le dirigeant nord-corĂ©en Kim Jong Un de "trĂšs douĂ©". Nombre d'observateurs redoutent un bis repetita estival: "Il engueule les alliĂ©s puis il embrasse l'adversaire", rĂ©sume laconiquement un diplomate europĂ©en.

Jusqu'oĂč ira le tempĂ©tueux locataire de la Maison Blanche? Des deux cĂŽtĂ©s de l'Atlantique, tout le monde s'interroge.

Les "couillons qui payent tout"

Ce prĂ©sident qui aime choquer pour mieux galvaniser sa base, et qui semble dĂ©sormais dĂ©terminĂ© Ă  pousser trĂšs loin la dĂ©clinaison de "L'AmĂ©rique d'abord", transformera-t-il en profondeur l'alliance transatlantique, pierre angulaire des relations internationales depuis plus d'un demi-siĂšcle? A Ă©couter les membres de son administration, le sommet de Bruxelles devrait ĂȘtre classique, harmonieux et sans accrocs.

"Le thÚme central de ce sommet sera l'unité et la force de l'Otan", affirme Kay Hutchison, ambassadrice des Etats-Unis à l'Otan, évoquant la solidarité entre ses 29 membres et dénonçant les "actes néfastes" de la Russie et ses tentatives visant à "semer la division". Depuis plusieurs mois, pourtant, le magnat de l'immobilier, qui veut se démarquer à tout prix de tous ses prédécesseurs, démocrates comme républicains, s'emploie à distiller un tout autre message.

Cette semaine, devant une foule Ă©lectrisĂ©e dans le Montana, il a rĂ©servĂ© ses tirades les plus agressives aux alliĂ©s de l'Otan "qui doivent commencer Ă  rĂ©gler leurs factures", soulignant que les Etats-Unis en avaient assez d'ĂȘtre "les couillons qui payent tout". Et n'a pas manquĂ© d'Ă©gratigner "Angela" (Merkel).

Lorsqu'il est passé à Vladimir Poutine, pas un début de réserve ou critique, de l'Ukraine à la Syrie, mais l'espoir mille fois répété d'aboutir à "une bonne relation". RéguliÚrement, il oblige ses équipes à de difficiles contorsions, comme lorsqu'il met en avant les dénégations de Poutine sur l'interférence russe dans l'élection présidentielle de 2016, semblant donner raison à l'homme fort du Kremlin contre les agences de renseignement américaines.

Sur les dossiers les plus sensibles, il se délecte dans l'ambiguïté. Interrogé il y a quelques jours sur une éventuelle reconnaissance américaine de l'annexion de la Crimée par Moscou, il s'est contenté d'un laconique "Nous verrons", obligeant la Maison Blanche à rectifier le tir tant le sujet est explosif.

Hostilité envers l'UE

Son hostilitĂ© Ă  l?UE, longtemps palpable mais diffuse, est dĂ©sormais ouverte, sans complexes. Dans le Dakota du Nord, il affirme, contre toute Ă©vidence historique, que l'UE a "bien sĂ»r Ă©tĂ© créée pour profiter des Etats-Unis". Il multiplie dĂ©sormais les coups de griffe envers ses alliĂ©s, Allemagne en tĂȘte, sur fond de guerre commerciale Ă  l'issue incertaine.

"Les EuropĂ©ens ont de bonnes raisons d'ĂȘtre inquiets" de la rencontre Trump-Poutine, explique Ă  l'AFP William Galston, de la Brookings Institution. "Peut-on imaginer une dĂ©claration Ă  Helsinki avec des annonces qui n'ont pas Ă©tĂ© dĂ©battues avec les alliĂ©s europĂ©ens lors du sommet de l'Otan? Absolument", poursuit-il.

"De maniÚre générale, le président est plus à l'aise dans les relations avec les autocrates qu'avec les démocrates", dit-il encore, rappelant à quel point il a "peu d'estime" pour les organisations multilatérales. Il y a un an, lors de son premier sommet de l'Otan, Donald Trump s'était posé en défenseur intraitable du contribuable américain, faisant la leçon à des Alliés accusés de devoir "d'énormes sommes d'argent".

Mais il s'Ă©tait tenu Ă  l'Ă©cart de ses interrogations les plus provocatrices sur l'utilitĂ© de l'Otan ou le devenir de l'UE. Aujourd'hui, la situation a changĂ©. PortĂ© par de bons indicateurs Ă©conomiques, la conviction qu'il doit rester fidĂšle Ă  son discours de rupture, et aprĂšs avoir Ă©cartĂ© au sein de son Ă©quipe tous ceux qui semblaient en position de lui tenir tĂȘte, il s'est enhardi.

Entre son arrivée à Bruxelles mardi soir et son départ d'Helsinki six jours plus tard, il pourrait refaçonner une partie des relations des Etats-Unis avec le reste du monde.

 - © 2018 AFP

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