Moins de 45 jours pour faire seul le tour de la planĂšte Ă la voile: c'est la performance que s'apprĂȘte Ă rĂ©aliser le navigateur François Gabart (Macif), parti le 4 novembre et qui devrait revenir ce week-end Ă bon port, Ă Brest.
"En Ă©tant optimiste, je dirais en dĂ©but de week-end et en Ă©tant plus pessimiste, ce serait dĂ©but de semaine prochaine", s'est projetĂ© lundi Gabart, interrogĂ© sur son jour d'arrivĂ©e, lors d'une vacation avec des journalistes. "J'aimerais bien savoir quand je vais arriver. Le plus tĂŽt possible mais la route est encore longue. Grosso modo, le timing aux Açores est connu, ce sera dans la nuit de mercredi Ă jeudi. AprĂšs entre les Açores et Ouessant (ndlr: oĂč il doit couper la ligne d'arrivĂ©e fictive), c'est encore trĂšs incertain, il y a une grosse zone sans vent qui barre le chemin", a-t-il poursuivi.
Gabart manie avec une Ă©poustouflante maĂźtrise son maxi trimaran (30 m de long et 21 m de large, catĂ©gorie Ultim) depuis 37 jours (lundi) en quĂȘte du record du tour du monde Ă la voile en solitaire, dĂ©tenu depuis un an par Thomas Coville (Sodebo Ultim'). A sa 5e tentative, Coville avait pulvĂ©risĂ© le temps de rĂ©fĂ©rence de 8 jours pour l'abaisser Ă 49 jours et 3 heures en dĂ©cembre 2016.
- 'Quelque chose d'exceptionnel' -
Gabart, 34 ans, n'est plus trÚs loin de porter le record à 43 ou 44 jours dÚs sa premiÚre tentative. Il n'avait jusque-là fait qu'une seule fois le tour du monde, lors de sa victoire sur le Vendée Globe en 2012/2013. C'était à bord d'un monocoque. "C'est difficile de définir l'exceptionnel mais faire le tour du monde est quelque chose d'exceptionnel. J'en ai fait un dans ma vie, là c'est le deuxiÚme, ça reste exceptionnel. Quand j'aurai 80 balais, je m'en souviendrai. Le temps, timing et la vitesse que je fais, ça, je ne m'en rendrai compte que quand je serai à terre", a relevé Gabart.
Ce surdoué de la voile et pilote hors-pair à la barre de son bateau nouvelle génération mis à l'eau à l'été 2015, explose tous les compteurs sur sa route.
Dimanche, il a porté son avance à plus de 5 jours sur les temps de passage de Coville aprÚs avoir rallié l'équateur dans le sens de la remontée en un temps record de 36 j 1 h et 30 min.
Auparavant, il avait signé des temps inédits sur les tronçons Ouessant - Cap de Bonne-Espérance (11 j 20 h 10 min), Ouessant - Cap des Aiguilles (11 j 22 h 20 min) et Ouessant - Cap Leeuwin (19 j 14 h 10 min).
- 'Envie d'exploser' -
Et il s'est offert le record des 24 heures, soit la plus longue distance parcourue en solitaire en 24 heures (851 milles soit environ 1576 km).
Comme il l'a lui-mĂȘme rappelĂ©, il reste encore du chemin Ă parcourir mais la traversĂ©e lundi du redoutable et redoutĂ© Pot au noir (zone de convergence intertropicale, habituellement trĂšs instable) est "passĂ©e comme une fleur".
"J'Ă©tais assez mĂ©fiant, on n'est jamais trop sĂ»r dans ce coin-lĂ , mais Ă cette pĂ©riode de l'annĂ©e, il y a moyen de le passer assez facilement", a soulignĂ© Gabart, qui a nĂ©anmoins eu "quelques grains pas faciles". Le skipper, qui a pu se reposer ces derniĂšres heures aprĂšs une remontĂ©e de l'atlantique sud trĂšs Ă©prouvante, a hĂąte d'ĂȘtre de retour Ă la maison mais il est loin de s'emballer.
"Mes sensations ? De la concentration et de la méfiance et à la fois une espÚce de bonheur, désir et fierté, latente qui a envie d'exploser et que tu contiens parce que ce n'est pas le moment. Je ne me réjouis pas trop vite, j'essaie de cacher ça derriÚre la concentration", a-t-il assuré.
Pour battre le record, Gabart doit arriver avant 13h09 (heure française) le samedi 23 décembre.
AFP
