GrĂšce

Un ferry italien toujours en feu, douze routiers portés disparus

  • PubliĂ© le 20 fĂ©vrier 2022 Ă  04:05
  • ActualisĂ© le 20 fĂ©vrier 2022 Ă  05:53
Un bateau des pompiers grecs s'approche du ferry italien Euroferry Olympia, n feu au large de l'ßle grec de Corfou, le 18 février 2022

Douze chauffeurs-routiers manquent toujours à l'appel samedi au large de l'ßle grecque de Corfou, plus de 30 heures aprÚs le début d'un violent incendie à bord d'un ferry italien.

Le bateau de la compagnie italienne Grimaldi, en route pour Brindisi en Italie, s'est embrasé vendredi à l'aube, deux heures aprÚs son départ du port grec d'Igoumenitsa, avec 290 personnes, dont 51 membres d'équipage, enregistrées à bord.

Le brasier attisĂ© par le vent, les explosions sporadiques et la tempĂ©rature infernale s'Ă©levant Ă  plus de 500 degrĂ©s empĂȘchent les secours d'intervenir Ă  bord du navire, selon les pompiers et les garde-cĂŽtes grecs.

Aidés d'un hélicoptÚre, d'une frégate et d'un vaisseau de lutte contre les incendies, plongeurs et pompiers quadrillent la zone de la catastrophe, espérant retrouver les disparus.

Des remorqueurs ont réussi à rapprocher le navire de la cÎte, à une dizaine de km au nord de Corfou, selon la télévision publique ERT. En début de soirée, l'Italie a annoncé que ses garde-cÎtes, déjà sur zone avec des moyens de lutte anti-pollution, avaient repéré "une possible nappe" prÚs du bateau en feu, parti avec 800 m3 de fioul et 23 tonnes de "produits dangereux corrosifs".

Outre 278 personnes enregistrées, ont également été secourus deux migrants clandestins afghans, laissant craindre davantage de disparus, des migrants embarquant souvent clandestinement à bord des ferries reliant la GrÚce à l'Italie.

L'enquĂȘte du Service grec des accidents maritimes ne fait que commencer. Mais l'incendie pourrait ĂȘtre parti d'un camion garĂ© dans les cales, selon plusieurs dĂ©clarations concordantes. Or, plusieurs chauffeurs routiers ont rapportĂ© samedi Ă  ERT prĂ©fĂ©rer dormir dans leur camion que dans les cabines bondĂ©es des ferries.

Les douze disparus recensés sont tous des routiers, sept de Bulgarie, trois de GrÚce, un de Lituanie et un de Turquie, ont précisé à l'AFP les garde-cÎtes grecs. Leurs familles ont rejoint Corfou samedi, encadrées par un psychologue.

- "Bateau dans un état pitoyable" -

"D'aprÚs ce que je sais, mon pÚre a dormi dans le camion. Le bateau était dans un état pitoyable à tous points de vue", a déclaré Ilias Gerontidakis, le fils d'un disparu grec.

Avec 50 cabines pour 150 camions, "il n'y avait pas assez de cabines (...) on devait dormir Ă  quatre par cabine" et "il y avait des punaises de lit, c'Ă©tait sale, sans systĂšme de sĂ©curitĂ©", a rapportĂ© cet homme, lui-mĂȘme routier, sur le site du journal Proto Thema. Vassilis Vergis pense lui aussi que son cousin disparu "est restĂ© dans le camion" car il avait "peur des cabines" et "du coronavirus".

Selon le quotidien Kathimerini, le syndicat grec des routiers avait dénoncé en juin 2017 le mauvais fonctionnement de l'air conditionné dans les cabines de l'Euroferry Olympia et de l'Euroferry Egnazia, autre navire de Grimaldi.

Dans une lettre au ministÚre grec de la Marine marchande, citée par le journal, le syndicat fustige aussi le manque de cabines et la piÚtre ventilation des cales réservées aux véhicules.

ConformĂ©ment Ă  la lĂ©gislation internationale, le ferry, construit en 1995, avait subi une visite de contrĂŽle qui "s'est soldĂ©e par un rĂ©sultat positif" le 16 fĂ©vrier, a prĂ©cisĂ© le groupe Grimaldi. Vendredi soir, deux passagers, prisonniers dans la cale aux vĂ©hicules, ont pu ĂȘtre Ă©vacuĂ©s aprĂšs plus de dix heures dans les fumĂ©es Ă©paisses, avant d'ĂȘtre hospitalisĂ©s, selon les garde-cĂŽtes.

L'un des deux, un Bulgare, présente "une trÚs faible saturation en oxygÚne et a été intubé", a précisé la ministre adjointe bulgare des Affaires étrangÚres, Velislava Petrova, samedi matin. L'équipe spécialisée qui avait pu monter à bord n'a pas pu rester dans le navire en feu.

- "Certains ont sauté à la mer" -

HĂ©bergĂ© dans un hĂŽtel de Corfou, un rescapĂ© turc, Fahri Ozgen, se dĂ©sespĂšre: "certains de nos amis sont toujours disparus, on ne sait pas oĂč ils se trouvent".
La veille, sur le pont du navire, quelque "250 personnes hurlaient, criaient, certains ont sauté à la mer" pour échapper au feu menaçant qu'ils sentaient "sous leurs pieds", raconte-t-il à l'AFP.

Certains se retrouvent sans rien Ă  Corfou. "Nous avons perdu notre argent, nos passeports, tous nos documents administratifs, je n'ai mĂȘme plus de chaussures aux pieds", se lamente auprĂšs de l'AFP un routier turc, Ali Duran.

Une fois le feu Ă©teint, le bateau doit ĂȘtre remorquĂ© "en lieu sĂ»r" pour pomper le carburant et l'eau, afin d'Ă©viter toute pollution maritime, a dĂ©clarĂ© le ministre grec de la Marine marchande Giannis Plakiotakis, samedi sur SkaĂŻ TV.

Le précédent incendie sur un ferry dans cette partie de la Méditerranée a eu lieu en décembre 2014 sur le Norman Atlantic, un navire italien, parti de Patras (GrÚce) vers AncÎne (Italie). Il avait fait 13 morts dont neuf passagers.

AFP

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