Prisons

Un "projet d'accord" remis Ă  la ministre de la Justice et aux syndicats

  • PubliĂ© le 20 janvier 2018 Ă  10:36
  • ActualisĂ© le 20 janvier 2018 Ă  12:48
Le centre pĂ©nitentiaire de Borgo oĂč deux surveillants ont Ă©tĂ© blessĂ©s par des dĂ©tenus, le 19 janvier 2018 en Corse

Un "projet d'accord" issu de négociations, qui prévoit notamment la création de 1.100 emplois, a été soumis vendredi soir aux syndicats de surveillants de prison et à la ministre de la Justice, qui s'est rendue en Corse aprÚs une agression au centre pénitentiaire de Borgo.


Le document, publié sur le site de l'Ufap-Unsa (majoritaire) prévoit notamment la création de 1.100 emplois de surveillants sur quatre ans, "dont une premiÚre tranche de 100 emplois dÚs 2018". Le texte prévoit aussi des mesures pour améliorer la sécurité des gardiens et un régime de détention défini pour les "détenus terroristes et radicalisés", permettant une "étanchéité totale de la gestion des détenus les plus dangereux".
Le texte, qui a Ă©tĂ© soumis Ă  la ministre de la Justice Nicole Belloubet ainsi qu'aux deux syndicats ayant participĂ© aux nĂ©gociations entamĂ©es mardi, l'Ufap-Unsa et Ă  la CGT-PĂ©nitentiaire, doit maintenant ĂȘtre examinĂ© par les surveillants.
Une fois qu'elles auront examiné ce "relevé de conclusions", "soit nos bases souhaitent conclure l'accord (...), soit elles nous demandent de ne pas signer et de repartir dans l'action", a expliqué Christopher Dorangeville, secrétaire général de la CGT-Pénitentiaire.
L'Ufap-Unsa va également consulter ses adhérents avant de décider de la marche à suivre.
Le troisiÚme syndicat principal, FO, n'a pas participé aux négociations avec la Chancellerie.
Les surveillants de prison ont lancé leur mouvement national de blocage des prisons il y a quatre jours, aprÚs l'agression le 11 janvier de surveillants par un détenu jihadiste à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais).
Depuis, d'autres agressions ont crispé les négociations avec l'Administration pénitentiaire.
Vendredi, deux gardiens de prison ont Ă©tĂ© blessĂ©s par un dĂ©tenu signalĂ© pour radicalisation, peut-ĂȘtre aidĂ© par des complices, dans le centre pĂ©nitentiaire de Borgo en Haute-Corse oĂč s'est rendue la garde des Sceaux.
Selon la DAP, 80 établissements sur 188 ont été bloqués vendredi.
Dans la matinée, des incidents avaient eu lieu à Fleury-Mérogis: les forces de l'ordre ont chargé et tiré des gaz lacrymogÚnes sur 150 gardiens qui bloquaient l'accÚs à la plus grande prison d'Europe (plus de 4.300 détenus).

- 'Mesure ultime' -

Le syndicat FO-Pénitentiaire a réagi en appelant "à durcir" les modalités d'action, avec un "dépÎt de clés" dans tous les établissements.
Selon l'Administration pénitentiaire, ce "dépÎt des clés" n'a été effectif qu'à Borgo vendredi, et c'est la gendarmerie qui a assuré l'ordre et la surveillance dans l'établissement.
"Le dépÎt de clés, c'est la mesure ultime", a commenté auprÚs de l'AFP Yoan Karar, secrétaire général adjoint de FO pénitentiaire: "Quand c'est comme ça, c'est les forces de l'ordre qui prennent le relais".
Les deux gardiens de Borgo, dont l'un a Ă©tĂ© plus gravement touchĂ©, ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s vers l'hĂŽpital de Bastia oĂč la garde des Sceaux, qui a condamnĂ© dans un communiquĂ© une agression "grave" et "intolĂ©rable", est arrivĂ©e dans l'aprĂšs-midi. "Ils sont blessĂ©s extrĂȘmement sĂ©rieusement", a dĂ©clarĂ© Mme Belloubet aprĂšs sa visite Ă  l'hĂŽpital.
Elle s'est ensuite rendue Ă  la prison de Borgo oĂč elle s'est entretenue avec les organisations syndicales et le personnel avant d'ĂȘtre huĂ©e devant l'Ă©tablissement par une centaine d'agents qui ont refusĂ© de lui parler.
Notant l'"émotion" et la "colÚre" des personnels, elle s'est engagée à "apporter des réponses" à tous les points soulevés, notamment en matiÚre de sécurité et de gestion des détenus radicalisés.

- Condamné en appel en 2015 -

La section de recherches de la gendarmerie de Bastia a Ă©tĂ© chargĂ©e de l'enquĂȘte ouverte pour tentative d'homicide volontaire, a indiquĂ© la procureure de Bastia Caroline Tharot.
Selon la DAP, les deux surveillants ont Ă©tĂ© attaquĂ©s par des dĂ©tenus de droit commun. Le rĂŽle d'Ă©ventuels complices de l'auteur principal des faits, signalĂ© pour radicalisation islamiste et sur lequel une enquĂȘte avait Ă©tĂ© ouverte par le parquet de Bastia, reste Ă  prĂ©ciser.
Selon Maxime Coustie, délégué régional UFAP, ce détenu a crié "Allah Akbar" en agressant par derriÚre un surveillant seul dans son bureau. Dans ce centre pénitentiaire, les détenus peuvent circuler dans la prison grùce à "une gestion en porte ouverte" des cellules.
Selon une source proche de l'enquĂȘte, l'agresseur principal, condamnĂ© en appel en novembre 2015 Ă  huit ans de prison pour violences volontaires ayant entraĂźnĂ© la mort sans intention de la donner, s'est ensuite retranchĂ© dans sa cellule avec des complices. L'intervention des gendarmes a finalement permis d'interpeller quatre dĂ©tenus.

Par Laure FILLON - © 2018 AFP

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