Prix Nobel de la Paix 2025 sans pouvoir le recevoir en personne, Maria Corina Machado la cheffe de l'opposition au Venezuela, 58 ans, surnommée la "libératrice" par ses partisans, vit dans la clandestinité depuis la présidentielle contestée de juillet 2024 mais reste l'ùme de l'opposition vénézuélienne.
Elle n'a pas pu arriver à temps mercredi à Oslo pour recevoir son prix, décerné le 10 octobre, qui a été remis à sa fille.
"Pour avoir la dĂ©mocratie, nous devons ĂȘtre prĂȘts Ă nous battre pour la libertĂ©", a-t-elle soulignĂ© dans un discours lu par sa fille Ana Corina Sosa Machdo, fustigeant "un terrorisme d'Ătat dĂ©ployĂ© pour Ă©touffer la volontĂ© du peuple" vĂ©nĂ©zuĂ©lien.
Le Nobel est une "trÚs juste reconnaissance pour la longue lutte d'une femme et de tout un peuple pour notre liberté et notre démocratie", a affirmé le candidat de l'opposition à la présidentielle Edmundo Gonzalez Urrutia.
Si le prĂ©sident Nicolas Maduro, au pouvoir depuis 2013, a Ă©tĂ© proclamĂ© vainqueur par l'autoritĂ© Ă©lectorale considĂ©rĂ©e aux ordres du pouvoir, l'opposition a revendiquĂ© la victoire pour son candidat. Maduro est accusĂ© de dĂ©rive autoritaire par les Ătats-Unis et l'Union europĂ©enne, qui ont sanctionnĂ© le rĂ©gime.
Mme Machado, déclarée inéligible, n'avait pas pu se présenter, mais avait mené la campagne pour un candidat alors inconnu.
Et c'est elle qui avait appelé ses partisans à recueillir les procÚs-verbaux de chaque bureau de vote, pour "prouver" la victoire de l'opposition.
Le pouvoir vénézuélien, qui n'a pas jusqu'ici publié les résultats complets du scrutin, a durement réprimé les troubles post-électoraux et a intensifié ces derniers mois la répression politique, selon une mission d'experts de l'ONU.
Mme Machado a choisi de rester dans son pays alors que M. Gonzalez Urrutia a lui été contraint à l'exil en septembre 2024.
- "La Libertadora" -
"DÚs mon arrivée, je pourrai étreindre toute ma famille et mes enfants que je n'ai pas vus depuis deux ans, ainsi que tant de Vénézuéliens-Norvégiens que je sais partager notre lutte", a confié Mme Machado mercredi au Comité Nobel avant son départ pour Oslo.
Lors d'un entretien avec l'AFP, elle avait expliquĂ© vivre parfois "des semaines sans contact humain" : "Je suis lĂ oĂč je me sens le plus utile pour la lutte". RĂ©fugiĂ©e dans un lieu tenue secret, elle continue de mener son combat.
Depuis la prĂ©sidentielle, elle donne des interviews virtuelles et participe Ă des dĂ©bats sur internet, toujours sur un fond neutre pour que personne ne reconnaisse l'endroit oĂč elle se trouve.
La notoriété de Mme Machado a explosé lors des primaires de l'opposition en octobre 2023, en recueillant plus de 90% des voix dans une démonstration de force avec 3 millions de participants.
Elle est rapidement devenue favorite des sondages, surnommée la "libertadora" ("libératrice"), en hommage au "libertador" Simon Bolivar.
Jean et chemise blanche, elle a parcouru le pays comme une rock star ralliant les foules générant des réactions passionnées: cris, pleurs et bousculades accompagnaient ses apparitions.
Son nom n'était pas sur les bulletins mais le visage et l'ùme de l'opposition, c'était elle.
Réputée franche et sans demi-mesure, Mme Machado promettait alors sans cesse "le changement" au Venezuela, dirigé depuis 1999 par le président Hugo Chavez (1999-2013), puis son héritier Nicolas Maduro.
Ce dernier a été proclamé vainqueur de la derniÚre présidentielle avec 52% des voix par le Conseil national électoral. Celui-ci n'a pas publié le détail des votes, se disant victime d'un piratage informatique.
- "Jusqu'au bout !" -
L'opposition, qui a publié des procÚs-verbaux des bureaux de vote, assure que M. Gonzalez Urrutia a remporté le scrutin avec plus de 67% des voix. Le pouvoir assure que ces procÚs-verbaux sont des "faux".
Couronnée par le prix Sakharov en 2024, Mme Machado avait estimé qu'il s'agissait d'une "reconnaissance pour chaque prisonnier politique, demandeur d'asile, exilé et chaque citoyen de notre pays qui se bat pour ce qu'il pense".
Libérale, elle prÎne une économie de marché et a proposé la privatisation du géant public pétrolier Petroleos de Venezuela (PDVSA), principale source de revenus du pays dont la production s'est effondrée, en raison de la mauvaise gestion et de la corruption.
"Nous allons libérer notre pays et ramener nos enfants à la maison", lançait-elle en référence aux 7 millions de Vénézuéliens qui, selon l'ONU, ont quitté le pays en proie à une interminable crise économique.
Ce retour espéré de la diaspora la touche de prÚs. Ses trois enfants - Ana Corina, Henrique et Ricardo - vivent à l'étranger.
C'est sa fille qui a reçu le prix Nobel mercredi.
Ingénieure de profession, Mme Machado a entamé son parcours politique en 2002 avec la création de l'association Sumate (Rejoins-nous), réclamant un référendum pour révoquer le président Chavez.
Accusée de "trahison" par la justice vénézuélienne qui a annoncé qu'elle serait considérée en fuite si elle quittait le pays, elle jure réguliÚrement comme son slogan de campagne qu'elle ira "jusqu'au bout".
Soutenant le dĂ©ploiement amĂ©ricain dans les CaraĂŻbes, elle a rĂ©cemment affirmĂ© sur les rĂ©seaux sociaux: "Il ne nous reste que trĂšs peu de temps avant que les VĂ©nĂ©zuĂ©liens ne rĂ©cupĂšrent leur souverainetĂ© et leur dĂ©mocratie. Nous sommes prĂȘts Ă prendre les rĂȘnes du nouveau gouvernement".
AFP




