Etats-Unis

Washington maintient ses taxes punitives contre l'UE en dépit d'une concession d'Airbus

  • PubliĂ© le 13 aoĂ»t 2020 Ă  17:26
  • ActualisĂ© le 13 aoĂ»t 2020 Ă  17:52
Le président américain 
Donald Trump s'exprime lors d'un point presse le 12 août 2020 à Washington

Les Etats-Unis ont maintenu leurs taxes punitives contre des produits européens en dépit d'un geste d'Airbus qui se dit désormais en conformité avec les rÚgles de l'OMC, une décision américaine face à laquelle l?UE doit "se préparer à riposter fermement", selon le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire.

Il s'agit du dernier épisode en date de la dispute entre les Etats-Unis et l'UE autour d'un différend commercial datant d'octobre 2004 à propos des aides publiques aux avionneurs européen Airbus et américain Boeing. L'Organisation mondiale du commerce (OMC) a autorisé l'an dernier Washington à imposer des taxes sur prÚs de 7,5 milliards de dollars (6,3 milliards d'euros) de biens et services européens importés chaque année, la sanction la plus lourde jamais imposée par l'OMC.

Depuis, Washington inflige des droits de douane punitifs sur certaines importations de l'Union européenne comme le vin, le fromage et les olives, à hauteur de 25%. Des taxes douaniÚres de 10% sur les avions Airbus ont été relevées en mars à 15%. Mercredi, Washington a maintenu à 7,5 milliards de dollars le montant des biens et services concernés, avec des taux inchangés de 15% pour l'aéronautique et 25% pour le reste, notamment des vins français, allemands, espagnols et des whiskies britanniques.

La liste des marchandises concernées a été toutefois modifiée, avec le retrait à dater du 1er septembre de certains produits de GrÚce et du Royaume-Uni et l'ajout pour un montant équivalent de produits venus de France et d'Allemagne. "Airbus s'est mis en conformité totale pour préparer la voie à ce rÚglement de contentieux", a réagi le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire.

L'avionneur europĂ©en a indiquĂ© qu'il "regrette profondĂ©ment" la dĂ©cision amĂ©ricaine, aprĂšs s'ĂȘtre entendu fin juillet avec les gouvernements espagnol et français pour payer des intĂ©rĂȘts plus Ă©levĂ©s sur les avances remboursables consenties par Paris et Madrid lors du lancement du programme d'avion long-courrier A350. "Nous considĂ©rons que les Etats-Unis n'ont aujourd'hui aucune justification pour maintenir les sanctions tarifaires qu'ils imposent depuis octobre 2019", a rĂ©agi de son cĂŽtĂ© le ministre dĂ©lĂ©guĂ© au Commerce extĂ©rieur Franck Riester.

La Commission européenne a réservé un accueil prudent à "la décision américaine de ne pas exacerber le différend" aéronautique en cours. Selon elle, "le ralentissement économique en cours, en particulier son impact sur les secteurs du transport aérien et de l'aéronautique, donnent une urgence particuliÚre à la résolution de ce différend".

- "Nouveau processus" -

M. Le Maire a prĂ©cisĂ© avoir "demandĂ© au commissaire europĂ©en Phil Hogan il y a quelques jours d'accĂ©lĂ©rer le rĂšglement de ce conflit pour qu'il n'y ait plus aucune sanction contre les produits français aĂ©ronautiques et viticoles". La FĂ©dĂ©ration des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) a regrettĂ© dans un communiquĂ© le maintien des droits de douane amĂ©ricains "qui continue de pĂ©naliser fortement les exportateurs", au moment oĂč "nous sommes tous extrĂȘmement fragilisĂ©s par la crise Ă©conomique et sanitaire".

"Vu l'Ă©tat de blocage dans lequel se trouve l'OMC, une solution Ă  ce conflit ne pourra ĂȘtre que bilatĂ©rale et nĂ©gociĂ©e", a estimĂ© pour sa part un professionnel de la viticulture française qui a requis l'anonymat. "En attendant, les Etats-Unis continent de taper sur les vins français, espagnols, allemands et les whiskies Ă©cossais d'une maniĂšre trĂšs violente", a-t-il regrettĂ©.

L'Association du whisky écossais s'est aussi dite "profondément déçue" que Washington ne lÚve pas la taxe frappant cette boisson, ajoutant que "les exportations vers les Etats-Unis sont en baisse de 30% depuis que la taxe est en place", entraßnant des pertes de 300 millions de livres (332 millions d'euros) pour la filiÚre. Mais Washington a estimé mercredi insuffisantes les actions entreprises par l'UE, tout en se montrant ouvert à la recherche d'une solution.

"L'UE et les pays membres n'ont pas engagĂ© les actions nĂ©cessaires pour se mettre en conformitĂ© avec les dĂ©cisions de l'OMC", a dĂ©clarĂ© le reprĂ©sentant amĂ©ricain au Commerce, Robert Lighthizer. "En consĂ©quence, les Etats-Unis vont entamer un nouveau processus avec l'UE pour tenter d'obtenir un accord afin de remĂ©dier aux pratiques qui ont fait du tort Ă  l'industrie aĂ©ronautique amĂ©ricaine et Ă  ses travailleurs et d'assurer aux compagnies amĂ©ricaines d'ĂȘtre placĂ©es sur un pied d'Ă©galitĂ©", a-t-il poursuivi.

Ce contentieux qui dure depuis 16 ans est le conflit commercial le plus long et le plus compliqué traité par l'OMC.

AFP

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