Un an aprĂšs le passage du cyclone Chido, Mayotte se reconstruit lentement

  • PubliĂ© le 8 dĂ©cembre 2025 Ă  11:50
  • ActualisĂ© le 8 dĂ©cembre 2025 Ă  17:48
Un terrain jonché de débris et de tÎles métalliques à Mamoudzou, un an aprÚs le passage du cyclone Chido à Mayotte, le 2 décembre 2025

Dans le quartier résidentiel des Hauts-Vallons à Mamoudzou, prisé des fonctionnaires de Mayotte, des tas de gravats sont toujours entassés ici ou là.

Un an aprÚs le passage du cyclone Chido, qui a dévasté l'archipel de l'océan Indien, "rien n'a été fait", se désole un habitant.

Assis sur un chaise de camping, devant l'immeuble construit il y a seulement cinq ans par la société immobiliÚre de Mayotte, Anli regarde les passants. A cÎté de lui, s'amoncellent des morceaux de placo, de bois et de barres métalliques.

Le toit de l'immeuble a été arraché le 14 décembre 2024 quand le cyclone Chido a frappé l'archipel, détruisant également les logements du dernier étage. Résident du rez-de-chaussée, Anli subit toujours des infiltrations, faute d'intervention des pouvoirs publics.

Si sur le territoire des travaux ont été réalisés dans les collÚges et lycées au cours de l'été pour pouvoir accueillir les élÚves à la rentrée d'août, les habitations et les bùtiments publics restent marqués par la catastrophe naturelle.

Selon la Fondation pour le logement, "60% du bùti de l'ßle a été endommagé ou détruit et plus des 2/3 des logements collectifs ont subi des dommages".

- "Explosion" des prix -

"Nous avons mis du temps Ă  dĂ©marrer les travaux", concĂšde Ahmed Ali Mondroha, directeur gĂ©nĂ©ral de la sociĂ©tĂ© immobiliĂšre de Mayotte (SIM), qui Ă©value les dĂ©gĂąts causĂ©s par le cyclone Ă  72 millions d'euros. "Sur 1.600 logements impactĂ©s, 500 ont pu ĂȘtre remis en exploitation et environ 600 sont actuellement en travaux".

Mais "les entreprises du bùtiment n'ont pas toujours les matériaux nécessaires, les prix ont explosé depuis le passage du cyclone - la tÎle a par exemple augmenté de 40% - et les délais d'acheminement se sont allongés", détaille le directeur général.

Selon Julian Champiat, président de la fédération mahoraise du BTP (FMBTP), il faut en effet attendre "quatre mois" pour réceptionner une commande, contre "deux auparavant". Notamment à cause d'un allongement des délais de dédouanement, lié au nombre important de conteneurs au port de commerce de Longoni.

Faute de trésorerie - à cause d'une reprise d'activité tardive et de défauts de paiement -, les entreprises travaillent par ailleurs "en flux tendu". "Elles n'ont pas de stock", confirme le directeur général de la SIM. Ce qui ralentit encore les chantiers.

"Le tissu économique est largement fragilisé", souligne Fahardine Mohamed, président du Medef à Mayotte.

Notamment parce que les finances du secteur public - qui représente 70% de l'économie de l'archipel - sont "au plus bas", selon lui. "AprÚs le cyclone, les collectivités se sont engagées dans des dépenses pour faire face à l'urgence. Et elles sont en fin de mandat", indique le président du Medef.

- "Fuites d'eau partout" -

Elles-mĂȘmes n'ont pas Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©es. Dans le centre-ville de Mamoudzou, l'hĂŽtel de ville conserve une partie de sa toiture arrachĂ©e et des locaux sont condamnĂ©s. Un peu plus haut, le toit du bĂątiment de la communautĂ© d'agglomĂ©ration DembĂ©ni-Mamoudzou (Cadema) reste bĂąchĂ©.

"On est en télétravail depuis le passage du cyclone", confie un employé de la collectivité, souhaitant rester anonyme. "Mon bureau est inutilisable, il y a des fuites d'eau partout et lorsqu'il pleut ça fait sauter l'électricité.

Rien n'a été fait. Les collectivités n'ont plus d'argent".

D'autant que les indemnisations des assurances tardent toujours à arriver. "On attend environ 20 millions d'euros", souligne le directeur général de la SIM.

DerriÚre le comptoir du restaurant le Camion blanc, sur le front de mer de Mamoudzou, Melie Razafindrasoa prépare un jus de papaye.

"On en voit Ă  nouveau au marchĂ©", se rĂ©jouit-elle. En revanche, cette habitante de Doujani n'a "toujours pas vu l'argent de l'assurance". "On a perdu les fenĂȘtres et une porte de la maison pendant le cyclone, on a rĂ©parĂ© nous-mĂȘmes mais Ă  chaque fois qu'il pleut, les chambres sont inondĂ©es", raconte la serveuse, qui confie "avoir trĂšs peur qu'un nouveau cyclone arrive".

A Mayotte, la saison des pluies commence. Et les orages se font de plus en plus fréquents. "La derniÚre fois, il y a eu beaucoup de vent et de pluie. Mes enfants ont eu trÚs peur, ils sont encore traumatisés...", rapporte Melie Razafindrasoa. "Alors que la nouvelle saison cyclonique a débuté, des milliers de ménages sinistrés restent privés de logement digne et décent", alerte de son cÎté la Fondation pour le logement.

AFP

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