Culture

Victoires de la musique classique: les millenials Ă  l'honneur

  • PubliĂ© le 17 fĂ©vrier 2020 Ă  16:24
  • ActualisĂ© le 17 fĂ©vrier 2020 Ă  16:42
Le pianiste français Alexandre Kantorow, premier prix au Concours Tchaïkovski à Moscou en 2019, pose le 27 janvier 2020 à Saint-Cloud

Les Victoires de la musique classique, qui ont contribuĂ© Ă  faire dĂ©couvrir des stars comme le violoniste Renaud Capuçon ou le contretĂ©nor Philippe Jaroussky, s'apprĂȘtent Ă  distinguer vendredi une trĂšs jeune gĂ©nĂ©ration de musiciens et chanteurs lyriques.

Le pianiste de 22 ans Alexandre Kantorow ou la mezzo soprano de 26 ans AdÚle Charvet font partie des 15 nommés, avec une quasi-parité dans cinq catégories, et pour la premiÚre fois deux femmes dans la catégorie compositeur.

Retransmise sur France 3 et sur France musique, cette 27e édition attribuera une Victoire d'honneur à la grande diva russe Anna Netrebko et à Philippe Jaroussky. L'AFP a rencontré trois de ces vedettes montantes.

Benjamin Bernheim, star sur le tard

Plusieurs fois, Benjamin Bernheim a voulu jeter l'éponge. "Je me suis longtemps battu contre ma voix", affirme le ténor de 34 ans. "Elle se fatiguait beaucoup, trÚs vite, et de temps en temps, j'étais aphone".

Difficile Ă  croire tellement le chanteur est courtisĂ©: Ă  l'OpĂ©ra de Paris, il a Ă©tĂ© applaudi dans "La Traviata", s'apprĂȘte Ă  chanter dans "Manon" de Massenet (26 fĂ©vrier-10 avril) et revient dans "La BohĂšme" en juin; il fera bientĂŽt ses dĂ©buts au prestigieux Met de New York et a sorti en novembre son premier album solo chez Deutsche Grammophon.

Pour le Chicago Tribune, il est le "grand tĂ©nor lyrique français que le monde de l'opĂ©ra attendait". Les critiques louent son "timbre Ă©tincelant" et des aigus d'une "puissance qui cloue l'auditeur au fauteuil". MĂȘme si leurs voix sont diffĂ©rentes, certains le comparent au grand tĂ©nor Roberto Alagna, son modĂšle, en raison notamment de l'excellente diction du français.

Le Franco-Suisse a "fait la paix" avec sa voix il y a quelques années. "Je voyais des chanteurs de mon ùge beaucoup plus avancés. Il fallait que je me rappelle +chacun son temps+".

De quoi se mĂ©fier un peu des rĂ©seaux sociaux oĂč, "avant mĂȘme de prouver qu'on est un artiste accompli, on devient trop vite quelqu'un de +connu+. Et on oublie que la voix doit mĂ»rir".

AdÚle Charvet, mezzo branchée hip-hop

Parfois, il suffit d'un buzz pour un coup de projecteur. C'est arrivĂ© Ă  la mezzo soprano AdĂšle Charvet en octobre: alors qu'elle est multiprimĂ©e, son nom fait le tour des rĂ©seaux sociaux lorsqu'elle remplace au pied levĂ© un chanteur malade en plein milieu du Messie de Haendel Ă  la Maison de la Radio, oĂč elle Ă©tait venue en simple spectatrice.

"Au niveau du grand public, c'était une visibilité sans précédent", note celle qui a dû apprendre la partition en un temps éclair. Applaudie pour son "timbre profond et voluptueux" et sa présence scénique, elle a passé sa petite enfance à New York, et voue une admiration sans borne aux sopranos légendaires Jessye Norman et Leontyne Price.

"J'ai été aussi biberonnée au hip-hop, j'adore la soul. Avec mon pÚre (le compositeur français Pierre Charvet), au piano, on chantait les Beatles, Supertramp, Bob Marley, mais aussi des chorals (BIEN chorals) de Bach".

Quid des rĂ©seaux sociaux? "L'annĂ©e derniĂšre, je chantais Ă  l'OpĂ©ra de Bordeaux devant des Ă©coliers. Le soir mĂȘme, 40 collĂ©giens m'ont suivie sur Instagram; ils m'ont Ă©crit +c'est notre premiĂšre fois Ă  l'opĂ©ra, on a adorĂ©+".

Pour autant elle reste prudente: "On est dans une société du zapping. Je bénéficie d'un certain effet de mode du fait de ma jeunesse mais ce n'est pas tout ce que j'ai à donner!"

Alexandre Kantorow, jeune tsar du piano

En remportant en juin 2019 le premier prix de piano au Concours Tchaïkovski à Moscou, l'un des plus prestigieux au monde, Alexandre Kantorow en est devenu le premier lauréat français. A 22 ans.

"Sur le moment, les critiques et les musiciens parlaient de cela comme une fierté, c'était un peu +cocorico+, comme la Coupe du monde", sourit celui qu'on a baptisé le "jeune tsar du piano".

Le natif de Clermont-Ferrand veut garder les pieds sur Terre malgrĂ© "l'euphorie d'ĂȘtre entrĂ© dans l'Histoire" et les sollicitations, du Concertgebouw d'Amsterdam au Konzerthaus de Berlin.

Fils unique du chef d'orchestre Jean-Jacques Kantorow et de la violoniste anglaise Kathryn Dean, il a baigné dÚs le plus jeune ùge dans un milieu musical.

Mais "mes parents ont Ă©tĂ© prudents, ils savent par expĂ©rience Ă  quel point ça peut ĂȘtre difficile psychologiquement pour un enfant. Je n'ai jamais eu l'impression que je forçais le pas".

Rester fidĂšle Ă  son propre rythme, donc, comme sur les rĂ©seaux sociaux, oĂč il n'a publiĂ© qu'une seule photo de lui pour ses quelque 3.000 followers. "Je dois m'isoler un peu plus; on est sur un tremplin, c'est important de garder une prioritĂ© artistique".

 AFP

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