Etats-Unis

Vote historique au CongrĂšs pour la mise en accusation de Trump

  • PubliĂ© le 18 dĂ©cembre 2019 Ă  19:53
  • ActualisĂ© le 18 dĂ©cembre 2019 Ă  20:07
Rassemblement en faveur de la procédure de destitution du président américain Donald Trump devant le Capitole avant un vote historique de mise en accusation du milliardaire républicain

Une journée pour l'Histoire à Washington: la Chambre des représentants s'est réunie mercredi matin pour voter sur la mise en accusation de Donald Trump dans un pays profondément divisé.

"JE N'AI RIEN FAIT DE MAL!": le milliardaire républicain, qui devrait devenir le troisiÚme président des Etats-Unis à subir un "impeachment", s'est une nouvelle fois posé en victime d'une chasse aux sorciÚres orchestrée par une "gauche radicale" qui n'aurait pas digéré sa victoire surprise de 2016.

Le 45e président des Etats-Unis, qui entend briguer un deuxiÚme mandat de quatre ans en novembre 2020, est visé par deux articles de mise en accusation en vue d'une éventuelle destitution: abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du CongrÚs.

La Chambre des représentants, contrÎlée par les démocrates, a entamé ses débats par des discussions procédurales: les prises de parole seront ensuite divisées de maniÚre équitable entre républicains et démocrates.

Dans un tĂ©lescopage illustrant l'affrontement politique entre deux blocs antagonistes, le vote lui-mĂȘme devrait intervenir en dĂ©but de soirĂ©e, au moment mĂȘme oĂč Donald Trump montera Ă  la tribune Ă  Battle Creek, dans le Michigan, pour un meeting de campagne "Keep America Great" qui s'annonce haut en couleur.

Dans une capitale fédérale sous tension aprÚs trois mois d'une procédure acrimonieuse, la chambre basse exercera ainsi "l'un des pouvoirs les plus solennels que lui garantisse la Constitution", selon les termes de Nancy Pelosi, chef des démocrates au CongrÚs.

Il reviendra ensuite au Sénat d'organiser le procÚs de Donald Trump, probablement en janvier. L'issue de ce dernier est quasi-certaine: les républicains, qui contrÎlent la chambre haute, ont déjà prévenu qu'ils avait la ferme intention d'acquitter le président.

- "Protéger notre démocratie" -

DĂšs le dĂ©but des dĂ©bats, l'Ă©lu dĂ©mocrate Jim McGovern a dĂ©noncĂ© l'accusation "absurde" selon laquelle toute cette procĂ©dure viserait Ă  remettre en cause le verdict des urnes. "Il s'agit ici de protĂ©ger notre dĂ©mocratie", a-t-il lancĂ©. "Les faits sont indiscutables, la seule question est de savoir si nous sommes prĂȘts Ă  tolĂ©rer de tels agissements".

De son cÎté, l'élu républicain Tom Cole a estimé que ce 18 décembre 2019 était une "triste" journée pour la Chambre des représentants, déplorant un processus de destitution qui n'avait été ni "ouvert" ni "équitable".

Anticipant ce nouvel épisode dramatique d'une présidence en tous points extraordinaire, le milliardaire républicain s'était de nouveau insurgé mardi contre ses adversaires.

"Vous déclarez une guerre ouverte contre la démocratie américaine", s'est-il emporté dans un courrier officiel adressé à Nancy Pelosi. "L'Histoire vous jugera sévÚrement".

Avant Donald Trump, seuls Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998 avaient subi telle avanie. Le rĂ©publicain Richard Nixon, empĂȘtrĂ© dans le scandale du Watergate, avait prĂ©fĂ©rĂ© dĂ©missionner en 1974 avant une destitution certaine.

Le tempétueux président septuagénaire veut transformer cette épreuve en victoire politique. Objectif affiché? Utiliser cette procédure pour galvaniser sa base et, grùce à la réussite de l'économie américaine, arracher sa réélection le 3 novembre prochain. Il affirme, et les républicains avec lui, que la procédure de destitution est de moins en moins populaire auprÚs des Américains.

Les sondages offrent un tableau nuancé. Mais certains l'encouragent dans cette stratégie consistant à nier en bloc toutes les accusations et à affirmer que tout cela n'est qu'une manoeuvre politicienne visant à avoir sa peau.

Selon l'une de ces enquĂȘtes, son taux d'approbation n'a jamais Ă©tĂ© aussi Ă©levĂ© depuis le dĂ©but de sa prĂ©sidence. Pour une autre, il battrait n'importe lequel de ses opposants dĂ©mocrates potentiels Ă  la prĂ©sidentielle.

- "Bénéfice politique personnel" -

Pour les démocrates, l'ancien homme d'affaires a trahi le serment de sa fonction. "Pire que Nixon", ne cessent-ils de répéter. Et Nancy Pelosi dit n'avoir eu d'autre choix que de lancer, le 24 septembre, cette procédure de destitution.

"Bien tristement, les faits ont montré clairement que le président a abusé de ses pouvoirs pour son bénéfice politique personnel et qu'il a fait entrave au CongrÚs", a-t-elle expliqué.

En cause, un chantage auquel le milliardaire républicain et quelques-uns de ses proches auraient soumis le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Le 25 juillet, un échange téléphonique entre les deux dirigeants met le feu au poudre.

Donald Trump demande Ă  ce prĂ©sident novice en politique, en proie Ă  un conflit armĂ© avec la Russie, d'annoncer une enquĂȘte anti-corruption contre le dĂ©mocrate Joe Biden et son fils Hunter, ex-membre du conseil d'administration d'une entreprise gaziĂšre ukrainienne.

Ancien vice-président, Joe Biden mÚne la danse dans la primaire démocrate pour l'élection présidentielle et apparaßt comme l'adversaire le plus dangereux pour le sortant républicain.

Un faisceau d'informations concordantes et de témoignages semble de plus attester qu'un lien avait été établi entre une annonce éventuelle de ces investigations et le déboursement d'une aide militaire américaine pour l'Ukraine.

Quelque 200 manifestants se sont massés mercredi sur la colline du Capitole. "Notre président est un délinquant", confiait à l'AFP Susanna Kanner, une réalisatrice de documentaire de 37 ans venue au rassemblement avant d?aller au travail.

 AFP

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