Allemagne

Ultimatum pour Angela Merkel sur les migrants

  • PubliĂ© le 18 juin 2018 Ă  06:19
  • ActualisĂ© le 18 juin 2018 Ă  07:01
La chanceliĂšre allemande Angela Merkel le 30 mai 2018 Ă  Berlin

L'aile droite de la coalition gouvernementale en Allemagne compte fixer lundi un ultimatum Ă  Angela Merkel pour qu'elle restreigne l'accueil des migrants aux frontiĂšres, faute de quoi le pays plongera dans une grave crise politique.


"C'est la journĂ©e oĂč le destin d'Angela Merkel et celui du gouvernement se dĂ©cide", estime le quotidien Bild, le plus lu d'Allemagne. En toile de fond, les pĂ©ripĂ©ties de 630 migrants secourus en mer qui sont arrivĂ©s dimanche en Espagne, Ă©pilogue d'une semaine d'errance en MĂ©diterranĂ©e qui a illustrĂ© des profondes fractures au sein de l'UE sur la question migratoire, au centre du prochain conseil europĂ©en des 28 et 29 juin.

En Allemagne, l'arrivée de plus d'un million de demandeurs d'asile en 2015 et 2016 a créé une onde de choc politique dans le pays qui ne faiblit pas.
Elle a d'abord contribuĂ©, comme en Italie ou en Autriche, Ă  l'essor de l'extrĂȘme droite, et en mĂȘme temps provoquĂ© des dĂ©chirements au sein du camp conservateur de la chanceliĂšre, qui atteignent dĂ©sormais leur apogĂ©e.

L'aile la plus radicale sur les migrants de sa fragile coalition gouvernementale - qui va de la droite dure aux sociaux-démocrates -, le parti bavarois CSU, veut imposer un tour de vis à la politique d'immigration nationale. Objectif: refouler dorénavant tous les migrants à la frontiÚre qui ont déjà été enregistrés dans un autre pays à leur arrivée dans l'UE, le plus souvent l'Italie ou la GrÚce.

- 'Défi européen' -

La chanceliĂšre centriste refuse. Elle redoute qu'un tel cavalier seul ne crĂ©e le chaos et n'obĂšre toute chance d'obtenir un solution commune en Europe, au moment oĂč l'UE discute d'un systĂšme d'asile partagĂ©. "Il s'agit d'un dĂ©fi europĂ©en qui nĂ©cessite une rĂ©ponse europĂ©enne", a-t-elle dit ce week-end, prĂ©venant que la "cohĂ©sion de l'Europe" Ă©tait en jeu.

Mais l'Union chrétienne-sociale CSU, qui se prépare à de difficiles élections régionales en BaviÚre en octobre, perd patience. Elle accuse la chanceliÚre et son parti démocrate-chrétien (CDU), avec lequel elle est pourtant alliée depuis 1949, de laxisme. La direction de la CSU se réunit lundi matin à Munich avec l'objectif d'autoriser son président Horst Seehofer, également ministre fédéral de l'Intérieur, à défier Angela Merkel en imposant les refoulements aux frontiÚres par décret.

- Mutinerie -

S'il passait immédiatement à l'acte, la chanceliÚre n'aurait d'autre choix que de le limoger, ce qui provoquerait l'éclatement de la coalition au pouvoir depuis seulement trois mois et probablement de nouvelles élections. Le ministre de l'Intérieur semble toutefois désormais disposé à accorder un délai de deux semaines à Angela Merkel, jusqu'à un sommet de l'UE fin juin, pour qu'elle négocie un accord sur le refoulement des migrants. A défaut, ce sera la crise.

"Il est essentiel que le sommet de l'UE prenne enfin des décisions fin juin", a averti M. Seehofer, dans une tribune publiée lundi par le quotidien FAZ.
"La situation est grave mais encore soluble", a-t-il ajouté. "Personne à la CSU ne veut faire tomber la chanceliÚre ou faire éclater le gouvernement", a également assuré l'intéressé dimanche, tout en restant ferme sur le fond.

La semaine qui s'ouvre s'annonce donc décisive pour l'avenir politique de la chanceliÚre. Et la partie compliquée, car ce qu'exige son aile droite est précisément ce dont ne veut pas l'Italie, qui en tant que pays d'arrivée des migrants réclame plus de solidarité européenne. Angela Merkel reçoit justement lundi soir son homologue italien Giuseppe Conte, dont le pays refuse désormais l'accÚs à ses ports aux navires d'ONG transportant des migrants.

Puis le lendemain elle s'entretiendra avec le président français Emmanuel Macron, dans un contexte européen explosif sur les migrants, illustré par les tensions autour du navire Aquarius.

Une rĂ©union spĂ©ciale des principaux dirigeants europĂ©ens concernĂ©s n'est du reste pas exclue avant mĂȘme le sommet de l'UE de la fin du mois. Angela Merkel est d'autant plus sous pression que sa cote de popularitĂ© en Allemagne chute, tandis que l'extrĂȘme droite progresse dans les sondages. Le mĂ©contentement croissant de l'opinion est exacerbĂ© par des faits divers impliquant des migrants et ayant eu un large Ă©cho dans l'opinion, en particulier le viol et l'assassinat rĂ©cents d'une adolescente par un jeune demandeur d'asile irakien arrivĂ© en 2015. Par ailleurs, lundi s'ouvre le procĂšs d'un jeune rĂ©fugiĂ© afghan accusĂ© d'avoir mortellement poignardĂ© son ancienne petite amie de 15 ans dans un supermarchĂ©.

AFP

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