Sanctions en cas d'invasion

Ukraine: Washington fourbit ses armes économiques, Moscou manoeuvre

  • PubliĂ© le 26 janvier 2022 Ă  03:11
  • ActualisĂ© le 26 janvier 2022 Ă  05:34
Livraison d'équipement militaire américain à l'aéroport de Kiev, en Ukraine, le 25 janvier 2022

Menaces Ă©conomiques amĂ©ricaines et bruit de bottes russes: Washington a insistĂ© mardi sur les sanctions que subirait la Russie, et Vladimir Poutine lui-mĂȘme, en cas d'invasion de l'Ukraine, tandis que Moscou a lancĂ© des manoeuvres militaires aux portes du pays.

A une journaliste qui lui demandait mardi s'il pouvait envisager de sanctionner personnellement le président russe, Joe Biden a répondu "Oui", puis "Je peux le concevoir".

Si la Russie "envahit tout le pays", ou "mĂȘme beaucoup moins" que cela, il y aura "d'Ă©normes consĂ©quences" et cela "changerait le monde", a encore indiquĂ© le prĂ©sident amĂ©ricain.

Qui a toutefois fixé, une nouvelle fois, les limites de toute riposte américaine: "Nous n'avons pas l'intention de déployer des forces américaines ou de l'Otan en Ukraine", qui n'est pas membre de l'alliance militaire occidentale.

Sur le plan Ă©conomique en revanche, les Etats-Unis sont prĂȘts Ă  taper fort. "Il n'est plus question de rĂ©ponse graduĂ©e. Cette fois nous commencerons d'emblĂ©e par le haut de l'Ă©chelle" des sanctions, a dit un haut responsable de la Maison Blanche mardi.

Washington cherche à renverser le rapport de force instauré par Vladimir Poutine. Accusé d'avoir massé plus de 100.000 militaires à la frontiÚre de l'Ukraine, le président russe veut bousculer l'emprise américaine sur l'équilibre militaire et stratégique en Europe, et particuliÚrement à l'Est.

AprÚs avoir mis en alerte 8.500 militaires susceptibles de renforcer trÚs rapidement les rangs de l'Otan, les Etats-Unis ont mis en scÚne mardi une livraison d'équipement militaire à l'Ukraine.

Washington a également averti le Bélarus qu'il s'exposait à une riposte "rapide" et "ferme" s'il laissait la Russie utiliser son territoire pour attaquer l'Ukraine.

Les forces armĂ©es russes ont quant Ă  elles lancĂ© mardi une nouvelle sĂ©rie de manƓuvres Ă  proximitĂ© de l'Ukraine et en CrimĂ©e annexĂ©e.

Pour le Kremlin, c'est Washington qui provoque une nouvelle "exacerbation", que ce soit en mettant des troupes en alerte ou en rapatriant des familles de diplomates américains d'Ukraine, une initiative imitée mardi par le Canada.

- Technologie, dollars, gaz -

Washington envisage, selon le haut responsable de la Maison Blanche, d'interdire l'exportation vers la Russie de technologie américaine.

Les Etats-Unis menacent aussi d'asphyxier les banques russes en leur interdisant les transactions en dollars, devise reine des échanges internationaux.

Quant aux Ă©ventuelles sanctions contre Vladimir Poutine lui-mĂȘme, Joe Biden n'a pas prĂ©cisĂ© leur nature. Lorsque Washington sanctionne des personnalitĂ©s Ă©trangĂšres, cela passe, le plus souvent, par un gel de leurs avoirs et une interdiction de transaction avec les Etats-Unis.

Reste un point extrĂȘmement dĂ©licat, susceptible d'entamer la cohĂ©sion entre Occidentaux: les hydrocarbures russes. Les EuropĂ©ens craignent, en cas d'escalade, d'ĂȘtre privĂ©s en plein hiver du gaz russe, qui couvre plus de 40% de leurs besoins. "Nous pensons ĂȘtre prĂȘts Ă  trouver des approvisionnements alternatifs couvrant une majoritĂ© significative des potentielles coupes" dans la livraison de gaz russe, a promis le haut responsable amĂ©ricain.

La Maison Blanche a annoncé mardi, fort à propos, que Joe Biden recevrait le 31 janvier l'émir du Qatar. Cet allié des Etats-Unis a d'immenses réserves de gaz naturel. Il est aussi le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié.

- Réponse écrite -

La Russie, considérée comme marraine des séparatistes pro-russes que Kiev combat dans l'est du pays depuis huit ans, dément tout projet d'offensive, mais lie une désescalade à des traités figeant l'Otan, de maniÚre à ce que l'Ukraine en particulier n'y adhÚre jamais.

La demande est jugée inacceptable en Europe comme en Amérique. Mais Washington a néanmoins promis de remettre cette semaine une réponse écrite aux Russes.

Dans ce pas de deux entre les Etats-Unis et la Russie, voulu par Vladimir Poutine, les Européens cherchent à se faire entendre. "La discussion entre les Etats-Unis et la Russie est-elle une bonne chose? Oui. Cette discussion a-t-elle donné des résultats concrets? Je n'en ai pas vu", a lancé le président français Emmanuel Macron, décidé à avoir son propre canal de communication avec Vladimir Poutine.

Il aura vendredi un entretien téléphonique avec son homologue russe. "S'il devait y avoir une agression" de la Russie contre l'Ukraine, "la riposte sera là et le coût sera trÚs élevé", a toutefois averti mardi le dirigeant français, affichant sa cohésion avec les Américains en la matiÚre.

Washington lui a rendu la politesse. "Nous soutenons tout ce qui pourrait réellement réduire les tensions", a dit mardi le porte-parole du département d'Etat, assurant que le "degré de coordination entre les Français et les Etats-Unis était excellent".

AFP

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