Une vingtaine de personnes ont été tuées et plusieurs blessées lundi dans une bousculade provoquée par une distribution de vivres et d'argent à des réfugiés et des personnes déplacées à Diffa, dans le sud-est du Niger.
"Malheureusement, il y a eu quinze femmes et cinq enfants qui sont décédées (...) dans ce drame regrettable", a déclaré à la télévision publique Issa Lémine, le gouverneur de Diffa, qui a rendu visite aux blessés admis dans des centres de soin de cette ville. La bousculade a également fait une dizaine de blessés dont de nombreux enfants, selon la télévision.
Selon Issa Lémine, une premiÚre distribution "s'est bien terminée" dimanche à la Maison des jeunes et de la culture (MJC). Ce lundi matin, une deuxiÚme opération de ce type devait avoir lieu à "l'arÚne de lutte traditionnelle" qui "a été sécurisée pour la circonstance" mais les gens se sont plutÎt dirigés vers le lieu de la distribution de la veille. Donc, "trÚs tÎt, aux environs de 02H00 (01H00 GMT), les femmes se sont attroupées devant la MJC et à 06H00 (05H00 GMT) quand on a ouvert le portail, il y a eu un mouvement d'ensemble et beaucoup de personnes étaient tombées et ont été piétinées".
"Nous avons un bilan provisoire de 20 morts, essentiellement des femmes et des enfants tués dans une bousculade pendant une opération de distribution de vivres et d'argent à la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Diffa", la capitale régionale du sud-est du Niger, proche du Nigeria, avait auparavant expliqué un responsable médical. Des sources humanitaires ont confirmé le nombre des morts et fait état d'une dizaine de blessés.
L'aide était offerte par Babagana Umara Zulum, le gouverneur de l'Etat nigérian de Borno (nord-est du Nigeria), qui est allé lundi visiter les sites de réfugiés nigériens ayant fui les attaques de Boko Haram et qui sont installés dans plusieurs zones de la région de Diffa depuis 2015. Ce responsable avait déjà quitté Diffa avant la bousculade, a déclaré à l'AFP un officiel nigérien.
"On distribuait des vivres et de l'argent, Ă raison de 5.000 nairas (la monnaie nigĂ©riane - soit 15 euros) par personne. Il Ă©taient des milliers, en majoritĂ© des rĂ©fugiĂ©s, qui avaient appris la nouvelle de la distribution et qui ont quittĂ© leurs camps, situĂ©s parfois Ă une centaine de kilomĂštres pour venir Ă Diffa", a expliquĂ© Ă l'AFP un habitant. "MĂȘme de simples habitants de Diffa se sont ruĂ©s pour espĂ©rer recevoir l'aide", a tĂ©moignĂ© un autre.
"L'information sur la distribution s'Ă©tait rĂ©pandue dĂšs les premiĂšres heures de la journĂ©e et des milliers de personnes ont envahi la cour et les environs de la MJC", a racontĂ© Ă l'AFP un agent de la municipalitĂ© de Diffa qui se trouvait prĂšs des lieux du drame. Du riz, de l'huile, des vĂȘtements et de l'argent devaient ĂȘtre distribuĂ©s aux rĂ©fugiĂ©s, a-t-il prĂ©cisĂ©.
- "Piétinés à mort" -
"DĂšs que les premiĂšres personnes ont reçu leur ration, la foule compacte a commencĂ© Ă +bouillir+, les organisateurs ont Ă©tĂ© vite dĂ©bordĂ©s : hommes, femmes, enfants ont commencĂ© Ă se presser les uns contre les autres. Les plus faibles sont tombĂ©s par terre" et des enfants ont Ă©tĂ© "piĂ©tinĂ©s Ă mort", a affirmĂ© cet agent. "D'habitude, ce sont des reprĂ©sentants des bĂ©nĂ©ficiaires qui viennent chercher les aides Ă Diffa et repartent les redistribuer sur les sites, mais cette fois ce sont les rĂ©fugiĂ©s eux-mĂȘmes qui ont dĂ©cidĂ© de parcourir des dizaines de kilomĂštres pour venir recevoir leur aide", a dit un Ă©lu local Ă l'AFP.
"TrÚs vite, les secours sont arrivés pour évacuer les blessés vers différents centres de soin et pour acheminer les corps à la morgue de l'hÎpital de Diffa" proche, selon un journaliste local.
La visite du gouverneur de Borno Ă©tait la premiĂšre d'un haut responsable civil nigĂ©rian dans la rĂ©gion de Diffa oĂč il s'est rendu Ă Bosso, Garin-Wazan et Toummour, trois localitĂ©s qui abritent plus de 100.000 rĂ©fugiĂ©s du Nigeria, sur un total de 300.000 dans toute la rĂ©gion.
En plus de l'insécurité liée aux attaques réguliÚres de Boko Haram, Diffa est confrontée à de graves inondations provoquées par une crue de la Komadougou Yobé, la riviÚre qui sépare le Niger du Nigeria, qui ont déjà fait de plus de 20.000 personnes des sans-abri, selon les autorités locales. Les eaux ont également dévasté des champs de poivrons et de riz, deux piliers de l'économie locale.
Au total, le Niger, un des Etats les plus pauvres du monde, abrite prÚs de 450.000 réfugiés (Nigérians, Maliens et Burkinabé) et déplacés internes, chassés par les violences jihadistes ou des bandes armées, selon l'ONU qui s'inquiÚte du manque de fonds pour couvrir tous les besoins.
Certains réfugiés et personnes déplacées vivent au milieu d'une population déjà trÚs pauvre.
AFP
