Mayotte

Affaire Roukia : lorsque des gendarmes remettent de la cocaĂŻne en circulation

  • PubliĂ© le 6 avril 2013 Ă  06:00
Affaire Roukia

Le journal satirique Upanga a été relaxé le 27 mars dernier, par le tribunal correctionnel de Mamoudzou, à Mayotte, dans le procÚs en diffamation intenté par des gendarmes et un policier du groupe d'intervention régional (GIR). Un journaliste d'Upanga avait en effet publié des témoignages affirmant que les membres du GIR auraient été impliqués dans un trafic de drogue, ayant notamment conduit à la mort de Roukia, une jeune fille de 18 ans dont le corps avait été retrouvé sur une plage déserte de Mayotte le 15 janvier 2011. Un militaire mis en cause a reconnu avoir reçu de la cocaïne de la part d'un "indic" et avoir remis en circulation cette dose de "came" en la redonnant à son informateur (voir par ailleurs articles et fac simili des procÚs verbaux d'audition des gendarmes). Ensuite Roukia serait morte d'avoir absorbé cette drogue (Une photo de Roukia présentée par son beau-pÚre)

Le corps sans vie de Roukia, visiblement abandonnĂ© Ă  la hĂąte, est dĂ©couvert le 15 janvier 2011 sur une plage dĂ©serte de TrĂ©vani, au nord-est de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte. AgĂ©e de 18 ans, la jeune femme serait morte d’une overdose. Rapidement mis en cause, le petit ami de la victime, 39 ans au moment des faits, avoue s’ĂȘtre dĂ©barrassĂ© du corps de Roukia, en compagnie d'une complice, le 14 janvier 2011. Il dit aussi l'avoir retrouvĂ©e morte Ă  cĂŽtĂ© de lui le 13 janvier au matin et reconnaĂźt avoir consommĂ© de la cocaĂŻne ou de l'hĂ©roĂŻne avec elle le 12 janvier au soir.

Dans cette affaire, l’enquĂȘte va mettre en cause des agents du GIR, le groupe d’intervention rĂ©gional (ces militaires reconnaĂźtront leur implication - voir les procĂšs verbaux de leurs auditions publiĂ©s par www.ipreunion.com). "Roukia serait morte d’une overdose ou d’une prise de drogue dure. Elle aurait consommĂ© 1,5 gramme de cocaĂŻne qui aurait pu ĂȘtre remise par un informateur du GIR", explique Samuel Boscher, rĂ©dacteur en chef de France Mayotte, un quotidien particuliĂšrement en pointe des investigations dans ce dossier.

L’indic a assurĂ© "que cette drogue a Ă©tĂ© fournie par le GIR", informe Samuel Boscher. "C’est en tout cas ce qu’a reçu le juge d’instruction Hakim Harki, qui a cherchĂ© Ă  savoir si c’était bien le GIR qui avait fourni cette drogue Ă  cet informateur, et il s’avĂšre, Ă  travers des Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques, que oui", poursuit-il.

L’implication des forces de l’ordre dans cette sombre histoire donne un caractĂšre exceptionnel diront certains, nausĂ©abond, n'hĂ©siteront pas Ă  affirmer d'autres, Ă  cette affaire. Le parquet, et surtout le juge d'instruction Hakim Karki, vont tout faire pour en savoir plus. "Le dossier va prendre un tournant important puisque le parquet a souhaitĂ© dĂ©manteler un rĂ©seau de trafic de stupĂ©fiants", prĂ©cise MaĂźtre Kamardine, avocat de la famille de Roukia.

Selon le dossier d'instruction qu'ipreunion.com s'est procurĂ© (voir fac similiĂ© des procĂšs verbaux d'auditions), il ressort des investigations du juge d'instruction qu'au moins deux gendarmes du groupement d'intervention rĂ©gional pourraient  ĂȘtre impliquĂ©s dans ce trafic . Lorsqu'ils sont entendus par le magistrat, des "indics" du GIR affirment en effet que ces gendarmes et leur supĂ©rieur hiĂ©rarchique commandant le GIR les ont rĂ©guliĂšrement encouragĂ©s au cours des derniers mois Ă  introduire de la drogue, et notamment de la drogue dure, Ă  Mayotte.

L’affaire va dĂ©clencher une Ă©norme vague mĂ©diatique. Des procĂšs verbaux et des tĂ©moignages des "indics" vont ĂȘtre dĂ©voilĂ©s dans la presse. DĂ©but mai 2011, Ă  la suite des dĂ©clarations des "tontons" (autre nom des indics), deux gendarmes et un policier du GIR sont mis en garde Ă  vue et ensuite en examen. Leurs lignes tĂ©lĂ©phoniques sont placĂ©es sur Ă©coute. Pendant leurs auditions, ils reconnaissent les faits, en l'occurrence avoir remis en circulation entre 1 et 2 grammes de drogue. Ces aveux seront confirmĂ©s par le procureur gĂ©nĂ©ral.

"Nous avons diffusĂ© le tĂ©moignage d’un indicateur du GIR qui parlait de ce trafic de stupĂ©fiants", indique Samuel Boscher. "Un tĂ©moignage publiĂ©  qui a Ă©tĂ© attaquĂ© en diffamation publique par GĂ©rard Gauthier, le commandant du GIR, qui s’est servi de la justice pour masquer une rĂ©alitĂ©", dit-il.

"Le directeur de publication de France Mayotte a Ă©tĂ© mis en examen par un juge d’instruction pour une affaire de diffamation, ce qui est plutĂŽt exceptionnel et rarissime. Nous avons donc Ă©tĂ© contraints de diffuser des documents confidentiel dĂ©fense qui prouvent le tĂ©moignage de ce que nous avons publiĂ©", ajoute Samuel Boscher.

Dans ces documents "confidentiel défense" publiés en fac-similé par France Mayotte le 11 janvier 2013, on apprend que l'officier commandant le GIR a fait verser en août 2011 une somme d'au moins 250 euros sur le compte d'une "indic" emprisonnée à Anjouan. Cet argent, note le document "confidentiel défense", aurait été destiné à payer des frais d'hospitalisation de la femme, mais aussi à payer le procureur d'Anjouan et un gardien de prison. 

Le journal Upanga a pour sa part publiĂ© des procĂšs verbaux d’écoutes tĂ©lĂ©phoniques sur les lignes des gendarmes du GIR mis en cause dans le trafic de drogue. Un journaliste a Ă©tĂ© mis en examen pour diffamation suite Ă  une plainte de l'officier commandant le GIR. L'affaire a Ă©tĂ© jugĂ©e le 27 fĂ©vrier 2013 Ă  Mayotte. Dans sa plaidoirie en faveur du journaliste, MaĂźtre Julien Chauvin, a lu en audience les PV d'Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques rĂ©alisĂ©es Ă  la demande du juge d'instruction. "La lecture dĂ©montre qu'un trafic de drogue avait Ă©tĂ© mis en place et qu'il fallait toujours plus de quantitĂ© Ă  faire venir sur Mayotte, 15 kilos de cocaĂŻne par exemple. Des noms (de gendarmes – ndlr) sont citĂ©s" Ă©crit France Mayotte en rendant compte du procĂšs.

Le journaliste d'Upanga sera finalement relaxĂ© le 27 mars 2013 et dans l'affaire de la publication des documents "confidentiel dĂ©fense" par France Mayotte, le procureur s'apprĂȘte Ă  prendre un rĂ©quisitoire en vue d'un non lieu.

L’affaire Roukia dans tout cela ? La jeune femme est morte depuis plus de deux ans. Seuls sont en prison les deux "tontons" qui ont revendu la drogue au petit ami de Roukia. Ce dernier, la femme qui l'a aidĂ© Ă  transporter le corps et tous les autres protagonistes de ce triste dossier sont mis en examen et tous en libertĂ©.

www.ipreunion.com

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